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Patric Nottret

LE JOUR DU BOUCHER

C'est un mauvais jour pour le boucher.
Un très mauvais jour.
Aujourd'hui le boucher va mourir et il ne le sait pas.
Quand le soleil sera un peu plus haut, le sang du boucher rougira le sol.
J'attends ce moment depuis longtemps.
Et je ne suis pas le seul.
J'attends et j'attends encore, j'attends dans l'ombre avec mes camarades.
Mes camarades, je peux les entendre respirer dans l'ombre a-côté de moi.
Ils ont peur.
Moi aussi j'ai peur.
N'importe qui aurait peur à notre place. Mais nous avons l'habitude de la peur. Chaque jour elle tombe sur nos épaules, chaque jour elle vient nous nouer la gorge et faire couler la sueur sur nos visages. Mais au moment de l'action, elle s'envole.
D'aussi loin que je puisse m'en souvenir, Je n'ai jamais connu un seul homme qui ait pu se vanter de ne pas avoir eu peur dans cet endroit, à cet instant. Tous ceux qui en sont revenus peuvent le dire.
Mais très peu en sont revenus.
Pour l'instant tout est calme. Le boucher va venir mais tout est calme.
Le boucher ne sait pas qu'aujourd'hui il va mourir. A quoi peut-il penser en ce moment ?
Peut-être à moi.
Peut-être pas du tout.
Là où je suis, je peux distinguer dans l'ombre le reflet des armes que mes camarades tiennent d'une main ferme. Ces armes, j'ai réussi à me les procurer grâce à des complicités à l'intérieur de la prison, grâce a un gardien que j'ai soudoyé. Elles m'ont coûté une petite fortune, mais ce sont des armes modernes, bien adaptées a ce que nous voulons faire.
Ce sont ces armes qui vont décider du sort du boucher.
Ces armes et le choix de mon équipe, bien sûr, le choix de mes camarades pour cette entreprise que je dois absolument mener à bien aujourd'hui.
Ces camarades, je les ai choisis évidemment pour leur force, leur vitesse, leur habileté au maniement des armes, mais aussi pour leur capacité à estimer le moment précis ou il faut frapper. Car le temps est compté pour nous.
Nous aurons peu de temps.
A l'heure de l'action, il faudra frapper comme la foudre. Ceux que j'ai choisis ont tous un passé de tueurs aguerris. Ces hommes-là ont tous les mains couvertes de sang.
Sauf le nouveau.
Le nouveau je le guette du coin de l'oeil. Je distingue mal son visage dans l'ombre épaisse. Ce matin, quand il est sorti de sa cellule, j'ai vu que c'était un garçon rapide et intelligent. Mais c'est un novice, il n'a jamais tué et je me demande comment il va se comporter. J'ai connu des garçons comme lui qui apprenaient vite, mais ils n'avaient pas la sauvagerie qu'il faut posséder en soi pour ce genre de chose.
Ils ne duraient pas très longtemps.
Je jette un coup d'oeil par le petit trou dans la grosse porte de bois. Le soleil brûlant tombe verticalement sur la place. Je vois là-bas la porte par laquelle le boucher va sortir dans quelques instants.
Il ne se doute de rien.
Il ne se doute pas que c?est la derni?re fois qu?il pourra regarder le soleil.
Derrière moi mes compagnons s'agitent dans l'ombre. Ils sont impatients. Ils veulent se servir de leurs nouvelles armes.
Ils veulent la tête du boucher. Comme moi.
Il y a trop longtemps que le boucher massacre chaque jour nos amis, broyant et désarticulant leurs corps. Il y a trop longtemps que celui que tous ici ont surnommé « le boucher » fait régner sa loi sur cette place. Il est temps d'en finir.
Nous allons peut-être tous y passer mais le règne du boucher va se terminer aujourd'hui dans un bain de sang...
Par le petit trou de la porte, je vois les soldats qui viennent nous ouvrir, je sens l'excitation m'envahir. La peur s'est envolée... C'est à nous ! je fais signe a mes compagnons de se tenir prêts a sortir... Ils bondissent sur leurs pieds, l'arme au poing...


  Par Jupiter! Quelle belle journée! Le boucher apparaît a son tour, il ouvre la gueule pour montrer ses crocs énormes et il secoue sa crinière. Il a tort de fanfaronner... Le cirque est plein aujourd'hui... César lui-même est dans sa loge, là-haut... Avé César... Avé César... Ceux qui vont mourir te saluent!

Lettre d'une admiratrice
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