Patric Nottret
LA CAVE
Ca fait trois jours et trois nuit maintenant que je suis dans la cave de cette maison.
Je le sais parce qu'on voit la lumière du jour par le soupirail.
Je suis très bien installé et je suis sûr qu'ils ne me trouvera pas.
Il fait sombre, chaud et humide et il y a à manger à profusion.
Ce genre de climat me convient parfaitement, il me rappelle celui de mon pays.
Pour la première fois de ma vie, la semaine dernière, j'ai pris l'avion.
Pour venir en France.
Je n'en ai pas vu grand-chose de la France. L'homme chauve qui m'a fait venir ici s'est débrouillé pour me faire sortir de mon pays en fraude.
J'ai vu comment il a obtenu ce qu'il voulait grâce a moi. Il s'est servi de moi, mais je dois reconnaître que je suis récompensé par ma nouvelle situation dans ce petit pavillon de banlieue.
Surtout depuis que la femme qui habitait là est partie.
Elle ne savait pas que j'étais là, bien caché chez elle. C'était l'homme chauve qui m'avait caché dans cet endroit très sombre du salon, quasiment sous le nez de la femme.
La femme, je l'entendais aller et venir dans la maison, et se servir a boire devant la télévision. Des fois elle chantonnait d'une voix éraillée.
Ca m'énervait. J'avais faim.
Ca me rend furieux quand je n'ai rien à manger. Je deviens terriblement agressif, il faut le reconnaître...Ou quand on me dérange.
Terriblement agressif.
Alors quand elle a ouvert la porte de ma cachette en chantonnant, j'étais prêt.
Quand elle m'a aperçu, elle a hurlé de terreur et j'ai vu qu'elle était laide et fripée, ses cheveux étaient ternes et elle portait une robe de chambre avec des motifs.
J'ai bondi sur elle et je lui ai fait une injection rapide dans le gras de l'épaule.
Puis j'ai filé hors de sa portée. Je l'ai regardé mourir. Elle hurlait en se cognant dans tous les meubles. Elle sanglotait, se tordait les mains, ses yeux me cherchaient dans la pièce puis elle a eu un sursaut et elle est tombée en avant. Elle a encore bougé un peu par terre et puis ça a été fini.
Avec moi ça ne traîne pas.
Mais je pense tout de même que son coeur devait être malade.
C'était la première fois que je tuais une femme.
Dans mon pays, j'avais déjà tué deux hommes qui m'avaient dérangé.
J'ai horreur d'être dérangé.
Je suis resté là sans bouger à la regarder et je suis allé me cacher quand j'ai entendu des pas dehors et la porte de la maison qui s'ouvrait doucement. Il faisait nuit.
L'homme chauve qui m'avait ramené de mon pays est rentré dans la pièce. Il tenait une lampe de poche qu'il dirigeait vers le sol.
Il ne pouvait pas me voir, mais moi j'y vois comme en plein jour.
Depuis ma cachette, J'ai vu qu'il portait des gants et il marchait très doucement, comme s'il avait peur de réveiller la femme.
Il a tiré les rideaux du salon puis il s'est penché vers la femme morte.
Il a eu l'air satisfait.
Il a pris un petit carnet dans la poche de la robe de chambre à motifs, et il est allé décrocher un tableau sur le mur du fond. Derrière le tableau il y avait un petit coffre. Il a regardé le carnet un moment et il a ouvert le coffre. L'homme chauve s'est frotté les mains, il a pris des papiers et encore des papiers, et il les a fourrés dans un sac. Il a remis le tableau en place puis il est allé vers l'endroit ou il m'avait caché pour que je tue la femme.
Il a sorti un objet de sa poche et l'a tendu devant lui.
Je n'avais jamais vu ce genre d'objet, mais j'ai compris que c'était une arme a la manière dont il le tenait.
J'avais bien fait de ne pas lui faire confiance.
Il m'a cherché un long moment dans toute la maison, son arme a la main, mais j'étais bien dissimulé et il ne m'a pas trouvé. Alors il est parti et je suis resté parfaitement immobile dans le noir au cas ou il reviendrait.
Quand je me suis réveillé le lendemain, il y avait des hommes en bleu dans toute la maison, et un homme en blanc qui était penché sur la femme et qui la palpait. Je n'ai pas bougé un muscle de peur que l'on me découvre.
Puis l'homme chauve est arrivé, il a poussé des cris en voyant la femme par terre, comme s'il la découvrait, puis il a pleuré et il a gémi en se tordant les mains comme elle l'avait fait elle-même avant de mourir.
Pendant qu'ils étaient occupés a le regarder faire tout ça, j'ai filé vers la cave, ils avaient laissé la porte ouverte, et je me suis caché tout au fond, près de la chaudière là où il fait bien chaud. Ils sont tous partis en emmenant la femme morte, et ça fait trois jours et trois nuits que je suis là.
Mais j'ai peur maintenant.
La chaudière vient de s'éteindre et j'ai froid.
J'ai tellement froid que je n'ai pas entendu l'homme chauve descendre les escaliers.
Il est là, je le vois.
Je le vois a l'envers.
Il a son arme a la main, il marche vers la chaudière en appuyant sur le haut de son arme et c'est un gaz qui en sort, il en envoie partout. Il va bientôt passer a ma portée.
C'est curieux, mes pattes s'engourdissent un peu.
Toutes les huit.
Je vais peut-être mourir, mais je vais le tuer avant.
Je vais lui tomber dessus depuis le plafond et le piquer sur son crâne chauve.
Il n'aurait pas dû me ramener de mon pays pour me cacher dans la petite boite a bijoux de la femme.
Il devrait savoir que chez les tarentules qu'il appelle " Veuves Noire du Mexique ", ce sont les mâles les plus agressifs.
Et je suis un mâle.
Un mâle terriblement agressif.