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Patric Nottret

UN DUR, UN VRAI


  Mon voisin est un dur, un vrai.

Le genre de type à qui on irait pas chercher des poux dans la barbe.

D'ailleurs, il suffit de le regarder : Il a le front bas, les yeux rapprochés, le sourcil broussailleux et la mâchoire toujours en avant, comme s' il allait mordre.

Il a des opinions bien tranchées sur toutes choses, ce qui a le don de m'agacer profondément.

Ma compagne me dit souvent, en riant, qu'elle trouve pour sa part qu'il possède un certain charme primitif.

Et ça, ça m'agace encore plus.

Mon voisin est un passionné de la chasse, il prétend que c'est la seule activité humaine réellement excitante, et, selon lui, un des seuls moyens, de nos jours, de se procurer de la viande de très grande qualité. D'ailleurs, chaque fois que nous nous croisons, il essaye de me persuader de l'accompagner à la chasse au gros, qui est son passe temps favori. Il m'affirme qu'il y a un coin très giboyeux à deux pas d'ici, et que je suis stupide de na pas l'accompagner pour ramener, moi aussi, de la bonne viande au foyer de temps en temps.

Il ajoute que ça améliorerait notre ordinaire, à ma compagne et à moi. Mais je sais qu'il pense surtout à son ordinaire à elle.

Alors je refuse, bien sûr, et il se met en colère, puis rentre sans se retourner.

Avant, je l'invitais chez nous de temps en temps, mais je me suis aperçu qu'il regardait ma compagne avec un je-ne-sais-quoi dans l'oeil qui ne me plaisait pas du tout. Alors, j'ai décidé que désormais nous devrions garder nos distances avec lui.

Mais je l'ai encore croisé récemment. Il revenait de son coin giboyeux, accompagné d'un petit groupe de ses amis chasseurs, l'arme sur l'épaule. Ils avaient l'air très contents et portaient un gros animal mort. Plus tard, à la nuit tombée, nous les avons entendus ripailler et chanter, et je dois avouer que l'odeur qui nous parvenait de chez le voisin était particulièrement alléchante. J'en avais l'eau à la bouche. J'ai jeté un coup d'oeil discret vers ma compagne et j'ai bien vu qu'elle reniflait elle aussi la bonne odeur. Elle avait l'air triste. Elle est restée un moment à regarder le feu, puis est allée dormir sans me dire un mot.

Le lendemain, je suis allé voir le voisin et lui ait demandé de m'initier à la chasse au gros. Il a poussé ses grognements habituels, m'a donné de grandes claques dans le dos et à choisi une de ses meilleures armes, dont il m'a expliqué le maniement. Puis il m'a assuré que nous allions faire une très bonne équipe tous les deux. Ensuite, il s'est mis à pousser différents cris d'animaux sauvages, et il m'a ordonné de les imiter à mon tour. Ca me paraissait ridicule, mais, selon lui, un chasseur capable d'imiter parfaitement le cri des animaux pour les attirer à sa portée ne pouvait pas rentrer bredouille. Nous avons répété longtemps et il a trouvé que j'étais très doué pour cet exercice.

Puis nous sommes partis pour son coin giboyeux.

Il avait sans cesse les yeux rivés au sol, et il me montrait des traces que je distinguais à peine. Il m'expliqua à voix basse que ses compagnons et lui avaient creusé une grande fosse dans le sol, une grande fosse recouverte de branchages pour que les animaux de la forêt tombent dedans.

Il ne restait plus alors qu'à les massacrer.

Cette méthode m'a semblé assez primaire, mais je n'ai rien dis. Nous sommes enfin arrivés à la fosse. Elle était bien plus profonde et plus large que je ne l'avais imaginé. J'ai regardé au fond et j'ai vu une arme qui y avait été oubliée, sans doutes par un de ses amis. J'ai attendu qu'il descende la récupérer, puis j'ai mis mes mains devant ma bouche et j'ai imité le cri d'un animal comme il me l'avais appris.

Le cri d'une femelle.

Il s'est mis lui aussi à pousser des grands cris, mais c'étaient des cris de terreur.

Car il venait juste de s'apercevoir que j'avais enlevé l'échelle de lianes.

Nous n'avons pas attendu longtemps : Le mammouth est arrivé dans un fracas de branches et d'arbres abattus.

Je crains qu'il n'ait été furieux et déçu de ne pas trouver de femelle de son espèce.

Alors il a foncé vers moi en faisant trembler le sol et il a chuté tout droit dans la fosse.

J'ai pris les lances et les haches de pierre que nous avions emportées et j'ai tué l'énorme animal. Il est tombé du bon coté, ce qui m'a permis de sortir de la fosse ce qui restait du grand chasseur.

Puis je suis rentré dans ma grotte.

Quand je pense qu'avant cette belle journée, ma compagne et moi ne mangions que des fruits et des racines, et que j'en connais qui se nourrissent encore de charognes... Eh bien je prétends maintenant que la chasse est le seul moyen, de nos jours, de se procurer de la viande de très grande qualité.Je prétends également qu'elle est la seule activité humaine réellement excitante, comme le disait mon voisin néandertalien. Un dur, un vrai.

Ma compagne a dû le faire mijoter très, très longtemps.

Lettre d'une admiratrice
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