Les risques écologiques auxquels nous devons faire face aujourd'hui n'ont jamais été aussi grands. Le WWF a développé des outils qui permettent d'évaluer ces risques avec une grande rigueur scientifique.
Le premier outil, l'indice « Planète vivante », est en quelque sorte le Dow Jones du milieu naturel : il fait le bilan des ressources naturelles des différents écosystèmes.
Cet indice a été mis en place en 1970. 30 ans plus tard, l'indice « Planète vivante » nous permet d'affirmer, avec une grande certitude, que les ressources naturelles ont diminué de 30%.
En clair : la Terre a perdu le tiers de sa richesse naturelle en moins de 30 ans !
Les forêts ont perdu 12 % de leur richesses bilologique en 30 ans. Les écosystèmes d'eau douce ont perdu la moitié de leurs ressources. Quant aux écosystèmes marins, leur richesse a diminué de 35 % sur la même période.
Second outil de mesure créé par le WWF, l'empreinte écologique (« Ecological Footprint »). Cet indice mesure l'impact des activités humaines sur les écosystèmes. Il évalue la surface biologique nécessaire pour produire la nourriture et le bois consommés par l'homme, pour accueillir les infrastructures humaines et aussi, pour absorber le CO2 émis par toutes les activités de l'homme.
En 30 ans, cet indice a augmenté de 50%.
En clair, la pression écologique de l'Homme sur la Terre a augmenté de moitié en 30 ans.
A cette mauvaise nouvelle s'ajoute une autre mauvaise nouvelle : quelque part au milieu des années 70, l'impact écologique de l'humanité a dépassé la capacité biologique de la Planète.
Ce qui signifie que depuis plus de 20 ans, l'humanité est en « sur-régime » par rapport aux capacités de son véhicule, la Terre, qui ne peut plus absorber notre pression.
Ce constat m'amène à une première conclusion : il est urgent de réconcilier le développement économique et la préservation de l'environnement.
Dans ce nouveau défi, nous croyons, au WWF, que l'Europe a un rôle fondamental à jouer. Tout simplement parce que l'Europe n'est pas, aujourd'hui, un modèle de gestion durable de l'environnement.
C'est notre second constat, un constat de carence pour l'Europe. Si l'on reprend l'indice d' empreinte écologique évoqué précédemment, on constate que l'impact moyen d'un européen sur l'environnement est le plus élevé du monde, juste après les Etats-Unis. Globalement, l'impact écologique de l'Europe se situe au niveau des Etats-Unis ou de l'Asie.
Les leaders de l'Europe affichent les meilleures intentions du monde : les citoyens européens se sont vus promettre, dans l'Article 2 du nouveau Traité d'Amsterdam, que la Communauté allait promouvoir, je cite : « un haut niveau de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement ».
Une autre promesse était : « un développement des activités économiques harmonieux, équilibré et durable ». Ces déclarations d'intentions, écrites en ouverture du Traité, doivent être prises comme le signe d'un engagement politique fort et nouveau, un vrai signal politique que nous lancent les leaders européens.
Mais que se passe-t-il, aujourd'hui, si on regarde la réalité ? Où en sont ces promesses, d'après vous ?
Et bien...,
Les négociations fondamentales qui ont été initiées à Kyoto, se sont écroulées au coeur de l'Europe, à la Haye . La Stratégie Développement Durable, qui était préparée sous le patronage personnel du Président Prodi, en vue d'une contribution de l'Europe pour le prochain Sommet de la Terre, cette stratégie est dans l'impasse. Nous n'avons rien vu venir .
La plupart des Conseils des Ministres qui définissent des stratégies de développement durable pour leurs secteurs le font dans le plus grand secret. Certains d'entre eux n'ont même pas encore commencé ! Et pourtant, ils sont censés présenter leurs conclusions en juin 2001, à Gothenburg. Et pendant ce temps, les problèmes écologiques en Europe et dans le monde s'aggravent, comme nous l'a montré Daniel Richard tout à l'heure.
Les crises de santé publique, comme la vache folle ou la dioxine en Belgique, nous montrent bien les dangers de l'agriculture intensive et l'urgence de pratiques de production plus durables. Les pays riches de l'OCDE consomment de l'énergie et des ressources à un rythme insupportable pour la planète, ce qui laisse augurer plus de misère et de pauvreté pour les générations à venir.
Que faire ?
Je crois que l'Europe a besoin d'un nouvelle « Grande idée » pour réveiller l'enthousiasme de ses citoyens, et pour créer un point de rencontre qui fédère les leaders politiques.
Dans le passé, quelles ont été les « grandes idées » de ce type ?
- Le Traité de Rome était une grande idée.
- Le Marché Unique était une grande idée.
- L'EURO était une grande idée.
Quelle grande idée, aujourd'hui, pour l'Europe ?
Il y a aujourd'hui, une place à prendre, un espace à occuper qui est laissé vacant par les Etats-Unis et les autres pays industrialisés : la place de leader mondial pour l'environnement et le développement durable.
Quel serait le visage d'une Europe qui prendrait ce leadership ?
- Une Europe qui concilie avancée technologique, efficacité environnementale et compétitivité économique.
- Une Europe qui rassemble ses axes politiques majeurs : l'agriculture, le developpement, le commerce, la p
- Une Europe qui renforce ses liens historiques avec l'Afrique, les Caraïbes, le Pacifique, l'Amérique Latine, et qui utilise la solidarité écologique globale comme un nouveau postulat politique.
- Une Europe qui protège l'environnement et en profite pour créer des centaines de milliers d'emplois.
- Une Europe qui fasse de la santé publique et de l'environnement les clefs de voûte de l'amélioration de la qualité de vie des citoyens.
C'est un nouveau dessein pour l'Europe, et le WWF s'engage à le soutenir.
D'une part, le WWF mène des actions de protection de l'environnement et de développement durable qui contribueront à réduire l'impact de l'homme sur la Planète. D'autre part, le WWF s'engage à travailler avec la nouvelle Présidence Européenne, la Suède, pour que l'environnement soit bien la priorité N°1 de l'Europe.
Le WWF profitera du Sommet de Nice pour lancer un appel aux Chefs d'Etat, et leur lancer le défi du Développement Durable comme nouvelle vision politique.
Les dix ans du Sommet de Rio se tiendront en 2002 : les hommes politiques européens parviendront-ils à mobiliser l'opinion publique autour de cet évenement ?
L'alternative serait que les citoyens se détournent de l'idéal européen et se plongent dans le cynisme et la résignation, comme cela s'est déjà produit pour l'élection du Parlement Européen en juin 1999.
Le moment est venu d'agir : tout ce qu'il faut, c'est une vraie vision et une réelle volonté politique.