L'Economie face à l'Ecologie
Economisme contre écologisme
Economie et écologie
Que peuvent les économistes ?
Une panoplie d'outils d'intervention
Coûts et avantages des instruments d'action
Éclairer les choix
Voir aussi : L' investissement socialement responsable
Rapport de l'Atelier Green Money: "Environnement, économie, croissance"
Écologie-économie :
tout oppose, en apparence, ces deux disciplines aux racines étymologiques étrangement identiques. L'écologie n-a-t-elle pas pris son essor intellectuel et politique en critiquant la rationalité économique ? L'économie ne relègue-t-elle pas l'environnement au rang des"facteurs externes" ? Cependant, les questions environnementales ont pris une telle ampleur sociale qu'il n'est plus possible d'accepter un dialogue de sourds entre économie et écologie. Le rapprochement est nécessaire, et il a commencé. Le rapport de l'atelier "Environnement, économie, croissance" de la Commission du XIe Plan consacrée à l'environnement marque une étape importante : universitaires, militants écologistes, représentants d'organisations syndicales et patronales et hauts fonctionnaires y ont confronté leurs points de vue et dressé la carte de leurs désaccords et de leurs convergences.
Les travaux l'ont montré, l'économie est en train de prendre sa place de langage commun dans les débats publics sur l'environnement.
Lorsque les écologistes défendent l'idée d'un développement durable, les économistes sont en mesure de définir un cadre conceptuel qui aide à préparer les arbitrages nécessaires. Lorsque les écologistes réclament des mesures de protection de l'environnement, les économistes savent proposer une palette d'outils, réglementaires, fiscaux, incitatifs. Ils savent aussi analyser leurs avantages et effets pervers respectifs. Les divergences ne sont pas effacées, mais écologistes et économistes se parlent, enfin. De la poursuite et de l'enrichissement de ce dialogue dépend la réussite d'une "croissance durable".
Economisme contre écologisme :
Prises dans des acceptions étroites, les démarches économique et écologiste peuvent apparaître antagonistes. La finalité que poursuit l'économie est la maximisation de la production, la croissance la plus élevée possible. Les ressources de la nature sont en dehors de son champ : l'économiste est tenté d'y voir de simples termes d'équations économétriques, des facteurs de production externes dans lesquels on peut puiser sans compter. À l'opposé, pour une écologie radicale, l'idée même de faire entrer la nature dans les calculs économiques est intolérable. Donner un prix au mètre cube d'eau propre ou à l'hectare de forêt tropicale, c'est déjà légitimer un droit à polluer et à exploiter l'écosphère, donc à compromettre les besoins des générations futures : peut-on compter avec la vie ? Peut-on banaliser le sacré ?
L'économisme peut donc s'opposer à l'écologisme. On a d'ailleurs vu dans les pays de l'Est qu'une conception extrême de la croissance par l'exploitation de la nature conduisait à des catastrophes écologiques parfois irréversibles. A l'inverse, l'application rigoureuse des principes de certains courants écologistes pourrait être cause d'immobilisme.
Economie et écologie :
Il est vrai que les débats des dernières décennies, dans nos pays occidentaux, ont souvent été des affrontements assez vifs : d'un côté, une offensive des mouvements écologistes et de certains secteurs de l'opinion, appuyée quelquefois sur les interrogations des milieux scientifiques ; de l'autre, la défensive pour les secteurs productifs attaqués et désignés comnie particulièrement polluants (énergie, chimie, transports, agriculture, etc.).
Le moment est venu de dépasser ces débats stériles. L'écologie est entrée dans l'âge adulte. Les pouvoirs publics, les entreprises, les citoyens ont besoin de guides sûrs, de stabilité institutionnelle pour que l'on puisse investir et entreprendre dans des conditions satisfaisantes pour tous. La démocratie a besoin de débats objectifs.
Heureusement, on commence à entrevoir que si un écologisme radical et un économisme simpliste s'opposent, par contre des convergences de fond existent entre la démarche de l'économie et le point de vue de l'écologie.
L'économie, art de bien gérer le foyer selon l'étymologie, est la science de l'allocation des ressources rares. L'écologie, discours sur le logis et par extension sur l'environnement naturel, est la science de la sauvegarde des ressources rares de la nature. La proximité étymologique est bien plus qu'un jeu de mots : l'intérêt commun pour des biens disponibles en quantité limitée doit rapprocher les deux démarches.
De fait, on le constate depuis quelques années, de nombreux problèmes environnementaux sont désormais formulés dans un vocabulaire économique On mesure l'investissement des entreprises en faveur de la protection de l'environnement (3 % de l'investissement total, en France, 6 % en Allemagne). La dimension économique des grands choix publics en matière d'environnement est clairement présente dans les débats. Faut-il prohiber la circulation automobile dans les grandes agglomérations ? Dans l'affirmative combien doit-on investir dans les transports urbains et quel péage peut-on imposer à l'usager ? Faut-il taxer les émissions de gaz carbonique et si oui, sur quelle assiette et dans quelles proportions ? Autant de questions politiques et sociales dont la traduction économique est désormais présente dans les débats publics.
Que peuvent les économistes? :
Exprimer un problème en termes économiques est une chose, appliquer la démarche des économistes aux questions d'environnement en est une autre. Sur certains points, les difficultés sont très réelles. Les économistes sont-ils vraiment en mesure de prendre en compte le long terme, alors que l'actualisation leur fait quasiment ignorer les événements qui se produiront dans trente ans ? Comment appréhender les catastrophes d'ampleur majeure et de probabilité infinitésimale ? Peut-on utiliser dans des calculs la notion de coût de la vie humaine ?
Sans ignorer ces difficultés, l'Atelier "Environnement, économie, croissance" a cherché à cerner ce que peuvent apporter les économistes aux débats publics, dans l'état actuel de la discipline et compte tenu des dimensions sociales et politiques des questions d'environnement.
La première question posée aux économistes est celle du développement durable peut-on intégrer les besoins des générations futures dans les calculs qui gouvernent les choix présents ? Quelles recommandations d'action peut-on tirer de l'analyse économique ?
La réponse des économistes est mesurée. La définition du développement durable, font-ils observer, est très qualitative et il en existe de nombreuses acceptions. Dans tous les cas, l'économiste reconnaît la nécessité de prendre en compte le capital naturel, c'est-à-dire la valeur d'un patrimoine naturel, au côté des productions marchandes ; mais les exigences concernant la conservation de ce capital naturel peuvent varier selon la conception que l'on se fait du développement durable. I'économiste propose également des outils pour appréhender l'irréversibilité.
L'économiste sait donc, jusqu'à un certain point, formuler dans son langage la notion de développement durable. Mais il est mal placé pour faire des propositions chiffrées, Il lui faudrait pour cela disposer de connaissances précises sur les transformations de la biosphère, sur les seuils de déséquilibre, sur les conséquences du franchissement de ces seuils. Or, dans l'état actuel des incertitudes et des controverses scientifiques, ce n'est pas possible.
Les économistes qui se réclament de nouvelles théories de la croissance peuvent par contre formuler d'utiles recommandations pour la protection de l'environnement. Ils attirent l'attention :
Une panoplie d'outils d'intervention :
Une deuxième question qui appelle l'intervention de l'économiste est celle du choix des instruments de la politique de l'environnement : faut-il taxer ou réglementer ? interdire ou subventionner ? développer l'initiative politique directe, ou faire confiance au marché et aux incitations ?
Les économistes sont généralement réservés à l'égard de la réglementation. Elle est souvent mal appliquée, coûteuse à mettre en oeuvre, et elle échappe de plus en plus au niveau de décision national. Elle est cependant jugée efficace dans certains cas, en particulier lorsqu'elle s'articule avec une standardisation des procédés et des produits. D'autres instruments non économiques ont place dans les politiques d'environnement, en particulier le choix d'infrastructures respectueuses des milieux naturels, et les contrats de branches avec les industriels.
Les instruments dits économiques, taxes et permis négociables, ont, eux, la faveur des économistes. Ils reposent sur le principe du pollueur-payeur : il s'agit d'organiser un circuit financier qui fasse subir au responsable d'une activité polluante les conséquences de celle-ci. Leur coût de gestion est beaucoup plus faible que celui des réglementations, et ils permettent en théorie d'atteindre un optimum économique, alors qu'il est difficile de savoir à l'avance si les comportements suscités par une réglementation conduisent en deçà, au-delà ou au voisinage de l'optimum. Pour autant, les instruments fiscaux ne sauraient être la panacée. Pour les définir, il est nécessaire de trouver un compromis toujours imparfait entre les impératifs de simplicité, de cohérence globale et de finesse de l'incitation. En outre, leur effet redistributif ne manque pas de déclencher l'hostilité des agents économiques les plus frappés.
Coûts et avantages des instruments d'action :
La mise en place d'une taxe incitative pour prévenir le changement climatique offre un exemple caractéristique de ces difficultés de mise en oeuvre. Aucune position unanime n'a pu être engagée sur l'opportunité de créer une telle écotaxe. Est-il légitime de modifier les positions concurrentielles des entreprises en altérant la structure de leurs coûts ? Si non, comment garantir que la taxe sera appliquée à l'échelle mondiale ? Que penser du principe de neutralité fiscale prôné par les économistes, qui suggèrent de profiter de la création d'une taxe nouvelle pour supprimer ou diminuer d'autres impôts jugés néfastes à la croissance ? Industriels, écologistes, experts de tous bords ne répondent pas à l'identique à ces questions.
Du moins a-t-il été possible d'évaluer l'impact de la création d'une écotaxe, en simulant ses effets sur différents secteurs de l'économie dans plusieurs hypothèses de redistribution de son produit. Il en ressort que la taxe réduirait bien les émissions de dioxyde de carbone par rapport au scénario tendanciel, mais pas dans les proportions espérées au départ. Pour stabiliser les émissions au niveau de 1990, il est nécessaire de combiner la taxe avec une politique de maîtrise de l'énergie, qui portera d'autant plus d'effets qu'elle débutera plus tôt. Si la taxe n'était appliquée que dans la CEE, certains secteurs forts consommateurs d'énergie et dont les produits sont transportés sur de longues distances pourraient être handicapés dans la concurrence internationale. Par contre, l'effet macroéconomique ne serait pas négatif. Dans certains scénarios de redistribution, la création de la taxe est même plutôt favorable à la croissance et à l'emploi, avec tout au plus quelques tensions inflationnistes.
Chaque outil, économique ou non-économique, a ainsi ses coûts et ses avantages. Pour bâtir une politique de développement durable, il revient aux décideurs politiques de puiser dans toute la panoplie des outils disponibles, économiques et non-économiques, en étant clairement conscients de leurs coûts et avantages respectifs.
Éclairer les choix :
En faisant dialoguer économistes et écologistes, l'Atelier a finalement débouché sur une série de recommandations :