L'Odysée de Dominique Florian
Présidente-Fondatrice de l'Institut de Recherche et d'Application en Agriculture Biologique (IRAAB), ancienne conseillère économique et financière d'entreprises industrielles en Europe, responsable de séminaires sur l'agriculture biologique à la Banque Mondiale à Washington, elle a reçu, le 11 octobre 1990, à la Fondation de France, le prix Denis Guichard
Nous avons voulu rencontré Dominique Florian qui a été la véritable introductrice de l'agriculture biologique dans la législation française.
Comment avez-vous découvert l'agriculture biologique ?
Dominique Florian : Ayant passé mon enfance à la campagne, je n'ai connu la ville qu'à l'âge de 8 ans où ma santé s'est progressivement fragilisée.
A l'époque de mes études, mon état de santé devenu peu satisfaisant m'a amené à réfléchir sur l'origine des maladies et à remettre complètement en cause mon alimentation, en particulier la qualité des aliments. Les produits de l'agriculture biologique étaient alors totalement introuvables, presque autant que ses pionniers. Je me suis très rapidement rendue compte que leurs produits - très difficiles à trouver, je le répète avaient une qualité nutritionnelle très différente. Le simple fait de changer mon alimentation m'a rendu la santé. Cela m'a amené à penser que le développement de cette agriculture arriverait à régler des problèmes médicaux de notre temps. Je n'ai pas vu le médecin depuis vingt ans... Par la suite, je me suis demandée ce qui empêchait le développement de cette agriculture. On prétendait alors qu'elle était inefficace économiquement. Ce qui était inexact par rapport à ce que je constatais chez ces paysans : leurs rendements étaient satisfaisants et les bilans comptables bien équilibrés. Ils testaient des méthodes tellement d'avant-garde ... qu'ils ne savaient pas expliquer la raison de leurs succès !! Les bribes de théories sortaient de l'ordinaire et la moindre faiblesse dans leurs explications était montée en épingle par les tenants de l'agriculture conventionnelle. On jugea qu'en l'absence d'explications formelles, ces choses là n'existaient pas ! Il est vrai que l'agriculture biologique a démarré sur des résultats tout à fait empiriques, des faits inexpliqués, mais irréductibles à l'expérience. D'ailleurs, que ce soit le paysan ou le scientifique, vouloir répondre au pourquoi ne changeait et ne change toujours rien aux faits : les cultures et les animaux étaient en parfaite santé, sur une terre fertile. En réalité, les vrais obstacles viennent exclusivement du système agricole conventionnel qui est basé sur l'emploi de produits chimiques. D'évidence, leur remise en cause par l'agriculture biologique représentent pour lui des perspectives inquiétantes, à terme.
Approfondissant la question, j'ai comparé les scientifiques des deux secteurs. Les conventionnels omettaient systématiquement le rôle de l'humus et l'activité biologique du sol. Ils prônaient l'usage exclusif de fertilisants chimiques, donc solubles, ceux qui polluent les rivières et les nappes phréatiques dont se gave le végétal dont nous faisons notre nourriture. Ils considéraient la Terre comme un support inerte, qu'il suffit d'inonder de produits chimiques, le végétal étant suffisamment plastique pour avaler n'importe quoi ! C'est l'origine de la terrible erreur de l'agriculture conventionnelle. Dans un premier temps, ses rendements se sont multipliés car l'effet boomerang des engrais solubles se cumulait avec les résultats d'une très bonne fertilité ambiante des terres acquise par des décennies de fertilisation traditionnelle au fumier de ferme. On ne s'est pas rendu compte alors, qu'en fait, on consommait peu à peu un capital de fertilité du sol qui venait de siècles de patient travail de paysans.
On a commis alors l'erreur, pas toujours innocente, d'attribuer ainsi aux produits chimiques une fertilité que l'on puisait dans les réserves des terres soigneusement entretenues depuis des générations de paysans consciencieux. Après avoir pompé cette épargne séculaire, les rendements ont commencé à stagner, puis à baisser. La qualité des produits s'est carencée, et les parasites sont arrivés. Ils ont été combattus chimiquement. Plus on combattait et plus ils devenaient résistants et se développaient. On en est arrivé à une situation préoccupante depuis vingt ans. Aujourd'hui on en est au point où même les tenants de l'agriculture conventionnelle battent en retraite, pour commencer à réfléchir sérieusement sur la gravité de la situation...
C'est alors que vous cessez d'être spectatrice de l'émergence de l'agriculture écologique pour passer à l'action. Nous sommes à l'orée des années 80...
Dominique Florian : En effet. A ce moment là, je me suis dit qu'il fallait que cette nouvelle agriculture ait droit de cité dans notre pays. Il fallait ouvrir une brèche légale dans le système classique qui était, depuis trente ans, dans une situation de monopole. Le premier maillon qu'il était nécessaire de faire sauter était donc d'ordre juridique.
L'agriculture écologique, à cette époque, était quasiment interdite jusqu'en 1980. On n'avait pas le droit de se prévaloir de ses techniques qui étaient considérées comme des tromperies. J'ai donc frappé à la porte de tous les partis politiques. Celle du CDS est la seule qui se soit entrouverte. A partir de 77/78, je me suis efforcée de convaincre le Ministre de l'Agriculture de l'époque - Pierre Méhaignerie, de formation agronomique - en lui expliquant qu'il y avait une autre voie qui pouvait être tentée en matière d'agriculture, une voie de recours en cas d'échec de l'agriculture dominante. Et qu'en tout cas, il serait souhaitable de s'assurer différentes perspectives pour avoir une solution alternative, en cas d'impasse. Il finit par se laisser convaincre. Pourtant, la nouvelle démarche scientifique que je lui proposais remettait en cause tout ce qu'on lui avait appris et ce qu'il contribuait à enseigner. Le 13 mai 1980, le Sénat avec l'appui du ministre vote un amendement faisant entrer l'agriculture biologique dans la législation française. Le 10 mars 1981, Monsieur Méhaignerie signe le décret qui la définit . Il faudra attendre 1983 pour obtenir la création de la Commission Nationale de l'Agriculture Biologique (CNAB) prévue par le décret.
C'est aussi l'époque du montage de votre Institut pour la Recherche et l'Application de l'Agriculture Biologique (IRAAB). Quinze ans après, quel en est le bilan ?
Dominique Florian : Nous avons beaucoup travaillé, beaucoup démontré, beaucoup communiqué. Nous n'avons jamais eu un centime d'aide, ni pour l'enseignement qui a tenu gracieusement pendant quinze mois, ni pour nos recherches. Et finalement, si l'agriculture biologique n'arrive pas encore à faire sa percée dans nos sociétés, c'est tout simplement parce qu'elle remet en cause trop d'intérêts établis depuis trop longtemps. Et ce n'est rien d'autre.
Si on écarte toutes ces questions, si l'on en débat sérieusement, on s'apercevra que l'agriculture biologique résout pratiquement la totalité des problèmes posés par l'environnement voire même une bonne partie de la donne du chômage.
Comment voyez-vous vos rapports avec l'Inra ?
D. F. : Lorsque l'Inra a été réorganisé après la guerre, on a demandé au professeur Jean Keilling de le prendre en mains. Il a refusé, n'ayant pas confiance dans les perspectives ouvertes par les concepts scientifiques et les objectifs de l'Inra de l'époque. Aujourd'hui et depuis la fondation de notre Institut il est Président de notre Conseil Scientifique. Avec lui nous constatons que l'Inra n'a effectivement pas résolu les problèmes de l'agriculture, bien au contraire. Echec patent du système conventionnel même sur le plan économique qui en était la justification et échec dans l'encouragement des méthodes alternatives sur le plan européen. Alors qu'en 1981, dix ans avant, nous publiions des travaux suffisamment sérieux pour mettre une petite équipe en situation d'alternative... à l'Inra. On ne nous l'a pas encore pardonné. Cela peut sembler mégalomaniaque, mais c'est pourtant cette qualité qui nous a permis de convaincre le Ministre, en 1980, de mettre deux fers au feu, plutôt qu'un seul conventionnel qui échoue lamentablement aujourd'hui. Nous n'avions pas de complexes vis à vis de l'Inra en explorant des voies dédaignées officiellement.
Cela dit, si notre attitude a toujours été courtoise, nos travaux mettent en lumière toutes les erreurs commises dans le système actuel de la recherche et de la pratique. Il est tout de même navrant de constater qu'à l'heure où la Communauté Européenne reconnaît le bien-fondé de l'agriculture biologique, tous les dossiers français émanant des structures les plus intègres sont systématiquement rejetés !
Pensez qu'en 1983, nous avions présenté un programme au Ministre de la Recherche et de la Technologie pour vérifier une méthode qui permettait de tester la qualité des produits agricoles. C'est une technique saine, peu coûteuse, suffisamment fine pour déceler chacune des méthodes employées en agriculture biologique. Pour la rendre incontestable vis à vis de la communauté scientifique, il nous fallait un budget de plusieurs millions de francs. L'éprouver durant deux ou trois ans, l'affiner selon les différents systèmes expert admis, tel le Raman Laser. Et notre programme fut finalement examiné par... l'Inra qui détient en fait tous les pouvoirs de décision en France en matière de Recherche agronomique.
Aboutissement véritablement absurde ! Les juges étaient partie ! La réponse fut bien évidemment négative. Si cela n'avait pas été le cas, nous disposerions actuellement en France d'une méthode unique sur le plan mondial, confirmée officiellement. Nous avons poursuivi nos recherches sans aucun moyens et abouti depuis, mais les conditions ne sont pas encore réunies pour communiquer nos résultats. Nous savons trop combien il est facile de spolier les chercheurs de leurs découvertes lorsqu'ils sont en butte aux tracasseries administratives. La non diffusion de cette découverte est la conséquence du système de monopole de la recherche agronomique en France. Et les questions cruciales pour l'environnement ? Et quand pourrons-nous apporter notre contribution à ces graves problèmes ?
La situation que vous décrivez est catastrophique. Quelles solutions sont possibles ? Tout le monde parle d'agriculture écologique. Elle semble reconnue, et, en même temps, elle ne l'est pas ! Comment les choses peuvent elles changer ?
D. F. : A l'heure actuelle, il est difficile de parler des perspectives de l'agriculture biologique sans envisager l'ensemble du contexte socio-économique. Il est certain qu'il n'y a plus aujourd'hui assez de travailleurs de la terre dans le cadre d'une agriculture biologique généralisée.
Or ce n'est pas parce qu'elle utilise beaucoup plus de main d'oeuvre qu'elle est moins rentable. Car si vous n'utilisez pas des bras, vous prenez des machines qui coûtent cher. L'agriculture écologique aussi est mécanisée mais de manière beaucoup plus légère. Elle n'est pas une agriculture d'hier. Mais elle se refuse à utiliser des tracteurs de puissances énormes qui tassent le sol et détruisent sa structure, coûtent des sommes fantastiques, consomment une énergie fossile considérable et qui étant très souvent au-dessus des besoins réels des agriculteurs, les ruinent.
Tracteurs démesurés dont les puissances sont d'ailleurs inutiles avec les terres bien structurées en agriculture biologique. Ce qui compte c'est d'avoir un matériel intelligent, habile, léger, maniable, qui permet aux agriculteurs de ne pas s'épuiser physiquement. Il y a un matériel spécifique utilisé par les agriculteurs biologiques, tels celui de Monsieur Jean Nolle, ancien membre du Conseil de Prospective de l'IRAAB depuis sa fondation, avec qui nous avons mis au point de nouveaux matériels spécialement conçus pour répondre aux préoccupations de notre Institut. Il ne faut pas s'imaginer que l'agriculteur biologique va s'épuiser physiquement comme autrefois. Ce sont des réalités totalement dépassées. En outre, l'agriculture biologique est beaucoup plus diversifiée. Elle travaille sur des parcelles généralement plus petites qui donnent un travail beaucoup plus varié et instructif. Et donc beaucoup plus intéressant.
L'agriculture biologique fait appel à l'intuition de l'homme, tandis que l'agriculteur conventionnel est devenu l'employé de l'industrie chimique. Il n'est plus qu'un manutentionnaire. Il lit les modes d'emploi de potions sur les pochettes. Et dès qu'il a un problème il téléphone à un conseiller officiel en agriculture chimique pour en référer. Autrefois, il était responsable. Il choisissait ses races d'animaux et ses espèces et variétés de légumes, d'arbres fruitiers, ses méthodes culturales. Il décidait de ses assolements. Il organisait sa gestion lui même. Il maîtrisait les techniques de fabrication de l'outillage, des machines. Il entretenait lui-même son matériel et y apportait constamment des innovations. Il maîtrisait aussi parfaitement la transformation de beaucoup de ses produits : crème, beurre, conserves, etc. qu'il mettait lui-même sur le marché. Bref, c'était des hommes complets. Je pense qu'aller de l'avant consiste à faire prendre conscience qu'avec cette nouvelle approche, cette approche globale que nous avons l'IRAAB avec l'agriculture biologique, le chômage pourrait être solutionné. Trop nombreux sont encore ceux qui s'imaginent qu'on ne peut pas solutionner le problème une fois énoncé: En réalité une grande quantité d'êtres humains sont entassés dans les villes mais ils n'ont aucune envie d'y rester.
La Commission Européenne s'est rendue compte que la désertification du milieu rural avait des conséquences très graves et qu'il allait falloir envisager bel et bien de répartir les gens dans les campagnes. Certes, il est fort possible que ce soit de nouveaux arrivants. Des post-urbains. En tout cas on se retrouve devant une difficulté certaine car le désert est quelque chose qui coûte très très cher !!
Nous avons démontré dans nos études que l'agriculture biologique est parfaitement viable économiquement. Aujourd'hui nous sommes tous engagés - avec ce monde qui dérive - dans le combat socio-économique. Et nous savons que nous devons le gagner. Pour nos enfants. Pour nous. Pour le Tiers-Monde.
L'agriculture biologique est également reconnue par la Communauté Economique Européenne. La CEE est-elle un recours ?
DF : Depuis 1979-80, notre Institut informe la Communauté européenne de nos résultats. Nous avons toujours eu une écoute attentive. Des lettres du directeur général de l'agriculture de la Commission européenne en attestent. Mais en fait la Commission de Bruxelles est aussi en butte au Conseil des ministres européens représenté par des personnalités politiques censées exprimer les préoccupations de leurs pays, et qui ne sont pas souvent en phase avec l'intérêt général. Mais nous retrouvons néanmoins aujourd'hui à Bruxelles les résultats des différentes campagnes que nous avons menées sur l'agriculture biologique. Le démarrage n'a pas été facile mais maintenant il porte ses fruits. Et finalement cela nous revient maintenant dans la forme d'une synthèse, les propositions récentes en faveur de l'agriculture biologique de la Commission de Bruxelles. Depuis quelques années, la Commission est à l'avant-garde de la classe politique. Il semble que le monde politique soit en train de suivre. La démarche de rentabilité économique à court terme, de résultat purement quantitatif, en temps qu'objectifs majeur de nos sociétés - illustrée par la PAC mise en place en 1960 - est ainsi remise en cause, dix ans après l'introduction de l'agriculture biologique dans la législation française. Et comme le disait Michel Jacquot, en qualité de directeur du FEOGA lors de la journée sur l'avenir de l'agriculture biologique en Europe que nous avons organisée à Carpentras en 1988 : Chiffre en main, dans une démarche de banquier de l'Europe et de ses habitants, nous nous rendons compte que la rentabilité de certains secteurs se transforme en déficits ailleurs, dans une gestion centrale.
Les déficits sur l'environnement, il faut les éponger. Au niveau d'une entité économique, chacun peut jouer le chacun pour soi en se disant que c'est l'autre qui payera les dégâts provoqués par cette indifférence. On aboutit alors comme la synthèse actuelle de la Commission de Bruxelles à la constatation d'un gigantesque gâchis, une plus grande perte que du gain.
Aujourd'hui la Commission Européenne est obligée de faire une démarche à long terme. C'est là où, malgré toutes les critiques sur les technocrates, elle est infiniment précieuse : c'est l'une des seules institutions politiques centrales qui travaille un peu sur le long terme. Le système agro-alimentaire actuel étant non viable, la Commission lui tourne le dos et oriente désormais tous ses programmes de recherches vers les recherches alternatives ! Certains programmes sont de l'Ecologie avant la lettre. Il n'y aurait pas grand chose à changer sur les derniers programmes de la Commission Européenne, c'est presque de l'Ecologie. C'est extraordinaire car ramassé dans des textes qui parlent d'efficacité, de rentabilité et de compétitivité. C'est à long terme et c'est global. Donc la recherche agronomique classique, c'est fini. Maintenant pour l'Europe, c'est la priorité à l'Environnement. Mais encore une fois, il y a d'énormes intérêts qui sont en jeu avec des pays très en retard sur l'Environnement comme la France qui traîne les pieds, et la Commission avance prudemment sur des oeufs. De toute façon, d'un point de vue "Bio", il faut avoir conscience qu'on ne peut pas modifier les équilibres du jour au lendemain. Sinon, il y a des phénomènes de rejet, pas seulement de la part des humains mais par les mécanismes politiques, économiques, culturels, par les cycles biologiques. Le drame de notre situation c'est qu'en raison de l'urgence il faudrait tout transformer très vite, mais qu'on risque de détruire en bouleversant trop vite tout. Tout est tellement fragile. Il ne faut donc pas modifier tout du jour au lendemain. Il faut étaler dans le temps. Les pires destructions écologiques entraînent automatiquement des rééquilibrages qui peuvent d'ailleurs parfois être des leurres dangereux. Car ils masquent en profondeur la situation réelle.
Quelle est votre vision de l'Agriculture Biologique ?
DF : Il existe toutes sortes de définitions. J'en ai adopté une qui la résume bien : L'Agriculture Biologique respecte tous les grands équilibres. Ils sont d'une telle finesse dans la nature que jamais l'homme ne pourra les rétablir s'il les modifie. C'est toujours la nature elle-même qui les rétablit dans leur immense complexité. La leçon que je retire actuellement de nos travaux, c'est que peut-être à l'avenir on s'apercevra que les choses essentielles, fondamentales, les choses dont dépend l'avenir de l'humanité, de la planète, sont des domaines qui touchent à des questions non pondérables, non mesurables. Tous les phénomènes fondamentaux le sont d'autant plus qu'ils sont en dehors de nos pouvoirs d'investigation scientifique. Cela donne la mesure de l'échec de notre société et de notre monde prétendument moderne. S'il n'en prend pas conscience rapidement, il peut disparaître. Les travaux de notre Institut débouchent sur des phénomènes qui ne seront jamais entièrement appréhendables par l'humain.
Cela débouche sur une éthique de la Science et de la Société face à la Nature. Plus nous avançons, plus nous nous rendons compte qu'il faut réellement faire preuve d'une très grande humilité. Plus nous en découvrons, plus nous nous apercevons que nous ne savons rien. L'essentiel de la connaissance est dans un perpétuel ailleurs qui est la vie.
C'est d'ailleurs l'originalité scientifique de l'IRAAB... Des instituts de recherche en agriculture biologique, il n'y en a pas beaucoup dans le monde, mais il y en a quelques-uns quand même.
La difficulté en la matière provient du fait que l'on utilise les procédures de recherche conventionnelles, faute d'autres, dans un domaine où elles n'ont pas cours. C'est un petit peu comme vouloir développer le moteur à réaction en procédant aux recherches sur des moteurs à piston. Or ce qui sépare ces deux agricultures - biologique et conventionnelle - est une différence de nature et non de quantité. Par conséquent, les procédures et les méthodes doivent également changer de nature, faute de quoi c'est l'impasse. Or c'est effectivement ce qui a lieu. On prend des parcelles, on y cultive des navets, les uns selon les techniques conventionnelles, les autres selon l'agriculture biologique. Puis on passe à l'analyse. On y trouve ce qu'on attendait : les uns sont peu ou moins pollués que les autres. Cela s'arrête là. Ce qu'est l'agriculture biologique dans son essence, sa différence de nature avec l'autre agriculture, on ne le sait toujours pas. Or cette curiosité de la recherche à connaître la différence de nature entre les deux méthodes d'agriculture, ne tient pas du simple jeu intellectuel : elle porte sur la différence de nature qu'il y aurait entre les productions des deux méthodes. C'est-à-dire qu'elle veut savoir s'il y a une différence nutritionnelle qualitative (c'est-à-dire dans la nature et non simplement quantitative) entre les deux types de production. Autrement dit, si d'aventure les productions de l'une conduisaient par leur consommation à l'affaiblissement organique manifesté par les maladies dites dégénératives et, pour lâcher le mot, à la dégénérescence des populations ainsi alimentées, tandis que les autres maintiennent l'intégrité organique des hommes qui les consomment.
On voit que la question est de taille et d'une portée considérable. A cette question, pas de réponse à ce jour. Nous savons même qu'il y a parmi les techniciens de l'agriculture biologique les plus versés dans la question, des gens qui doutent qu'il y ait même une différence entre les deux productions.
C'est un vieux raisonnement : un atome est toujours un atome, où qu'il soit, dans une courgette "Bio" ou non, n'est-ce pas ? Or c'est là que s'affirme notre originalité. Nous avons développé à l'IRAAB d'autres procédures de recherches pour tenter de percer les obscurités et répondre aux questions actuellement controversées.
Nous avons développé une autre conception de l'agriculture biologique. L'IRAAB affirme que l'agriculture biologique telle qu'elle est définie par la législation Européenne actuellement en vigueur est une agriculture effectivement non polluée et non-polluante, mais pas nécessairement "biologique". Ses critères ne permettent pas de respecter l'intégrité des végétaux et donc des animaux et des hommes qui s'en nourrissent. Ses productions souffrent aussi de déséquilibres même s'ils sont d'une autre nature et donc produisent eux aussi des effets dégénératifs. Même s'ils sont d'une autre nature, plus difficile à déceler. Cela se manifeste d'ailleurs par les difficultés que rencontrent les agriculteurs "Bio" dans leur activité : parasitismes divers, maladies sur les productions, problèmes de conservations même avant récolte, ou de résistance aux aléas climatiques, etc. L'IRAAB a, sur ces bases, établi des règles, défini des caractéristiques précisant les différences et les moyens de distinction des produits "Bio" qui sont physiquement "biologiques", des productions qui ne sont que légalement "Bio". C'est-à-dire arbitrairement déclarées par la loi "biologiques", alors qu'ils ne peuvent être dans le meilleur des cas que non ou moins pollués. Autrement dit, l'IRAAB établit la distinction entre les produits légalement biologiques et les produits réellement biologiques. Ainsi l'IRAAB ne saurait accepter la définition légale de la méthode agrobiologique opérant sans produits chimiques de synthèse comme définition de l'agriculture biologique. Opérer par des méthodes culturales non-polluantes est une condition nécessaire de l'agriculture biologique, mais pas suffisante. Tout au plus un préalable.
Nous affirmons à l'IRAAB en peu de mots que l'authentique agriculture biologique est celle qui respecte le champ gravitationnel intranucléaire du végétal et par suite de l'animal et de l'homme qui les consomment. Je n'irai pas plus loin dans les explications qui seraient trop vastes et complexes et nécessitent un exposé qui met en jeu des données entièrement nouvelles ne pouvant entrer dans le cadre de ce survol de la question. C'est peut-être aussi en raison des distances scientifiques entre notre Institut et les autres... que nous n'avons jamais bénéficié de la manne des subsides pour la recherche de la part des Pouvoirs Publics, que ce soit de Paris ou de Bruxelles. Car nous ne proposons pas d'études portant sur les mérites respectifs des haricots X et Y. Mais c'est peut-être à l'IRAAB que se fonde l'agriculture biologique de demain. Qui sera peut-être l'agriculture tout court.
Notons que la Société Internationale de Recherche pour l'Environnement et la Santé (SIRES) publie un article de 36 pages de Dominique Florian :
"Une nouvelle agriculture pour mettre un terme à notre autodestruction" dans la revue "Environnement et Nouvelle Médecine" de décembre 1994 - Les cahiers de SIRES - 133, rue Georges Bonnac - 33000 - Bordeaux.
Signalons également l'ouverture prévue au public de la Ferme expérimentale de l'IRAAB
Selon un communiqué de l'IRAAB, cette Ferme expérimentale a trois objectifs :
Outre le terrain privilégié de nos recherches et expérimentations, elle est ensuite le lieu où l'IRAAB entend démontrer qu'au moyen de la bonne fertilisation et d'une diversification poussée des cultures et plantations, ces deux pratiques étant conduites selon les résultats de nos recherches, une famille peut vivre sur une surface agricole considérée non viable : 1, 5 hectare.
Or cette surface est précisément celle qui sera disponible en moyenne par famille sur la planète à l'horizon de l'an 2000, ce qui illustre le fait que la démonstration que nous avons entreprise constitue un enjeu majeur pour l'avenir.
Elle est enfin le terrain sur lequel nous pourrons présenter nos méthodes agricoles mises au point à partir des résultats de nos recherches et expérimentations, pour les enseigner lors de la reprise de nos stages de formation qui coïncidera avec l'ouverture au public de notre Ferme expérimentale.
Ces stages s'adressent autant aux agriculteurs, aux étudiants et aux agronomes qu'aux médecins, aux économistes, aux consommateurs et aux scientifiques... Or malgré les perspectives considérables que cette action très complète ouvre pour tous, le financement de l'installation - toujours en cours - et du fonctionnement de ses travaux de recherches et de ses expérimentations poursuivis depuis 10 ans, est actuellement toujours assurée par les seuls membres de l'Institut...
Cela a certes permis dès l'origine de garantir l'indépendance absolue des recherches, ce qui apparaît aujourd'hui comme certainement un élément décisif ayant permis d'atteindre les résultats qui peuvent être présentés désormais. Mais ces recherches ayant pris ce pli, ainsi que l'esprit de ses membres, il est devenu évident que les recherches présenteront toujours une garantie d'indépendance, bien qu'en accord avec les futurs donateurs pour ce qui concernera les dons si certains sont conditionnels, car les dons désormais deviennent nécessaires non seulement pour la poursuite des recherches, mais pour que l'Institut puisse franchir les nouvelles étapes, très onéreuses et hors de ses moyens matériels, de publication et diffusion de ses résultats et travaux auprès de tous les publics intéressés.
Car l'importance des travaux poursuivis par l'IRAAB sur sa Ferme expérimentale et l'intérêt qu'ils présentent pour la collectivité, ont justifié l'ouverture récente par la Fondation de France d'un compte de l'Institut dans ses livres après l'observation de ses 15 années d'existence sans soutien matériel de quiconque.
Ce compte permettra désormais à l'Institut de recevoir du mécénat dont les montants seront déductibles des impôts payés par les donateurs personnes physiques ou morales.
L'Institut est une Association Loi 1901 titulaire d'un compte à la FONDATION DE FRANCE N° 60 0940 E
Institut pour la Recherche et l'Application en Agriculture Biologique
(IRAAB) - 20, rue Jacob - 75006 - PARIS - Téléphone : 42 64 87 21.
Administration et Ferme Expérimentale : Loriol-du-Comtat - 84870 - Carpentras - Tél : 90 60 33 22.
Présidente : Dominique Florian, agricultrice.
Président du Conseil scientifique : Jean Keilling, membre de l'Académie d'Agriculture, professeur honoraire à l'Institut National Agronomique,
directeur honoraire à l'IBANA de Dijon, assisté de :