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Comment Démarrer dans l'Agriculture Biologique




  Une Etude d' Agriculture : Manitoba Environnement Canada
Sols et cultures Conservation et protection

Manitoba Environnement Canada :
B.P. 2000 5e étage Carman (Manitoba) 269, rue Main
R0G 0J0 Winnipeg (Manitoba)
Tél: (204) 745-2040 R3C 1B2



1/ Introduction

2/ Partie I: Des organiculteurs  font part de leur expérience

3/ Partie II: Gestion de

l'agriculture biologique

4/ Partie III: Commercialisation des produits biologiques

5/ Partie IV: Résumé et conclusions :

6/ Sources d'information :

7/ Agriculture alternative


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Introduction :
Ce que nous savons actuellement de l'agriculture biologique nous vient en grande partie des agriculteurs. L'expérience des exploitants en matière de rotation des cultures et de méthodes de production a donc servi de base à ce guide destiné à faciliter la transition entre l'agriculture traditionnelle et l'agriculture biologique. Cette étude présente huit agriculteurs du Manitoba et du Dakota du Nord, à différents stades d'adoption de l'agriculture biologique . Leur expérience et leurs conseils faciliteront la transition des agriculteurs qui songent à adopter l'agriculture biologique.

Le témoignage de ces agriculteurs est complété par des renseignements sur les techniques biologiques, la certification et la commercialisation des produits biologiques, recueillis auprès des personnes-ressources du gouvernement et des universités chargés de surveiller et de contrôler la production.

Les agriculteurs qui envisagent de passer à l'agriculture biologique devront faire leurs propres recherches et leurs propres expériences, à petite échelle, sur leur exploitation. On trouvera à la fin de ce document d'autres sources d'information sur l'agriculture biologique.


Définition de "biologique":
Nombreux sont les qualificatifs utilisés pour définir ce nouveau type d'agriculture: agriculture de conservation, agriculture régénératrice, agriculture biologique, agriculture alternative, pour n'en citer que quelques-uns. S'appuyant sur le qualificatif de biologique, qui est de plus en plus accepté, techniquement et juridiquement parlant, les-producteurs et les acheteurs sont maintenant en mesure d'établir des normes officielles en matière d'enregistrement, de certification, de contrôle de qualité et de commercialisation des produits. Aux fins de la présente publication, c'est la définition de l'Organic Producers' Association of Manitoba Co-operative Ltd. (OPAM) qui a été retenue:
Est considéré comme biologique un produit qui a été cultivé, a poussé, a été stocké et traité sans l'aide d'aucun produit de synthèse (produit chimique, engrais, herbicide, insecticide, fongicide, pesticide, hormone ou régulateur de croissance).



 


Partie I: Des organiculteurs  font part de leur expérience :
Les organiculteurs dont vous allez faire la connaissance dans les pages qui suivent nous font part de leur expérience de l'agriculture biologique. Certains d'entre eux s'adonnent à l'agriculture biologique depuis longtemps, d'autres n'en sont encore au stade de la transition. Installés dans différentes régions de la province, ces agriculteurs nous présentent diverges facettes de l'agriculture biologique.

La taille des huit exploitations varie d'une demie à trois sections. L'étude présente des céréaliers, des éleveurs et des exploitants polycoles, de façon à montrer que les techniques de l'agriculture biologique peuvent s'adapter à des domaines très divers.

Dans un premier stade,.les agriculteurs ont répondu à un questionnaire sur le type d'exploitation, la rotation des cultures, la lutte contre les mauvaises herbes et les parasites, le travail-au sol et la commercialisation de leurs produits. Des entretiens téléphoniques et des visites sur place ont ensuite permis aux agriculteurs de préciser leur pensée et de vérifier que leur point de vue était correctement interprété.

Certains renseignements sur l'emplacement et le type d'activité de l'exploitation précèdent l'entretien avec chaque exploitant, de façon à aider le lecteur à savoir queue exploitation se rapproche le plus de la sienne.



 


Les Beckman :
Emplacement de l'exploitation : Sud-est de Steinbach (Manitoba)
Type d'exploitation : Laitière et bovine
Dimensions de l'exploitation : 63 ha (155 acres) plus 73 ha (180 acres) en broussailles et pâturages en location
Sol : Terreau sablonneux gris
Moyenne des précipitations annuelles: 515 mm (20 pouces)
Nombre de jours sans gel : 114
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1969
Caractéristiques de l'exploitation: Culture et régie des plantes fourragères
Les Beckman ont un troupeau de bovine et un troupeau laitier. Leur exploitation, qui se trouve au sud-est de Steinbach, est située sur des terreaux caillouteux, gris et sablonneux, de topographie et de perméabilité extrêmement variables.

"Nous avons cessé d'utiliser des engrais, des herbicides et des pesticides chimiques en 1969" explique Margaret. Les Beckman ont pris cette décision pour trois raisons: pour améliorer la vie biologique du sol, pour diminuer la pollution environnementale et pour laisser à leurs enfants une terre dans un meilleur état que lorsqu'ils l'ont prise.

Les Beckman ont un troupeau de 20 vaches laitières de race Holstein et de 35 vaches de boucherie de race blonde d'Aquitaine, ainsi que des veaux et des animaux d'un an. Seuls les taureaux allant à la station d'épreuves sont traités contre les hypodermes. Les autres animaux ne sont pas traités aux antibiotiques prophylactiques. La plupart des années, les Beckman élèvent aussi 500 poulets à rôtir. Des 136 hectares (335 acres) totaux, 53 ha (130 acres) sont cultivés, le reste étant couvert de broussailles et de pâturage nature!. Le bétail est nourri d'un mélange de blé, d'avoine et d'orge. Une autre partie de la terre cultivable est couverte de pâturage et de foin mélangé de luzerne, de lotier, de brome, de fléole des prés et de trèfle. Certaines années, des plantes herbagères sont semées à la volée dans le pâturage naturel.

Bien qu'ils aient déjà songé à le devenir, les Beckman ne sont pas encore accrédités comme agriculteurs biologiques. Ils vendent du boeuf jeune et la plupart de leurs poulets, d'un poids unitaire habillé de 2,5 kg à 3,5 kg (6 à 8 livres), directement aux consommateurs. Certains jeunes taureaux sont vendus comme animaux de reproduction. Le fait est vendu au Manitoba Milk Producers Marketing Board.


Rotation des cultures et gestion de la fertilité du sol :
La terre arable de la ferme des Beckman est divisée en sept champs, de 6 à 8 ha (15 à 20 acres) chacun, soumis à une rotation des cultures de sept ans. En collaboration avec la Eastern Manitoba Grasslands Society, les Beckman ont essayé divers cycles de rotation et ont amélioré le rendement des pâturages en les soumettant à une rotation d'environ 30 jours. Le tableau ci-dessous présente la rotation des cultures appliquées par les Beckman:
 
ANNÉE
1
2
3
4 5 6
7
Culture en rotation Blé ou orge Céréales mixtes Avoine contre-ensemencée de fléole des prés Deux coupes de foin; troisième coupe ou pâturage d'automne Pâturages: rotation de 3 à 4 cellules (essai)

À l'automne, le compost est répandu sur les champs qui seront cultivés à la saison suivante. Les champs de foin sont recouverts d'engrais de basse-cour provenant des-poulets d'une ferme voisine. L'engrais de basse-cour n'est pas utilisé sur les champs céréaliers parce qu'il donne trop d'azote au sol, ce qui augmente la hauteur des plants et le risque de verse. Les Beckman se souviennent des nombreux champs où les plants, luxuriants et verts, avaient atteint une hauteur allant de 90 cm à 1,20 m, pour se retrouver totalement couchés sur le sol par le vent ou la pluie.


Lutte contre les parasites et travail du sol :
La folle avoine pose un problème aux Beckman dans certains champs humides et en creux. "La folle avoine aime les sols humides et compacts" explique Norman. Si le sol est bien drainé et qu'il n'est cultivé que lorsqu'il est bien sec, il n'y a pas de problème." Le chardon commun qui pousse dans les pâturages naturels est coupé au stade du bourgeonnement. Si les mauvaises herbes se mettent dans les champs de céréales en raison de la sécheresse, le grain sert d'engrais vert et les animaux paissent dans le champ. "Les insectes ne nous ont jamais dérangés. Nous laissons la nature faire son travail" précisent les Beckman, qui encouragent la présence des oiseaux dans leur ferme en leur fabriquant des abris.

Les Beckman utilisent quatre instruments aratoires: un pulvériseur tandem à disques pour retourner les champs de foin, un cultivateur lourd pour ameublir le sol après la récolte des céréales, un cultivateur et des herses pour préparer le sol en vue des semailles de printemps. "Nous n'utilisons pas de charrue parce que cela favorise l'érosion éolienne et l'évaporation de l'humidité. Nous ne mettons pas non plus les terres en jachère parce que nous voulons conserver le plus possible sa couverture au sol" précise Norman. Il explique que le fumier et les engrais verts fournissent les substances organiques nécessaires au sol, le liens et l'aide à résister à l'érosion.


Renseignements et suggestions :
"Le principal problème auquel nous avons été confrontés lorsque nous nous sommes lancés dans l'agriculture biologique a été le manque d'information" déclarent les Beckman. "Les personnel que nous interrogions n'arrivaient pas à comprendre pourquoi nous voulions, à l'aube du 21e siècle, revenir aux vieilles méthodes." Dans l'ensemble, les plus sceptiques étaient les agronomes, même si un petit nombre d'entre eux se soit intéressé au projet des Beckman et l'ait même appuyé. Les banquiers des Beckman ne les ont pas non plus dissuadés de se lancer dans cette entreprise.

Évoquant leur propre expérience, les Beckman précisent que "la transition n'a pas été facile. La production a baissé et nous avons appris par tâtonnement. Nous n'avons acheté aucun engrais, pas même organique. Au début nous n'avions pas suffisamment de fumier et ne connaissions pas l'engrais vert. Aujourd'hui la transition serait facilitée par les renseignements existants."

Les Beckman louent la terre sur laquelle ils pratiquent l'agriculture biologique à titre expérimental. Ils envisagent de consacrer la moitié de cette surface à un pâturage graminée-légumineuse pendant trois ans et de semer l'autre moitié de mélilot qu'ils couperont deux ou trois fois la deuxième année, en laissant la tige pourrir sur place, dans la culture en cours. La coupe coïncidera avec l'époque de floraison des mauvaises herbes afin d'empêcher leur grenaison.



 


Les Campbell :
Emplacement de l'exploitation: Nord de Virden (Manitoba)
Type d'exploitation : Blé et fourrage, élevage de moutons
Dimensions de l'exploitation : 325 ha (800 acres) cultivés biologiquement
195 ha (480 acres) cultivés
130 ha (320 acres) en pâturage/fourrage
Sol: Terreaux à phase douce et terreaux noirs minces d'Oxbow
Moyenne des précipitations annuelles: 462 mm (18 pouces)
Nombre de jours sans gel : 115
Année d'adoption de l'agriculture biologique : 1986
Caractéristiques de l'exploitation : Ensemencement direct, élevage de moutons. Les Campbell exploitent leur ferme conjointement avec les parents de Colin, Archie et Pat Campbell.

Colin et Trudy Campbell exploitent une ferme à quelques kilomètres au nord de Virden sur des terreaux à phase douce et des terreaux noirs minces d'Oxbow.

Ils ont démarré dans l'agriculture biologique en 1986 pour des raisons à la fois économiques et environnementales. Les Campbell, qui cultivent le blé et les plantes fourragères, ont également une exploitation commerciale d'ovins.

Au moment où il a décidé d'adopter l'agriculture biologique, Colin a beaucoup utilisé la jachère, tout en admettant que ce n'était pas l'idéal. Il cultive maintenant le mélilot comme engrais vert. La première année, une moitié de sa terre a été mise en jachère et semée de blé, l'autre moitié étant contre-ensemencée de mélilot. Lorsqu'il contre-sème, Colin commence par semer le blé au semoir pneumatique. Il repasse ensuite sur le champ avec son semoir pour semer le mélilot, qu'il dépose à la surface, juste au-dessus de la couche d'humidité. Il explique que le mélilot lui permet de supprimer la jachère noire. Il envisage également de faire pousser des brise-vent pour protéger le sol de l'érosion éolienne.


Lutte contre les parasites et fertilité du sol :
Les principales mauvaises herbes que les Campbell trouvent dans le grain sont l'amarante à racine rouge, la renouée liseron et la sétaire verse. Dans les champs, ce sont le chardon commun, le chiendent et le chénopode blanc. Le kochia à balais pose un problème sur les terres qui ont été endommagées par la crevaison de poches salines souterraines lors du forage dans les champs pétrolifères de Virden.

Associées à un semis plus dense et à un labour avant et après les semailles, les cultures semées en automne ou contre-ensemencées de mélilot permettent de lutter efficacement contre les mauvaises herbes. Dans les champs de céréales contre-ensemencés de mélilot, les déchets sont minimes (de 3 à 5 % ). Colin précise qu'il continue à chercher un moyen efficace de lutter contre les mauvaises herbes, qui nuisent le plus à la production.

Les insectes n'ont jamais posé de gros problèmes, mais les parasites, internes et externes, chez les ovins ont empêché les Campbell de les élever biologiquement.

Pour conserver sa fertilité au sol, Colin utilise le fumier et les engrais verts. Comme il l'explique, "c'est la base-même de l'agriculture biologique. Je ne vois aucune autre possibilité pour le moment." Après avoir essayé plusieurs méthodes au cours des dernières années, Colin ne sait toujours pas queue est la meilleure façon d'appliquer le fumier. Il l'a composté en 1989 parce qu'il avait utilisé des criblures comme fourrage et voulait éviter la grenaison des mauvaises herbes. En 1990, il l'a étalé brut sur le champ. En 1991, il l'a déposé le fumier en petite tas sur le champ, le laissant se décomposer pendant l'été, puis l'a étalé au moyen de son chargeur à benne frontale sur la superficie endommagée par le sel. Les cases de la bergerie ont ainsi pu sécher pendant l'été, ce qui a permis de réduire les risques de maladie des moutons ainsi que le coût et le temps de manutention du fumier. Colin n'est toutefois pas encore entièrement satisfait de cette façon d'appliquer le compost.


Semer du blé d'hiver dans du mélilot :
Lorsqu'on les interroge sur leurs méthodes dé production, les Campbell parlent | de leur expérience du labour réduit et du mélilot. En 1987, ils avaient contre-ensemencé le blé avec du mélilot. L'été suivant (1988) ayant été très sec, ils ont fait deux coupes de foin de mélilot. Au lieu dé l'enfouir comme un engrais vert, ils ont préféré planter du blé d'hiver directement sur le chaume de mélilot après une pluie, à la mi-septembre. En 1989, année sans pluie, ils sont récolté 17 boisseaux de blé par arpent. L'expérience aurait été plus concluante si le temps avait été plus humide, mais cela a toutefois permis de moins travailler le champ en question.

Colin est également encouragé par la mise au point de nouvelles espèces comme le tournesol nain. Wiles permettent de varier la rotation des cultures, ce qui est intéressant économiquement et techniquement parlant, et n'oblige pas à acheter du matériel spécialisé coûteux. Il doit être également possible de lutter contre les mauvaises herbes en hersant le tournesol nain, peu de temps après la sortie de la plante, sans trop endommager les plants, un herbicide non chimique n'étant pas toujours recommandé pour les cultures délicates.


Un état d'esprit :
Les Campbell vendent la plus grande partie de leurs céréales biologiques aux meuneries B.P. Kent Flour Mills à Virden. Ils en écoulent également une partie par le biais de la Commission canadienne du blé (CCB), surtout si la teneur du grain est faible en protéines.

Pour Colin, le principal obstacle à l'agriculture biologique est "notre façon de penser." Comme il l'explique lui-même: "Ma façon de penser n'est pas encore totalement biologique. Jusqu'à présent, il était très facile de prendre un produit chimique pour résoudre tous les problèmes." II ajoute toutefois: "II est peut-être aussi facile de le faire biologiquement, mais ce n'est pas encore pratique courante dans notre société. C'est pourquoi la solution-ne s'impose pas d'elle-même."

"L'un des problèmes posé par l'agriculture biologique est qu'elle oblige les exploitants à faire eux-mêmes leurs essais, parce qu'il n'y a pas eu, jusqu'à présent, beaucoup de recherche sur ce sujet."

Lorsqu'on lui pose des questions sur les aspects économiques de ''agriculture biologique, Colin déclare qu'il ne peut pas comparer ses résultats à ceux des agriculteurs traditionnels qui l'entourent. II ajoute toutefois que "c'est à chacun de choisir et de savoir ce qu'il préfère."



 


Les Jacobson :
Emplacement de l'exploitation: Wales, Dakota du Nord, États-Unies
Type d'exploitation: Agriculture mixte et petit élevage de vaches et de veaux
Dimensions de l'exploitation: 260 ha (640 acres) dont 210 ha (520 acres) cultivés
Sol: Terreaux argileux, pH élevé
Moyenne des précipitations annuelles: 475 mm (19 pouces)
Nombre de jours sans gel: 109
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1974 (un tiers de l'exploitation)
1982 (totalité de l'exploitation)
Caractéristiques de l'exploitation: Philosophie, innovation et expérimentation

Les Jacobson exploitent une section de terre à Wales (Dakota du Nord) à 16 km environ de la frontière avec le Manitoba, près de Manitou. De 1974 à 1982, ils n'ont consacré qu'un tiers de leur exploitation à l'agriculture biologique, ce qui leur a permis d'acquérir les cornpétences.nécessaires pour achever la transition. Ils s'adonnent à l'agriculture biologique parce qu'ils veulent être en harmonie avec l'environnement. Pour Terry, "l'agriculture biologique est meilleure pour la terre, pour les animaux et pour l'agriculteur."


Rotation des cultures :
 Des 210 ha (520 acres) cultivables, les Jacobson en consacrent généralement 60 ha (150 acres) au blé, 60 ha (150 acres) à 1'enfouissage du trèfle ou du sarrasin et de 24 à 32 ha (60 à 80 acres) au tournesol. Le reste est partagé entre le blé dur, l'avoine, le seigle, le millet, le lin ou l'orge et un petit peuplement de luzerne. La rotation type des cultures est indiquée plus bas.
 
 
 ANNÉE
1
2
3
4
5
6
Culture en rotation Blé  Avoine, orge ou millet avec contre-semis de trèfle Trèfle (enfoui) Blé ou blé dur Tourne-sol, lin, seigle de printemps avec contre-semis de trèfle Sarrasin ou pois sur tournesol; trèfle (enfoui)

Terry explique que "certaines plantes comme le blé, le trèfle ou le tournesol font toujours partie de la rotation des cultures, tandis que d'autres ne sont semées que pour des raisons commerciales." Terry veut faire une rotation de trois ans de luzerne, sur tous les champs, sur une période de 20 ans. Étant donné qu'il n'est pas facile de cultiver le trèfle dans le tournesol, Terry sème du sarrasin ou du pois sec lors de la saison qui suit le tournesol. Son semoir n'étant pas équipé d'une boîte pour les graines fourragères, Terry mélange les graines de trèfle à celles d'avoine ou de seigle.

Les Jacobson ont également un troupeau de 15 vaches qu'ils ont 1'intention d'augmenter à 20, car ils estiment que dans une ferme biologique le rapport entre le nombre de têtes de bétail et la superficie arable doit être élevé.


Fertilité du sol :
Les Jacobson veulent acheter le moins possible de produits à l'extérieur. parce que, comme ils l'expliquent eux-mêmes, "plus la quantité de produits achetés hors ferme est grande, plus l'exploitation est vulnérable." Ils sont également convaincus qu'il convient de recycler le plus soigneusement possible les ressources de la ferme."

Terry a constaté que l'enfouissage du mélilot permet à l'azote de s'échapper, ce qui améliore la structure du sol et sa capacité à retenir l'eau. II utilise un vieux Surflex (à une seule rangée de disques en biais) pour pulvériser le mélilot qu'il mélange légèrement à la terre. II pulvérise à nouveau le champ dix jours plus tard. Terry explique toutefois que le principal problème de fertilité du sol est le manque de phosphate. Le pH du sol étant compris entre 7,4 et 8, la phosphorite ne parvient aux plantes que très lentement. L'ajout de phosphorite au compost permet toutefois d'augmenter la quantité de phosphate offerte.à la plante au moment où le compost est déposé sur le sol, puisque l'acide contenu dans le fumier favorise la décomposition de la phosphorite. Les Jacobson déposent le compost en tas et le laissent suffisamment chauffer pour tuer les graines de mauvaise herbe. Le compost n'est répandu qu'à la fin de l'été ou au début de l'automne, les années d'enfouissage du trèfle.

Les chercheurs qui collaborent au programme intitulé Low Input Sustainable Agriculture (LISA) à la Carrington Station de la North Dakota State University (NDSU) travaillent avec Terry pour trouver la meilleure façon de cultiver les légumineuses et les engrais verts. Ils ont essayé différentes cultures avec plusieurs méthodes et divers calendriers d'enfouissage et de cultures avec récolte.


Lutte contre les mauvaises herbes et les parasites :
Une rotation des cultures bien adaptée permet de lutter efficacement contre les mauvaises herbes. Les Jacobson ne pratiquent pas que la rotation des cultures, mais aussi celle des semailles. Pour briser le cycle des mauvaises herbes hâtives et tardives, ils ensemencent tôt les première et quatrième années de la rotation, tard les deuxième et cinquième années et font une jachère de mélilot les troisième et sixième années. Pour lutter contre les mauvaises herbes dans les cultures à petit grain, les Jacobson hersent juste avant la sortie de la plante, trois à cinq jours après l'avoir semée. Quand ils sèment du fin, ils plantent la moitié des graines dans un sens et l'autre moitié à 45o, ce qui permet le couvrir le sol et de faire de l'ombre aux les mauvaises herbes. Ils ont essayé de herser le blé lentement sur pied en plein milieu de la journée, mais ont constaté que cela endommageait trop les plants. Ils hersent cependant les champs où la folle avoine est très concentrée, parce que le blé résiste mieux au hersage que cette dernière.

Terry considère le chardon commun comme le plus difficile à éliminer. II le combat en le laissant pousser jusqu'au stade du bourgeonnement, puis sectionne les plants au ras du sol avec un cultivateur ordinaire ou avec un cultivateur à lame longue: Ensuite, tous les 21 jours, il sectionne à nouveau les racines avec un cultivateur, un extirpateur à tringles ou un cultivateur à lame longue. Terry aime travailler au cultivateur à lame longue parce que la lame n'endommage pas la structure du sol. Ainsi privés des réserves que leur fournissent habituellement leurs racines, bon nombre de plants de chardon ne peuvent plus résister à l'hiver et meurent. Terry lutte contre le chardon lorsque, dans la rotation de ses cultures, il en est au stade du mélilot et que la terre est suffisamment couverte pour éviter l'érosion.

"Pour lutter plus efficacement contre les mauvaises herbes, je choisis toujours des céréales hautes" explique Terry. Terry a obtenu des résultats encourageants en travaillant au préalable le sol en surface à l'aide d'un semoir mécanique Morris (équipé d'un extirpateur à tringles), pour stimuler la croissance des mauvaises herbes, et en semant les plants de 10 à 14 jours plus tard dans les mauvaises herbes. L'extirpateur à tringles aide à faire remonter les mauvaises herbes à la surface. Terry précise que certaines années sa lutte contres les mauvaises herbes est efficace, mais que parfois, dans un champ ou deux, les mauvaises herbes sont supérieures en nombre aux plants cultivés. "Lors du printemps frais et humide en 1989, j'ai eu beaucoup de mal à lutter contre les mauvaises herbes" explique Terry. "J'ai davantage de mauvaises herbes que mes voisins qui pulvérisent, mais en règle générale l'écart n'est pas inquiétant."

Pendant l'automne 1991, Terry a acheté un petit troupeau de moutons (entre 15 et 20) pour lutter contre les mauvaises herbes. Il veut faire paître les moutons dans les oléagineux et les plantes fibreuses comme le tournesol et le fin, mais précise qu'il choisira soigneusement son moment afin de minimiser les effets de la présence des moutons sur les plants. Son objectif est de faire paître les moutons de façon sélective pour qu'ils se nourrissent des mauvaises herbes de type herbacé ou latifolié. Terry commence petit pour voir s'il a la capacité et le désir de continuer, et si les moutons s'adaptent bien à la ferme.

Terry a peu de problèmes avec les insectes dans les céréales stockées. Il rappelle que certains produits conformes aux normes de certification en agriculture biologique permettent de lutter contre les parasites les plus dangereux.


Travail du sol :
"Il faut toujours se demander, avant de labourer, si c'est vraiment nécessaire" explique Terry. À l'automne il passe la charrue ciseau et, s'il y trop de paille, la herse et la charrue ciseau une deuxième fois. Le passage de la charrue ciseau sur le chaume soulève le sol, l'aère, lui ajoute de la paille et accélère la décomposition de la matière organique. Les billons permettent de lutter contre l'érosion, retiennent la neige et aident le sol à se réchauffer plus rapidement au printemps. Lorsqu'il sème du seigle, Terry utilise un cultivateur pour culture sans labour. Le labour réduit et le regain d'activité biologique améliorent la structure du sol et le rendent moins sensible à l'érosion.


Une philosophie :
Les Jacobson estiment que l'observation, la créativité et les essais sont essentiels aux agriculteurs qui se soucient de la viabilité de leur terre à long terme. Terry est convaincu que l'agriculture classique offre des solutions à court et non à long terme. Ces "solutions minute" et ces "produits miracle" n'encouragent pas les agriculteurs traditionnels à se percher sur le système agricole dans son ensemble pour trouver une solution à l'intérieur même de la ferme. Ainsi, la folle avoine oblige à repenser tout le système agricole, bien au delà du problème à court terme qu'elle pose à une saison donnée. La solution à long terme peut obliger à modifier la rotation des cultures et les méthodes de préparation des champs. Il peut falloir des années pour mettre au point les techniques qui permettront de résoudre ces problèmes, mais la solution, définitive, évitera d'acheter des produits à l'extérieur de la ferme, même inoffensifs ou biologiques. Autrement dit, l'agriculture traditionnelle a toujours tendance à n'envisager que quelques solutions aux problèmes agricoles sans tenir compte des ressources disponibles à l'intérieur de la ferme, et encore moins des techniques de gestion et des intérêts des agriculteurs. Terry estime que c'est cette approche globale qui explique la différence fondamentale entre l'agriculture traditionnelle et l'agriculture biologique.

Pour Terry, cette philosophie est essentielle en agriculture biologique. Il est convaincu que les agriculteurs qui se lancent dans l'agriculture biologique uniquement pour profiler des primes auront des problèmes financiers. Lui-même ne s'est pas lancé dans l'agriculture biologique pour des primes qu'il ne considère d'ailleurs que comme accessoires.



 


Les Morrison :
Emplacement de l'exploitation: Nord-est de Strathclair (Manitoba)
Type d'exploitation: Agriculture mixte (sans bétail)
Dimensions de l'exploitation: 223 ha (550 acres)
Sol: Sol argileux de Newdale
Moyenne des précipitations annuelles: 464 mm (18 pouces)
Nombre de jours sans gel: De 105 à 110
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1986. La transition n'est pas achevée.
Caractéristiques de l'exploitation: L'adoption de l'agriculture biologique se fait par étapes.

L'exploitation des Morrison se trouve sur les terreaux argileux de Newdale, avec de pente et de perméabilité variables. Norm explique que c'est sa cinquième année transitoire et que.son exploitation n'est pas encore complètement biologique parce qu'il utilise encore des engrais et des herbicides sur certains champs En dehors de la saison agricole, Norm, qui travaille comme spécialiste en logiciels, applique l'informatique à la résolution des problèmes posés par l'agriculture ou la gestion agricole.

Norm explique qu'avant d 'adopter l'agriculture biologique il appliquait les méthodes agricoles classiques: il utilisait de grandes quantités d'engrais minéraux et d'herbicides de post-levée vendus dans le commerce, et pratiquait la rotation des cultures habituelle. "J'ai eu l'impression que pendant cette période mes récoltes diminuaient et qu'il fallait toujours davantage d'engrais et d'herbicides pour obtenir un rendement moyen" explique Norm. Le montant des factures de produits chimiques et d'engrais inquiétait également Norm. En 1985 j'ai commencé à penser à l'agriculture biologique" explique Norm. "J'en avais déjà entendu parler, mais je pensais qu'elle n'était utile qu'aux petites fermes exploitées par des agriculteurs inexpérimentés." Au début, Norm avait du mal à laisser de côté ce qu'il avait appris lorsqu'il préparait son baccalauréat en sciences de l'agriculture. Norm a tout d'abord été attiré par l'agriculture biologique alors qu'il comparaît les aspects économiques de cette dernière à ceux de l'agriculture traditionnelle. Ce n'est que plus tard que la philosophie sous-jacente lui est apparue tout aussi importante que l'aspect économique.


Rotation des cultures :
Les Morrison cultivent de 80 à 100 ha (200 à 250 acres) de blé, 40 ha (100 acres) de seigle, 40 ha (100 acres) de mélilot ordinaire ou à fleur jaune comme engrais vert et 40 ha (100 acres) environ de lin. Le colza canola, le pois ou la lentille remplacent parfois le fin, en fonction des conditions du marché. La principale différence par rapport à l'agriculture traditionnelle a porté sur la rotation des cultures. La rotation de cinq ans appliquée par Norm est illustrée plus bas.
 
 
 ANNÉE
1
2
3
4
5
Culture en rotation Blé Blé avec contre-semis de trèfle Trèfle (enfoui) suivi de seigle d'automne Seigle d'automne Lin, pois ou colza canola

La rotation des cultures permet de lutter contre les mauvaises herbes, bien que dans certains champs le chardon commun et le chiendent préoccupent toujours Norm et l'obligent parfois à utiliser des produits chimiques. Le travail de la terre peut aider, mais un travail en profondeur risque de dégrader le sol. Norm retarde à l'occasion l'ensemencement pour lutter auparavant contre les mauvaises herbes. Lorsqu'il sème en profondeur, Norm herse le champ lorsque les plants atteignent 10 à 15 cm (4 à 6 pouces) de hauteur, s'ils ne soit pas soumis à des agressions. Il a constaté que dans certains cas, le travail du sol, les espèces agressives et les plantes allélopathiques comme le seigle d'automne permettent de lutter de façon satisfaisante contre les mauvaises herbes.

Les légumineuses sont nécessaires pour augmenter la fertilité du sol. Les engrais verts, principalement le mélilot, sont la principale source d'azote. Pour semer le mélilot dans les champs de céréales, Norm attache un petit semoir tournant à un véhicule tout terrain. Il herse ensuite le champ avant la levée de la céréale.

L'engrais vert est enrichi de produits biologiques achetés dans le commerce qui sont destinés à augmenter l'activité microbienne responsable de la décomposition de la matière organique. Norm a également utilisé comme engrais vert le radis oléagineux allemand pour sa racine pivotante profonde qui fournit une bonne quantité de matière organique, même si elle ne fixe pas l'azote de l'air.

À l'exception du moment où l'engrais vert est incorporé à la terre, le travail du sol se fait exclusivement en automne. Le premier travail du sol est effectué au moyen d'une charrue ciseau équipée de socs de 7 à 10 cm (3 à 4 pouces). Il peut être suivi d'un hersage, puis d'un second passage de la charrue ciseau avec des socs de 40 cm (16 pouces), fin octobre. Aucun travail n'est fait avant les semailles. Les graines sont semées au semoir mécanique auquel est fixé un extirpateur à tringles.


Problèmes et observations :
"La première année où j'ai démarré dans l'agriculture biologique, j'ai arrêté d'utiliser des engrais et des herbicides synthétiques dans toute l'exploitation, erreur grave qui a entraîné de sérieux problèmes financiers" explique Norm. . L'année suivante, Norm est revenu à des méthodes plus traditionnelles sur toute la propriété, à l'exception d'un demi-hectare. Il conseille aux agriculteurs de ne convertir que 20 à 25% de l'exploitation à la fois. Le mieux est de s'informer des techniques agrobiologiques et de tirer les enseignements de sa propre expérience et de celle des autres. Norm n'obtient pas le rendement qu'il avait dans le passé et a sans doute davantage de mauvaises herbes dans ses récoltes que ses voisins. Mais il espère néanmoins arriver à un rendement satisfaisant et régulier lorsqu'il réussira à lutter efficacement contre les mauvaises herbes. Il est convaincu que les méthodes agrobiologiques sont bénéfiques pour le sol et l'environnement et que l'agriculture biologique peut être rentable.



 


Les Popp :
Emplacement de l'exploitation: Est d'Erickson (Manitoba)
Type d'exploitation: Principalement bovine, vache-veau, blé et colza canola
Dimensions de l'exploitation: 780 ha (1 920 acres), 240 ha (600 acres) de fourrage,
240 ha (600 acres) de cultures, 290 ha (720 acres) de bois
Sol: Terreau boisé gris-terreaux argileux, vallonné
Moyenne des précipitations annuelles: 470 mm (19 pouces)
Nombre de jours sans gel: De 105 à 110
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1984 sur les cinq premiers quarts de section
Caractéristiques de l'exploitation: Grandes superficies consacrées au fourrage

Les Popp ont commencé par exploiter trois sections de terre, à l'est d'Erickson, en 1983 et à cultiver biologiquement cinq quarts de section en 1984 et 1985. Des intrants moins coûteux et l'ouverture de marchés aux produits organiques sont deux des facteurs qui ont décidé Werner et Monika à adopter l'agriculture biologique. La région, boisée et vallonnée, de Riding Mountain est bien adaptée à la culture du fourrage. Rien ne s'oppose donc à l'agriculture biologique dans la région, même si Werner n'est pas convaincu qu'elle convienne à toute la province.

L'exploitation tire son principal revenu de la production de viande-de boucherie. Les Popp ont 90 vaches, des génisses reproductrices et une quarantaine de taureaux d'engraissement. Pour les Popp, le taureau idéal est à 50 % hereford, à 25 % de la race du Simmental et à 25 % charolais.


Rotation des cultures :
Les Popp ont adopté une rotation des cultures s'étendant sur cinq à six ans (voir le tableau ci-dessous) au cours desquels un tiers de l'exploitation est en permanence couverte de luzerne destinée au fourrage. Ils cultivent également 120 ha (300 acres) de blé ou d'orge, 80 ha (200 acres) de colza canola. 40 ha (100 acres) de terre sont en-jachère. Pour faciliter leur passage à l'agriculture biologique, ils contre-ensemencent le blé de luzerne, et cultivent cette dernière pendant les trois années suivantes. Les sols les plus pauvres sont mis en jachère et couverts d'engrais la cinquième année de la rotation. L'orge est contre-ensemencée de luzerne la sixième année.

Les mauvaises herbes sont principalement la folle avoine, le chardon commun, l'amarante verse et la capselle bourse-à-pasteur. La rotation de luzerne permet dans une certaine mesure de lutter efficacement contre les mauvaises herbes. Les Popp retardent les semailles pour permettre aux mauvaises herbes de pousser, puis passent le cultivateur lourd muni de pelles de 40 cm. Pour travailler le sol en automne, Werner utilise un cultivateur lourd muni de pointes de 10 à 15 cm (4 à 6 pouces). Les semailles s'en trouvent retardées de 10 à 12 jours, mais ce retard est vite rattrapé grâce à la mécanisation. Les mauvaises herbes dans le blé sont le principal problème des Popp qui estiment que c'est à la recherche d'apporter des solutions à cette question.
 
 
 ANNÉE
1 2 3
4
5
6
Culture en rotation Luzerne Blé Colza canola avec contre-semis de luzerne ou jachère (plus fumier) Luzerne ou orge avec contre-semis de luzerne


Fertilité et travail du sol :
La faible teneur en phosphate et en soufre du sol pose un problème permanent de fertilité du sol. "Nous n'avons trouvé aucune façon permettant, à un prix abordable, de palier ce manque" explique Werner. "Pendant trois ans nous avons incorporé le mélilot, contre-ensemencé.de blé ou d'orge, dans notre rotation. Nous l'avons enfoui dans les parties vallonnées, mais l'avons laissé comme fourrage dans les régions en contre-bas. Cela a amélioré la teneur du sol en matière organique et en azote, mais ce système serait trop coûteux dans une rotation standard."

Werner explique qu'il continuera à utiliser le mélilot pour les traitements ponctuels, tout en faisant remarquer que son utilisation comme plante fourragère est limitée en raison de la présence de coumarine. Après plusieurs essais, les Popp ont constaté que nourrir leurs bêtes d'une belle de mélilot mélangée à deux belles de luzerne donnait de bons résultats. Ils doivent toutefois dérouler les belles de mélilot pour permettre aux animaux moins combatifs de pouvoir aussi en manger.

Le fumier est une source non négligeable de matière organique pour les sols les plus pauvres. Werner pense cependant que la région est trop froide pour le compostage. II a l'intention de nettoyer le pare d'engraissement et d'empiler le fumier pendant un an avant de l'épandre sur les champs, même si cela l'oblige à faire deux manipulations.

Les Popp coupent et piquent la luzerne pour la briser avant de l'enfouir. Ils s'efforcent de ne.pas trop travailler le champ de luzerne et de laisser quelques pédoncules prendre la neige pendant l'hiver. "Je ne pense pas que l'agriculture biologique puisse réussir sans travail du sol, surtout au printemps" déclare Werner qui reconnaît cependant qu'il est possible de ne faire qu'un travail minimum à l'automne.


Vente des produits :
Les Popp vendent ce qu'ils peuvent comme produits biologiques et ne sont accrédités comme producteurs biologiques que depuis peu. Bien que leur viande ne soit pas encore officiellement certifiée comme biologique, ils la vendent à des clients privés sous l'étiquette de "boeuf nature!". Ils sont en train d'élargir leur clientèle en y incluant des commerçants. Ils ont eu de la difficulté à vendre leur orge comme céréale biologique et expliquent que l'amélioration des conditions de commercialisation des produits biologiques sera lente et passera par la mise au point de normes de certification et l'organisation des marchés. Les Popp ont hâte d'avoir accès aux marchés européens et espèrent voir bientôt de nouveaux abattoirs au Manitoba.


Conseils sur la transition :
"Lorsque les agriculteurs changent leur façon de procéder, ils deviennent le point de mire" explique Werner. II conseille donc aux agriculteurs qui en vent au stade transitoire de commencer par les champs éloignés des routes ou des grandes artères afin d'éviter aux automobilistes de se plaindre du manque de visibilité."

En ce qui concerne la transition elle-même, Werner conseille de contre-ensemencer les céréales de luzerne, car si la culture céréalière échoue, la récolte de l'année suivante sera déjà semée. II est partisan des exploitations intégrées incluant du bétail. Werner recommande aux agriculteurs de ne pas se lancer pour peu de temps dans l'agriculture biologique qui est un investissement à long terme.



 


Les Riley :
Emplacement de l'exploitation: Sud-ouest de Strathclair (Manitoba)
Type d'exploitation: Céréales mixtes, vaches de boucherie et porcs
Dimensions de l'exploitation: 445 ha (1 100 acres), dont 240 ha (600 acres) cultivés et 200 ha (500 acres) en tremblaies, ravines, etc.
Sol: Terreaux argileux de Newdale, topographie variable
Moyenne des précipitations annuelles: 464 mm (18 pouces)
Nombre de jours sans gel: 99
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1978
Caractéristiques de l'exploitation: Lutte contre les mauvaises herbes, compost, apprentissage

La ferme des Riley se trouve à 13 km (8 miles) au sud-ouest de Strathclair, sur des terreaux argileux, de topographie et de perméabilité variées. Les Riley ont démarré dans l'agriculture biologique en 1978.


Rotation des cultures :
Les Riley consacrent généralement 80 ha (200 acres) au blé, 40 ha (100 acres) au seigle et des surfaces plus petites au pois, à l'avoine, à l'orge et au lin. Les cultures varient selon les conditions climatiques et économiques. Les Riley consacrent 80 ha (200 acres) aux plantes fourragères. Ils ont de 30 à 50 vaches de boucherie et de cinq à dix truies.

Les Riley n'appliquent pas une rotation des cultures stricte, mais s'efforcent, trois années sur huit, de cultiver des plantes fourragères vivaces. "Pratiquement toutes mes céréales sont contre-ensemencées d'une légumineuse, trèfle ou pois, et je m'efforce d'éviter que le sol devienne noir en hiver" explique Allen. Il estime que le contra-semis de trèfle a un effet bénéfique sur la plante avec laquelle il est semé, bien qu'il ne soit pas certain que cela soit dû à l'ombre que le trèfle fait aux mauvaises herbes. Il estime que l'étude de ce phénomène gagnerait à être approfondie. Le manque d'humidité a beaucoup influé sur la rotation des cultures des dernières années. En 1988, la chaleur a tué le trèfle et la luzerne qui venaient de sortir et la grêlé a détruit 80 % du blé et de l'orge.


Lutte contre les mauvaises herbes et fertilité du sol :
Les mauvaises herbes qui posent le plus de problèmes au Riley sont, par ordre d'importance, la moutarde sauvage, le chardon ordinaire, la folle avoine et le chiendent. Pour lutter contres les mauvaises herbes, Allan respecte les principes suivants:
  1. Au printemps, ne pas travailler le sol plus profondément que ce qui est nécessaire pour lest semailles.
  2. Travailler le champ une fois, assez tôt, au moyen d'un extirpateur à tringles.
  3. Attendre que la folle avoine soit au ras du sol.
  4. Déposer les graines dans la couche humide (entre 3 et 7 cm pour les céréales).
  5. Augmenter la densité de semis.
  6. Ne pas herser immédiatement après avoir semé; extirper les mauvaises herbes un jour ou deux après germination.
  7. Semer une légumineuse à angle droit une fois que les plants de céréale sont entre 5 et 7 cm (2 à 3 pouces) de hauteur.
  8. Herser si la moutarde sauvage pose un problème à ce stade.
Allan envisage de semer du seigle pendant deux ou trois ans afin de mieux lutter contre le chiendent dans un champ déterminé. II enfouit l'engrais vert au minimum une fois tous les trois ans et est en train de mettre son programme de compostage au point. II n'est toutefois pas encore totalement satisfait de la qualité de son compost qui lui pose certains problèmes. Lorsque l'hiver la température est très basse, le compost gèle et reste gelé, tandis que, l'été, lorsqu'il fait chaud, il sèche rapidement. II faut également retourner le compost à intervalles réguliers, le charger, l'épandre, ce qui prend énormément de temps.

Avec les terreaux argileux et la couverture donnée par les arbres, il n'y a pas de menace grave d'érosion, en dépit du risque d'érosion éolienne des champs exposés au vent. Un.extirpateur à tringles sert au travail du sol, un pulvériseur tandem à disques à l'enfouissage des semences et un cultivateur lourd au déchaumage. Les Riley s'efforcent de ne pas herser, sauf pour étaler les débris végétaux.


Leçons et conseils :
Les Riley ont tenté de préserver l'humidité du sol et de lui conserver sa couche de neige de plusieurs façons, notamment en laissant des bandes cultivées, en plantant des bandes dans les champs de jachère et, L'hiver, en passant la charrue pour former des billons.

Les Riley ont du mal à vendre leurs produits biologiques. À une époque, les Riley vendaient leur récolte à une entreprise ontarienne; ils ont même reçu des offres de contra", mais aucun système ne leur a donné satisfaction. Ils sont heureux de constater que la Commission canadienne du blé accepte de commercialiser de petites quantités de blé organique (voir la 3e partie intitulée Commercialisation des produits biologiques). Allan estime que pour vendre ses récoltes comme il le voudrait, il devrait consacrer autant de temps à la vente qu'à la production.

"Le meilleur conseil" précise Allen, "je l'ai trouvé dans le petit livre de Frederick Kirschenmann intitulé Switching to a Sustainable System, et publié par la Northern Plains Sustainable Agricultural Society of North Dakota." Allen recommande aux agriculteurs d'être prêts à se déplacer et à assister à des colloques. II a constaté que les réunions les plus intéressantes sont celles où les organiculteurs expliquent ce qui donne de bons résultats pour leur ferme. Allan conseille de commencer la transition en ne consacrant qu'une petite partie de l'exploitation à l'agriculture biologique. "Si ce que les voisins vont dire vous inquiète, choisissez un champ éloigné de la route." Allan rappelle aux agriculteurs que "la plupart des agriculteurs qui ont maintenant adopté l'agriculture biologique étaient les plus sceptiques, ceux qui appliquaient les méthodes traditionnelles et regardaient de l'autre côté de la hale d'un oeil critique." 11 termine par un conseil: "Et surtout, ne vous laissez pas influencer par. ceux qui vous diront que l'agriculture biologique est vouée à l'échec!"



 


Les Scott :
Emplacement de l'exploitation: Ouest de Virden (Manitoba)
Type d'exploitation: Culture mixte et troupeau de 50 vaches de boucherie
Dimensions de l'exploitation: 320 ha (800 acres), dont un tiers en fourrage
Sol: Terreaux argileux d'Oxbow de topographie variée
Moyenne des précipitations annuelles: 462 mm (18 pouces)
Nombre de jours sans gel: 120
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1978
Caractéristiques de l'exploitation: Approche philosophique et équilibrée

Bien que pratiquant l'agriculture biologique depuis 1961, Alex et Bette Scott n'ont totalement renoncé aux pesticides et engrais synthétiques qu'en 1978.

Les Scott expliquent leur décision par des raisons morales, religieuses, médicales et économiques. Ils estiment en effet que le sol, ressource vivante et essentielle à la vie, est un don de Dieu qui doit être préservé pour les générations futures. Lorsqu'ils cultivaient la terre de façon classique, ils s'inquiétaient des dégâts faits par la pollution sur leurs terres. Les épanchements accidentels de produits chimiques ont rendu certaines parcelles de terre stériles. Du point de vue financier, les prêts et les intérêts étaient une charge permanente. Les Scott ont donc essayé de faire pousser leurs cultures en achetant le moins possible de produits à l'extérieur. D'après leurs calculs, ils devaient pouvoir faire pousser leurs récoltes à moindre coût et s'en sortir financièrement.


Rotation des cultures :
Les Scott décrivent leur ferme comme une exploitation mixte. Ils ont un troupeau de 50 vaches, et cultivent des céréales comme le blé, l'avoine, l'orge et le seigle sur 160 ha (400 acres), des plantes comme !a lentille et le sarrasin sur 20 à 40 ha (50 à 100 acres) et les-engrais verts, principalement le mélilot à fleur jaune, sur 20 à 40 ha (50 à 100 acres). Un tiers de leur terre est couverte de luzerne et de brome pour donner du foin et de la pâture aux bêtes. Les Scott pratiquent une rotation des cultures de quatre ans (illustrée plus bas) destinée à respecter la structure du sol, à lui conserver son niveau d'azote et à lutter contre les mauvaises herbes.

Les Scott ont constaté que le blé qui a été semé après enfouissage du trèfle a peu de mauvaises herbes et est riche en protéines. Le seigle d'automne est semé soit avec le blé, soit directement sur le chaume de blé pour conserver l'énergie et supprimer les mauvaises herbes.-Bien que le sarrasin ait tendance à se briser, ce qui se traduit par une récolte spontanée la saison suivante, il est facile à contrôler au moment de l'enfouissage du trèfle. "Étant donné que nous faisons constamment des essais, notre rotation des cultures n'est pas figée. Nous l'adaptons aux conditions climatiques et aux besoins du marché" explique Alex.
 
 
 ANNÉE
1 2 3
4
5
6
Culture en rotation Blé suivi de seigle d'automne Seigle d'automne Sarrasin ou avoine avec contre-semis Trèfle (enfoui)


Lutte contre les mauvaises herbes et travail du sol :
  La lutte contre les mauvaises herbes varie d'une année sur l'autre. La moutarde sauvage "ne nous abandonne jamais" explique Alex. La folle avoine n'est pas aussi présente que par le passé, mais il faut constamment être vigilant. Ces dernières années, la mauvaise herbe la plus tenace a été le chardon de Russie, bien que la sétaire verse soit devenue plus courante. Les Scott retardent les semailles et augmentent la densité de semis pour recouvrir le plus possible le sol et ainsi mieux lutter contre les mauvaises herbes. De plus, les cultures lèvent mieux lorsque le sol est plus chaud. Un dispositif de récupération des glumes installé derrière la moissonneuse-batteuse récolte la graine de mauvaise herbe qui est donnée comme fourrage au bétail. Les insectes ne posent pas de problème, sans doute grâce à la rotation des cultures, bien que les Scott évitent les cultures comme le colza canola qui est particulièrement sensible aux insectes.

Les Scott sont continuellement en train d'expérimenter de nouvelles techniques de travail du sol. 11s cultivent sans labour lorsqu'ils sèment le seigle, labourent un minimum ou font un labour traditionnel. À mesure qu'ils acquièrent de l'expérience, les Scott sont convaincus qu'il est possible de lutter contre les mauvaises herbes en travaillant le sol de façon à ne pas l'exposer à l'érosion. Alex regrette de ne pouvoir s'acheter certains instruments comme un cultivateur à lame longue ou, mieux encore, un cultivateur pour culture sans labour.


Fertilité du sol et compostage :
Le fumier et l'engrais vert de mélilot sont appliqués tous les quatre ans pour conserver sa fertilité au sol. Pour les Scott, l'engrais vert de mélilot est important car il permet de fixer l'azote, de supprimer les mauvaises herbes et d'améliorer la texture du sol.

Depuis six ans, les Scott compostent eux-mêmes le fumier produit par leurs bêtes,, ce qui est une façon constructive d'utiliser les déchets. Alex a décidé de faire son compostage lui-même après avoir découvert que le fumier brut détruisait le pH du sol et favorisait la dispersion de la graine de mauvaise herbe dans les champs. Le compostage permet de réduire le volume de fumier et facilite son étalement: à valeur nutritive équivalente, 7 tonnes de compost remplacent 18 tonnes de fumier par ha.

Lorsqu'il sort le fumier des granges au printemps, Alex s'efforce de mélanger la paille au fumier humide et à la terre qu'il ramasse lors de la manipulation. "Nous mélangeons le tout du mieux possible et en faisons des andains faciles à retourner au chargeur. Lorsque l'échauffement (la décomposition) commence, Alex surveille la température des andains et s'efforce de la maintenir entre 50 et 75° C, ce qui est suffisamment bas pour éviter au fumier de brûler et suffisamment haut pour le compostage. Alex remue les andains de 4 à 5 fois pendant l'été en fonction de la température et des conditions climatiques. Lorsque le compost est prêt, il l'étale. "Comme avec le reste, on apprend par tâtonnement" explique Alex. "Il n'est pas nécessaire d'avoir du matériel perfectionné. Un chargeur à benne frontale normale fait l'affaire. Mais il faut espacer suffisamment les andains"


Leçons et conseils :
Ayant converti toute l'exploitation en une seule fois à l'agriculture biologique, les Scott ont eu beaucoup de mauvaises herbes les premières années, ce qu'ils expliquent par leur manque d'expérience et le fait que "la terre se libère de sa dépendance vis-à-vis des produits chimiques." Puisque les Scott n'avaient pas déposé de substances nutritives sur le sol, le rendement a beaucoup baissé au moment où ils ont adopté l'agriculture biologique. Au cours de la phase de transition, les Scott ont été très aidés par leurs voisins.

Les Scott conseillent aux future organiculteurs de vérifier s'ils sont prêts à adopter cette philosophie. Alex leur rappelle également que, pour que leur reconversion soit réussie, leur situation financière doit être seine et leur exploitation rentable. II les encourage à ne commencer par convertir qu'une petite surface de l'exploitation. "II est bon de laisser des champs couverts de chaume de brome et de luzerne. Lorsque les champs sont laissés intentionnellement en chaume pendant la période transitoire, on obtient du foin, les mauvaises herbes disparaissent et la structure du sol s'améliore. La terre est alors à nouveau prête à produire, après trois ou quatre ans."

Pratiquant l'agriculture biologique depuis plusieurs années, les Scott ont pu pénétrer un certain nombre de marchés. Ils préfèrent vendre en vrac, bien qu'ils reconnaissent qu'il existe un potentiel pour les agriculteurs disposés à conditionner et à vendre leur produits par lots. Ce marché existe,.mais de plus en plus d'acheteurs exigent que les produits biologiques soient certifiés.

Les Scott considèrent leur exploitation comme entièrement biologique, mais continuent à affiner leurs techniques. Ils précisent que la terre répond bien et que bien qu'il pleuve peu sur les terres marginales, leur rendement est proche de la moyenne supérieure de la région.



 


Les Thomas :
Emplacement de l'exploitation: Karlsruhe (Dakota du Nord), au sud-est de Minot
Type d'exploitation: Culture mixte et 40 vaches et veaux
Dimensions de l'exploitation: 585 ha (1 446 acres)
Sol: Terreaux sablonneux
Moyenne des précipitations annuelles: 440 mm (17 pouces)
Nombre de jours sans gel: 134
Année d'adoption de l'agriculture biologique: 1977

Dan et Mickie Thomas exploitent une ferme de 585 ha (1 446 acres) près de Karlsruhe, à 60 km (38 miles) au sud-est de Minot (McHenry County, Dakota du Nord).


Rotation des cultures :
À l'heure actuelle, les Thomas cultivent 180 ha de blé dur de printemps de variété Len, 110 ha de tournesol et 80 ha (200 acres) d'avoine Dumont. Quatre-vingt hectares sont consacrés à la jachère d'engrais vert, le reste.étant en foin et pâturage. Certaines années, les Thomas plantent du sarrasin, du millet ou du lin sur une partie de leurs-champs d'avoine. Ils ont un troupeau de 40 vaches, élèvent des poulets à rôtir, des dindes, des lapins et des pores.

"Dans ma rotation, je sème une graminée, puis une plante latifoliée, puis je reviens à une graminée. Mon objectif est de semer du trèfle tous les quatre ans. Si le trèfle échoue, Dan plante du sorgho du Soudan au moment des labours. Dans la pratique, la rotation est modifiée de façon à toujours avoir la surface de blé exigée par le programme agricole américain. La surface de blé et de tournesol varie peu, celle consacrée aux autres cultures étant calculée en conséquence. La rotation idéale des Thomas est donnée plus bas.
 
 
 ANNÉE
1
2
3
4
Culture en rotation Blé Tournesol ou sarrasin Avoine ou millet avec contre-semis de trèfle Trèfle (enfoui) ou jachère (plus compost)
 
Tout le compost est déposé sous forme d'andains. Dan ne le retourne pas, mais le laisse se décomposer sur place. À l'automne, il l'étale sur la jachère de trèfle.



 


Lutte contre les mauvaises herbes et travail du sol :
La sétaire verse est la mauvaise herbe la plus tenace, ce qui s'explique par la détérioration du sol due à des printemps chauds et secs. Bien que là folle avoine pose également des problèmes, Dan constate qu'elle diminue d'année en année. Le travail au sol et la rotation des cultures sont ses principales armes contre les mauvaises herbes.

Le charançon du tournesol est leur plus grand ennemi, responsable de légers dommages en 1988 et de dommages plus sérieux en 1989.

Les Thomas travaillent en profondeur le sol qui sera cultivé l'année suivante au moyen d'une charrue ciseau Morris.munie de socs de 40 cm (16 pouces). Si le sol est dur au printemps, ils procèdent à un léger travail du sol à la charrue à socs, mats, en règle général, ils ensemencent directement au moyen d'un semoir Seedrite Morris, sans labour de printemps. Ils ont déjà hersé quatre ou cinq jours après les semailles et envisagent de répéter l'opération. Les champs de tournesol sont généralement travaillés deux fois à la charrue à socs avant les semailles, hersés une fois après les semailles, et travaillés deux fois entre les rangées.

Le trèfle est enfoui avec une charrue à disques décalés. "Je m'efforce de ne pas dépasser 8 km à 1'heure lorsque je travaille les champs de façon à laisser le plus possible de résidus à la surface du sol."



 


Idées, problèmes et conseils :
"Je veux essayer des cycles de rotation différents et d'autres méthodes de lutte contre les mauvaises herbes" explique Dan. II signale qu'en certains endroits le sol est salé, quoiqu'il ait l'impression que ces poches diminuent.

Bien que Dan reconnaisse que le chiffre d'affaires brut de ses voisins soit meilleur que le sien, il précise que son revenu net est plus élevé. II est convaincu que son approche globale des problèmes lui a permis d'adopter une rotation qui, avec le temps, fera baisser la quantité de mauvaises herbes et d'insectes. "Le processus de transition m'a aidé à comprendre les besoins de la terre et à apprendre à les satisfaire."

Dan estime que d'autres agriculteurs adopteront l'agriculture biologique lorsque de nouveaux marchés s'ouvriront et qu'ils constateront que l'agriculture biologique peut être rentable. II met toutefois les agriculteurs en garde contre les problèmes auxquels risquent de se trouver confrontés ceux d'entre eux qui n'adoptent l'agriculture biologique que pour-des raisons économiques. Comme l'explique Dan, "la capacité à penser par soi-même, l'indépendance, le désir d'expérimenter et de faire passer la qualité avant la quantité sont importants pour les organiculteurs."



 


Partie II : Gestion de l'agriculture biologique :
Tout comme les autres modes d'agriculture, l'agriculture biologique doit être adaptée à chaque exploitation. Plus encore que l'agriculture traditionnelle, l'agriculture biologique dépend de l'intégration de facteurs comme les cultures, le sol et le bétail. Bien que les organiculteurs achètent moins de produits à l'extérieur de la ferme que les agriculteurs traditionnels, ils gèrent leur exploitation plus intensivement que ces derniers. Les agriculteurs qui envisagent d'adopter l'agriculture biologique doivent étudier soigneusement la rotation de leurs cultures, la fertilité et la gestion du sol.

Les agriculteurs qui envisagent d'adopter l'agriculture biologique doivent étudier soigneusement la rotation de leurs cultures, la fertilité et la gestion du sol. 



 


Rotation des cultures :
Puisque les normes de certification (Annexe A) n'autorisent pas les organiculteurs à utiliser de produits chimiques synthétiques comme les engrais ou l es pesticide s , la rotation des cultures, qui permet de lutter contre les mauvaises herbes, les maladies et les parasites, et de conserver sa fertilité au sol, joue un rôle essentiel. Cela n'est pas nouveau: certaines études effectuées au début du siècle sur les effets à long terme de la rotation des cultures avaient déjà mis en lumière les effets bénéfiques de cette dernière (Campbell et al., 1990).



 


La jachère :
Bien qu'elle fasse souvent partie de la rotation des cultures dans les régions plus sèches, la jachère n'est pas nécessaire pour conserver l'humidité des sols boisés noirs ou gris des Prairies canadiennes. Wile n'est donc pas recommandée au Manitoba. La jachère, qui favorise notamment l'érosion des sols et diminue leur niveau de matières organiques (Bowren et al., 1987), présente donc plus d'inconvénients que d'avantages. La jachère noire ne doit pas être utilisée en agriculture biologique et nombreux sont les exploitants qui remplacent la jachère noire par une jachère d'engrais verts.



 


Les engrais verts :
Il est particulièrement important pour les organiculteurs de conserver sa fertilité au sol en cultivant des engrais verts de légumineuse. Puisque l'utilisation de l'azote sous forme de produit chimique synthétique n'est pas autorisée en agriculture biologique, l'azote nécessaire aux plantes doit provenir soit du fumier, brut ou composté, soit d'engrais verts de légumineuse. Les rhizobactéries présentes dans la racine des légumineuses fixent l'azote de l'atmosphère. L'incorporation de légumine uses d ans le sol peut être simultanément une source d'azote et de matière organique (Bowren et al, 1987).

L'engrais vert doit être déposé à la surface du sol et laisser suffisamment de résidus de débris végétaux à la surface du sol pour empêcher l'érosion. Éviter d'utiliser la charrue à socs parce qu'elle enterre la plante sous une couche de terre dense qui ne se décompose pas aisément et favorise la formation d'une couche sèche dans le sol qui risque de nuire à la croissance des plantes. Le passage du pulvériseur tandem à disques devrait suffire à déposer convenablement l'engrais vert. Le cultivateur est le moins efficace des instruments pour incorporer l'engrais vert.

Les légumineuses annuelles ou bisannuelles donnent le meilleur engrais vert. Le mélilot, légumineuse bisannuelle souvent cultivée comme engrais vert, peut être contre-ensemencé d'une plante annuelle l'année précédant celle où le mélilot servira d'engrais vert (Goplen et Gross, 1984). Les recherches effectuées à l'University of Saskatchewan (Slinkard et al, 1987) ont permis de constater que les légumineuses annuelles comme le pois sec, la féverole, le pois ordinaire, le pois de Tanger, la lentille d'Indian Head et le pois velu autrichien, qui servent d'engrais vert en Saskatchewan, donnent d'excellents rendements dans l'année qui suit la récolte de blé. Toutes ces espèces sont aussi efficaces les unes que les autres. Ces légumineuses annuelles sont particulièrement utiles dans les régions plus sèches où le mélilot risque d'épuiser l'humidité du sol et donc de nuire au rendement de la récolte suivante. Les graines de légumineuse doivent être inoculées d'une souche de rhizobactéries pour fixer l'azote et améliorer ainsi la fertilité du sol. Pour avoir de plus amples renseignements sur la façon d'inoculer les graines de légumineuses, consulter les fiches du Ministère de l'Agriculture, Nitrogen Fixation and Legumes in Crop Rotation (Bailey, 1987).

L'engrais vert peu améliorer la fertilité et la structure du sol.
L'engrais vert peut améliorer la fertilité et la structure du sol. Des essais ont montré que le mélilot, la luzerne et le trèfle rouge donnent de 60 à 95 kg d'azote par ha au sol la deuxième année suivant leur introduction. Toutefois, si la plante

fourragère est supprimée, ce chiffre tombe à 10 à 20 kg d'azote par ha. La luzerne est généralement cultivée comme légumineuse fourragère et non comme engrais vert. Les racines profondes des plantes comme le mélilot et la luzerne pénètrent dans le soul-sol et absorbent les-engrais auxquels les autres plantes n'ont pas accès. De même, la décomposition de la racine des engrais verts fournit de la matière organique au sol, améliore l'aération de celui-ci et forme des chenaux d'écoulement interne. Les engrais verts améliorent non seulement le rendement des cultures, mais aussi la qualité du grain des récoltes suivantes, qui est plus gros et plus riche en protéines.



 


Les plantes fourragères vivaces :
En agriculture organique, les plantes fourragères vivaces jouent un rôle important dans la rotation des cultures. Wiles améliorent la qualité et la fertilité du sol ainsi que le rendement des récoltes (Zentner et al., 1990). Les légumineuses comme la luzerne sont particulièrement intéressantes parce qu'elles peuvent servir à la fois d'engrais vert et de fourrage. Inclure la luzerne dans la rotation des cultures permet d'améliorer le rendement du champ où elle . est semée (par rapport à la culture sur jachère) en raison de l'influence bénéfique de l'azote sur la récolte céréalière suivante, qui se fait sentir pendant sept ans au moins après l'interruption de la luzerne (Campbell et al., 1990). Le rendement de ces cultures peut être nettement supérieur à celui des cultures sur chaume. L'ajout d'herbes fourragères vivaces à la rotation des cultures pendant plusieurs années peut également aider à lutter contre les mauvaises herbes annuelles, à condition que le fourrage soit coupé avant la grenaison des mauvaises herbes. Il est essentiel de lutter contre les mauvaises herbes au cours de la première année qui suit l'abandon de la plante fourragère vivace, car elles peuvent aisément réapparaître dans les champs.



 


Séquence des cultures :
La croissance et le rendement d'une culture peuvent être affectés par les cultures précédentes. Chaque culture affecte différemment l'humidité du sol, à divers niveaux, et peut par conséquent avoir une influence directe sur le rendement de la récolte suivante, notamment les années de sécheresse. Toutefois, la plupart du temps, les pluies qui suivent la moisson suffisent pour que le rendement de la récolte suivante sur les sols noirs n'en soit pas affecté (Campbell et al., 1990}. Les plantes à racine profonde comme la luzerne, le tournesol et le mélilot épuisent l'eau du sol plus en profondeur que des plantes comme le pois sec ou l'orge.

Les produits toxiques provenant des résidus de culture peuvent nuire à la croissance de certaines plantes et mauvaises herbes. Ces toxines peuvent provenir directement des résidus ou se former au moment de leur décomposition. C'est ce qu'on appelle l'effet allélopathique. Ce phénomène doit être pris en considération au moment de planifier la rotation des cultures, que l'exploitation soit biologique ou traditionnelle, car il peut être exploité avantageusement . Les effets allélopathiques des toxines peuvent faire diminuer la hauteur des récoltes et la quantité de mauvaises herbes, notamment lorsque les cultures sont de la même espèce que les résidus végétaux. Les effets allélopathiques des résidus de blé seront donc plus marqués sur la récolte de blé ou d'orge qui suivra que sur celle du colza canola. Ils affecteront donc davantage le rendement de la récolte de blé ou d'orge que si les éléments nutritifs avaient été épuisés dans des circonstances habituelles ou que si d'autres facteurs étaient intervenus. Les rotations peuvent donc être planifiées de façon à éviter de cultiver consécutivement deux espèces identiques. Cela permettra de limiter la baisse de rendement de la culture, tout en augmentant l'efficacité de la lutte contre les mauvaises herbes. Certaines plantes comme le seigle sont plus efficaces que d'autres à cet égard. De nombreux organiculteurs utilisent les effets allélopathiques du seigle pour lutter contre les mauvaises herbes dans la récolte de l'année suivante.

Certaines plantes sont plus efficaces que d'autres pour lutter contre les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes qui peuvent proliférer avec des cultures peu agressives peuvent nuire au rendement de ces cultures pendant des années si elles ne sont pas combattues efficacement. Dans leur rotation, les agriculteurs peuvent inclure des plantes annuelles de printemps ou d'hiver ou des plantes vivaces pour lutter contre la prolifération de certaines mauvaises herbes. Si les exploitants cultivent en permanence des graminées de printemps comme le blé, le colza canola, le lin ou l'orge, les mauvaises herbes annuelles comme la folle avoine, la sétaire verte et la renouée liseron risquent d'augmenter. S'ils cultivent en permanence des plantes annuelles d'hiver comme le seigle d'automne ou le blé d'hiver, les mauvaises herbes annuelles d'hiver comme le tabouret des champs ou la sagesse des chirurgiens peuvent être plus nombreuses. Pour lutter efficacement contre les mauvaises herbes, les agriculteurs peuvent inclure dans leur rotation des plantes fourragères vivaces comme la luzerne ou des cultures plus lisses comme le seigle d'automne, l'orge, le mélilot, le colza canola ou le sarrasin. Pour être efficaces, les plants doivent être semés rapidement et uniformément, être vigoureux et bien nourris.

Les légumineuses fournissent l'azote et les matières organiques aux récoltes qui suivent et améliorent leur rendement. Les légumineuses sont indispensables à l'agriculture biologique. Outre l'engrais vert et les légumineuses fourragères vivaces, les graminées comme le pois sec, le haricot sec, la lentille et la féverole sont également intéressantes dans la rotation des cultures. On a constaté que l'orge cultivée sur des résidus de légumineuse avait un meilleur rendement que si elle était cultivée sur des résidus d'orge, en raison de l'action bénéfique de l'azote et d'autres facteurs non identifiés (Wright et Coxworth, 1987; Zentner et al., 1990).

Lorsqu'ils choisissent les cultures de leur rotation, les agriculteurs doivent tenir compte de l'humidité du sol et des éléments nutritifs utilisés par la culture précédente, des mauvaises herbes,-des maladies, des parasites et des conditions du marché.

La plupart des organiculteurs trouvent de nombreux avantages au compost, malgré son coût de manutention élevé.



 


Fertilité du sol :
Certains sols sont extrêmement fertiles sans qu'il soit nécessaire de leur ajouter de produits chimiques. Les agriculteurs doivent préserver la fertilité de ces sols en remplaçant les éléments nutritifs absorbés par les cultures ou les pâturages par des engrais verts, du fumier brut, du compost ou d'autres engrais organiques. II arrive toutefois que certains sols soient démunis d'un ou de plusieurs éléments nutritifs. L'agriculteur doit alors corriger cette déficience. Si elle est bien conçue, l'agriculture organique protège la fertilité du sol, et l' améliore même dans la mesure du possible.

Les organiculteurs ont souvent tendance à faire remarquer que les champs cultivés sans ajouter de pesticide ou d'engrais organique ne peuvent pas être cultivés de façon régénératrice. Les organismes de certification en agriculture biologique obligent de plus en plus les organiculteurs à suivre un plan d'amendement du sol à long terme. Un programme d'étude des sols doit contrôler la quantité d'éléments nutritifs qui entre et sort du sol afin d'éviter l'épuisement de certains éléments nutritifs (ou "mirage" du sol). Les sols dépourvus de substances nutritives ne peuvent ni donner de bonnes récoltes ni abriter les micro-organismes indispensables à la terre.



 


Étude des sols et analyse du tissu végétal :
Les organiculteurs doivent contrôler soigneusement la fertilité du sol pour s'assurer que leurs plantes sont bien nourries. L'étude des sols et l'analyse du tissu végétal permettent d'évaluer la quantité d'éléments nutritifs présents dans le sol. Pour avoir davantage de renseignements à ce sujet, se reporter aux fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Soil Testing Services in Manitoba (McGill, 1989) et Plant Tissue Analysis (McGill, 1981).



 


L'azote :
L'azote peut être fournie par des légumineuses graminées annuelles comme la lentille, le pois et le haricot sec, par des légumineuses fourragères vivaces comme la luzerne ou par des engrais verts cultivés sur des légumineuses comme le mélilot ou la lentille. Si la quantité de débris végétaux incorporée au sol est suffisante, ces cultures peuvent donner aux cultures suivantes l'azote dont elles ont besoin. L'étude de Wright et Coxworth (1987) sur les équivalences en azote a montré que pour qu'une récolte d'orge cultivée sur chaume d'orge atteigne le même rendement qu'une récolte d'orge cultivée sur des résidus de légumineuse graminée, les féveroles, les pois et les lentilles doivent produire respectivement 50,85 et 105 kg d'azote par ha. Pour avoir plus de renseignements à ce sujet, consulter les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Nitrogen Fixation and Legumes in Crop Rotation (Bailey, 1987).

Le fumier peut être une excellente source d'azote et de substances nutritives, malgré sa très forte teneur en nitrate et en ammoniaque lorsqu'il est à l'état brut. La-plupart des organiculteurs trouvent de nombreux avantages au compost, malgré son coût de manutention élevé. Les organismes de certification autorisent les agriculteurs à utiliser le fumier brut à certaines conditions. Le compostage facilite la transformation du nitrate et de l'ammoniaque présents dans le fumier en azote organique plus stable qui se dégage lentement sous l'effet de la minéralisation. La chaleur provenant du compostage peut également tuer les mauvaises herbes. Les organiculteurs qui souhaitent tirer le plus d'avantages possible de cette opération doivent déposer le fumier et l'engrais vert sur la couche supérieure du sol. S'ils les incorporent plus profondément, l'aération du sol sera insuffisante pour favoriser l'activité microbienne.



 


Le phosphore :
Que le manque de phosphore soit dû à la nature de sol ou à un pH élevé, c'est un problème auquel de nombreux agriculteurs du Manitoba sont confrontés. Les normes de certification en agriculture biologique obligent les agriculteurs à n'utiliser de phosphate que sous forme organique ou de phosphorite. Le fumier est une excellent source de phosphore organique; toutefois, la plupart des plantes n'ont pas accès à la phosphorite, pas plus qu'elles n'ont accès à la plupart du phosphate présent dans le sol. L'application de phosphorite n'est donc pas. efficace dans ce cas. Le manque de phosphate étant un problème commun à l'ensemble des organiculteurs, les chercheurs du Manitoba cherchent à mettre au point des agents biologiques susceptibles d'augmenter la solubilité de la phosphorite de façon à pouvoir en faire profiler les plantes.



 


Le Potassium :
Le potassium est un autre élément nutritif qui est souvent absent des sols sablonneux et organiques du Manitoba. Le manque de potassium nuit considérablement au rendement des cultures annuelles et à la culture des plantes fourragères vivaces, ces dernières ayant davantage besoin de potassium que les plantes annuelles. En coupant la plus grande partie du plant des cultures fourragères, les agriculteurs enlèvent au sol sa source de potassium, qui doit être reconstitué. L'engrais peut rendre une quantité suffisante de potassium au sol. Les agriculteurs peuvent également ajouter du sulfate de potassium au sol sous forme minérale.



 


Le soufre :
Le soufre est souvent absent des sols boisés bien drainés, sablonneux et gris. Les cultures céréalières et le fin, qui ont moins besoin de soufre que le colza canola, les légumineuses graminées ou les légumineuses fourragères, pâtissent moins de cette déficience. Le gypse, forme naturelle de sulfate, peut améliorer la teneur en soufre du sol. Le sol peut recevoir du sulfate sous forme de zinc, de sulfate de fer ou de potassium. Les organiculteurs accrédités ne sont toutefois pas autorisés à employer de sulfate d'ammonium.



 


Les micro-éléments nutritifs :
Les sols du Manitoba manquent parfois de certains micro-éléments nutritifs, comme le zinc et le cuivre, ce qui nuit à la croissance et au rendement des cultures. L'étude des sols et l'analyse du tissu végétal permettent de remédier à ces déficiences. Les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Micronutrients in Crop Production (Loewen-Rudgers, 1989) signalent les dangers présentés par l'absence de micro-éléments dans différentes cultures et expliquent que certaines espèces sont plus sensibles que d'autres à ce phénomène. Ainsi, le manque de zinc est plus courant dans le maïs, le haricot sec et le fin, le manque de cuivre dans le blé, et le manque de bore dans le colza canola et la luzerne.

Certains organismes de certification en agriculture biologique autorisent les agriculteurs à ajouter des micro-éléments à la terre pour lutter contre les déficiences détectées grâce à l'étude des sols et à l'analyse du tissu végétal.

Au moment de choisir leur façon culturale, tous les agriculteurs organiculteurs compris, doivent tenir compte de l'influence du travail du sol sur l'érosion.



 


Gestion du sol :
La gestion du sol est vitale en agriculture biologique. Pour pouvoir être pratiquée à long terme, l'agriculture biologique-doit combattre l'érosion des sols, qu'elle soit le fait du vent ou de l'eau. Les résidus végétaux jouent un rôle essentiel dans la gestion du sol. Lorsqu'ils sont enfouis, ils redonnent des matières organiques au sol. À la surface du sol, ifs permettent de lutter contre l'érosion et de conserver une certaine humidité au sol. La jachère et le travail fréquent du sol ne sont pas recommandés: en mettant le sol à nu, ils favorisent l'érosion et l'évaporation de l'eau.

Pour améliorer l'ameublissement du sol, il faut laisser les résidus végétaux, les engrais verts et le compost à la surface du sol, et non les enfouir à l'aide d'une charrue à socs. L'engrais vert et le fumier donnent de meilleurs résultats s'ils sont déposés à la surface du sol où l'aération est suffisante pour favoriser l'activité microbienne. Déposer des matières organiques comme les résidus végétaux ou de fumier à la surface du sol présente également d'autres avantages: cela empêche la formation d'une croûte sur le sol et favorise la pénétration et la rétention des eaux de pluie. Une étude effectuée à Indian Head (Saskatchewan) a permis de constate.r qu'après 50 ans de culture, l'introduction d'une plante fourragère (la luzerne) ou d'un engrais de basse-cour dans une rotation de neuf ans améliorait certaines caractéristiques physiques (densité, porosité et teneur en matières organiques) du sol, bien davantage qu'une rotation jachère-blé-blé (Campbell et al, 1990). Le fumier et les légumineuses fourragères entraînant donc une amélioration du sol à long terme bien supérieure à celle obtenue au moyen de l'azote qui est ajouté spécifiquement.



 


L'érosion du sol :
Comme indiqué dans les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Crop Residue Management (1989), les sols sont plus ou moins sensibles à l'érosion. De même que la quantité de résidus végétaux produite par une plante varie d'une espèce à l'autre, certains résidus protègent mieux que d'autres le sol de l'érosion. La quantité de résidus végétaux enfouie varie également selon l'instrument aratoire utilisé: l'extirpateur à tringles, le cultivateur à-lame large et le cultivateur ordinaire enfouissent un minimum de résidus végétaux. Au moment de choisir leur façon culturale, tous les agriculteurs, organiculteurs compris, doivent tenir compte de l'influence du travail du sol sur l'érosion. Certaines espèces, comme le pois, le haricot, la lentille ou la pomme de terre, laissent peu de résidus végétaux et favorisent l'érosion du sol. Wiles doivent donc être semées dans les champs de céréales qui laissent une grande quantité de débris végétaux. Des bandes de maïs ou de tournesol dans les champs de légumineuses graminées annuelles ou dans les champs de pomme de terre peuvent protéger les cultures de l'érosion éolienne, tant pendant la croissance de la plante qu'après la moisson. Ces bandes constituent un excellent moyen de retenir la neige pendant l'hiver, et donc d'augmenter l'humidité du sol. Pour avoir davantage de renseignements à ce sujet , consulter les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Flax Strips to Reduce Erosion, Soil Management for Pulse Crops and Soil Management of Potato Land.

Les plantes très agressives comme l'orge, le seigle, les plantes fourragères vivaces ou le  colza canola luttent plus efficacement contre les mauvaises herbes que le lin ou la lentille.



 


Humidité du sol :
II existe plusieurs façons de conserver son humidité au sol, la jachère n'étant pas, au Manitoba, la plus efficace. Sur une jachère de 21 mois, 7 à 13 pour cent seulement des précipitations saisonnières ont été conservées avec la jachère (Soil Moisture Management, 1985), contre 85 à 90 pour cent avec des cultures ininterrompues.

D'autres méthodes permettent de mieux conserver son humidité au sol. Le chaume des récoltes précédentes ou les bandes d'autres cultures comme le fin, le tournesol, le maïs ou les cultures herbagères vivaces permettent de retenir efficacement la neige dans les champs. De même, la suppression du labour d'automne permet de profiler au maximum des précipitations hivernales.

Les débris, végétaux présents à la surface du sol aient à lutter contre l'évaporation au début de la croissance de la plante. La quantité d'eau conservée de cette façon est directement proportionnelle à la quantité de débris végétaux présents à la surface du sol. La quantité d'eau de pluie qui s'infiltre peut augmenter s'il reste des résidus végétaux à la surface du sol ou s'ils ne sont pas enfouis en profondeur. Il est essentiel de laisser des débris végétaux à la surface du sol pour que l'humidité du sol soit suffisante. Le labour minimum ou la suppression de tout labour protège le sol contre l'érosion.



 


Lutte contre les mauvaises herbes :
 La lutte contre les mauvaises herbes doit faire partie intégrante de l'agriculture biologique. Les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Weed Control Recommendations (1987) qui présentent plusieurs méthodes de lutte contre les mauvaises herbes conseillent notamment d'utiliser des semoirs et des outils propres, de bien choisir les cultures et de bien planifier le travail du sol. Les agriculteurs qui démarrent dans l'agriculture biologique doivent commencer par des champs relativement peu affectés par les mauvaises herbes, à moins qu'ils n'utilisent une culture de transition comme la luzerne pour nettoyer le champ.
 
Les plantés très agressives comme l'orge, le seigle, les cultures fourragères vivaces ou le colza canola combattent plus efficacement les mauvaises herbes que le lin ou la lentille. En alternant les dates de semis entre les cultures d'automne et de printemps ou les cultures hâtives et tardives,-les agriculteurs peuvent supprimer les mauvaises herbes qui n'ont pas la même durée de vie. Ils peuvent également les combattre en faisant alterner plantes graminées et plantes latifoliées entre les plantes annuelles et les plantes vivaces.
 
Les organiculteurs ont intérêt à lutter biologiquement contre les mauvaises herbes, tout en sachant que le résultat ne sera pas immédiat. Dans une exploitation organique, les insectes, les champignons et les bactéries peuvent aussi combattre certaines mauvaises herbes. À l'heure actuelle, la gamme de techniques de lutte biologique contre les mauvaises herbes est très limitée parce qu'il faut plusieurs années d'essai avant de pouvoir se prononcer sur l'efficacité de ces méthodes. En outre, les techniques biologiques de lutte contre les mauvaises herbes, qui sont surtout appliquées à de grandes étendues, cherchent à résoudre des problèmes généraux auxquels les produits chimiques ne peuvent
 
pas apporter de solution. Un programme biologique faisant appel aux insectes est actuellement à l'essai au Manitoba pour lutter contre l'euphorbe feuillue.
 
Le Guide to Crop Protection in Alberta: Part II Non-Chemical Control indique comment lutter contre les mauvaises herbes dans certaines cultures et signale les techniques et méthodes les plus efficaces.



 


Lutte contre les parasites :
Les organiculteurs n'étant pas autorisés à utiliser d'insecticide chimique, la lutte contre les parasites doit être préventive. Efficace contre les parasites qui se dispersent peu et s'attaquent à des cultures spécifiques, la rotation des cultures est sans effet sur ceux qui se dispersent beaucoup. Le nombre de produits autres que chimiques dont l'emploi est autorisé par les organismes de certification est limité. Pour diminuer l'incidence des parasites ou des maladies sur leurs cultures, les agriculteurs doivent éviter les concentrations excessives de nitrate dans les champs. Les engrais qui donnent immédiatement de l'azote, comme les nitrates, ou de l'ammoniaque, comme le fumier brut, sont plus nuisibles à cet égard que les engrais organiques comme le compost ou les résidus végétaux de légumineuse, dont les effets sont plus lents.
 



 


Lutte contre les maladies :
 En agriculture biologique, la lutte contre les maladies passe par des graines seines, une rotation des cultures soigneusement pensée et une façon culturale bien adaptée. Ainsi, allonger la rotation des cultures pour y inclure des plantes fourragères vivaces pendant plusieurs années peut diminuer sensiblement la quantité d'inoculum du pourridié commun présent dans le sol (Campbell, 1990). L'enfouissement des débris végétaux n'est pas non plus recommandé (sauf en cas de maladie grave comme le charbon bactérien du colza canola) en raison du risque d'érosion et de dégradation du sol. Pour lutter contre le charbon bactérien, les agriculteurs doivent enterrer le chaume et le garder ainsi pendant un minimum de trois ans. La rotation des cultures doit être soigneusement planifiée de façon à éviter l'accumulation de facteurs propices aux maladies transmissibles par le chaume comme la tache helminthosporienne, la tache septorienne du blé ou la sclérotiniose du colza canola. Les agriculteurs éviteront de cultiver les espèces sensibles à ces maladies pendant le nombre d'années prescrit.
 
La lutte contre les mauvaises herbes joue également un rôle important dans la lutte contre les maladies. Si on laisse pousser les mauvaises herbes qui transmettent ou peuvent transmettre des maladies, on empêche la rotation des cultures de combattre efficacement les maladies. Si la rotation prévoit, par exemple, une récolte de colza canola tous les quatre ou cinq ans pour éviter la pourriture sclérotique, cela empêchera la prolifération des mauvaises herbes comme la moutarde sauvage, qui sont sensibles à cette maladie, mais également le culture du pois des champs, du haricot ou de la lentille, sensibles eux aussi à cette maladie.
 
Les fiches techniques du Ministère de l'Agriculture intitulées Diseases Affecting Wheat (1988), Diseases Affecting Oats (1985), Diseases Affecting Barley (1987) et Diseases Affecting Oilseed Quipos (1987) décrivent les différentes maladies susceptibles de s'attaquer aux oléagineux et aux céréales. Wiles indiquent également aux agriculteurs quels produits (autres que chimiques) ils peuvent utiliser pour lutter contre ces maladies.



 
 


Assurance des récoltes :
Les organiculteurs se demandent parfois si le fait d'adopter l'agriculture biologique change quelque chose à l'assurance de leurs récoltes. Au Manitoba, les organiculteurs assurés dans le cadre du programme du Manitoba Crop Insurance sont assujettis aux mêmes règlements que les agriculteurs traditionnels.

L' assurance couvre les pertes ou les dommages indépendants de la volonté de l'assuré qui surviennent à la suite des cas de force majeurs évoqués dans le document. La Manitoba Crop Insurance Corporation (MCIC) ne dicte pas à l'agriculteur les méthodes qu'il doit utiliser, mais si les pertes sont dues à des causes non couvertes par les assurances, comme l'inefficacité de la lutte contre les mauvaises herbes, la MCIC réduira d'autant le montant de l'indemnité versée à l'agriculteur. Les personnel qui souhaitent avoir des renseignements complémentaires à ce sujet pourront communiquer avec les représentants de la MCIC dans cette province.



 


Partie III: Certification et commercialisation des produits biologiques :
Dans le passé les organiculteurs devaient se charger seuls la commercialisation de leurs produits. Récemment, un certain nombre d'organismes ont été créés afin de les aider à être accrédités et à trouver des débouchés à leurs produits.(Annexe B). II est dans l'intérêt des exploitants qui cultivent leurs champs et élèvent leur bêtes biologiquement de se faire accréditer le plus rapidement possible par les organismes dûment habilités à cet effet, comme l'Organic Producers' Association of Manitoba (OPAM). Un certain nombre d'associations d'organiculteurs travaillent avec les agences gouvernementales par le biais du Projet canadien d'unification de la production biologique, à la rédaction et à l'uniformisation de noïmes de certification nationales, afin de les adapter aux normes internationales et de permettre aux agriculteurs d'avoir accès aux marchés internationaux .

Les normes, règles et règlements de : l'OPAM visent à empêcher les agriculteurs ou les distributeurs  peu scrupuleux de profiler du système et de ternir la réputation des organiculteurs authentiques.



 


Certification des produits biologiques :
Les adversaires de l'agriculture biologique prétendent qu'il est difficile de prouver qu'un produit dit biologique a bien été cultivé biologiquement. Pour répondre à ces détracteurs, les associations d'organiculteurs ont mis au point un code pratique et édicté des règlements internes d'accréditation des agriculteurs. Ces associations chargent des organismes indépendants de vérifier que les champs sont cultivés et que le bétail est élevé biologiquement. Le Comité de certification de l'OPAM étudie les rapports détaillés qui ont été rédigés par des inspecteurs confirmés. L'OPAM analyse ces documents et décide des produits qui seront certifiés comme biologiques dans une ferme. Puisque chaque produit agricole va sur l