Energie et Développement Durable
La Place des Energies Renouvelables
| Allocutions d'ouverture : André ANTOLINI, président du SER |
| Lionel JOSPIN, premier ministre |
| Les enjeux énergétiques du développement durable |
| L'énergie d'origine renouvelable : la Directive européenne. |
| Allocution
de madame Dominique VOYNET ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement |
| Energie
renouvelable thermique et effet de serre Michel MOUSEL |
| Le
Marché mondial des Energies Renouvelables François ROUSSELY |
| Discours de clôture : André ANTOLINI, président du Syndicat des Énergies Renouvelables Christian PIERRET, secrétaire d'Etat à l'Industrie |
Monsieur Le Premier ministre, Mesdames et Messieurs
Je tiens tout d’abord, tant pour le compte des professionnels du secteur des énergies renouvelables que j’ai l’honneur de représenter et au-delà, de tous ceux qui, ont décidé aujourd’hui d’assister très nombreux au deuxième colloque du Syndicat des Energies Renouvelables, à vous remercier chaleureusement et à vous dire combien nous sommes honorés de votre présence.
En décidant de prononcer le discours d’ouverture de cette manifestation, vous avez d’ores et déjà adressé un signal fort de la préoccupation qui est la vôtre et celle de votre gouvernement, de prendre en compte, à leur juste mesure, les enjeux que porte l’ensemble de ce secteur.
Je rappellerai brièvement les principaux atouts qui fondent la légitimité du choix stratégique du développement de ces sources d’énergie.
Les scénarii énergétiques d’ici 20 ou 30 ans, montrent que la part des sources d’énergie renouvelable dans la consommation énergétique mondiale connaîtra une croissance considérable et constituera un point de passage incontournable du développement durable.
Ce développement est non seulement une condition nécessaire de toute
politique respectueuse des générations futures, mais aussi un enjeu social et
économique de premier plan.
Inépuisables, respectueuses de l’environnement,
les Energies Renouvelables sont aussi un instrument privilégié de l’aménagement
du territoire. Leur caractère décentralisé est à cet égard irremplaçable.
Si
elles ont la réputation d’être coûteuses c’est qu’elles ne sont, pour l’instant
jamais créditées des coûts externes évités et notamment des coûts
environnementaux générés par d’autres formes d’énergies et dont elles sont
exemptes.
Depuis Kyoto, nous savons que tous les grands pays de toute la planète se sont engagés volontairement dans une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre et qu’il s’agit là d’un des défis majeurs des prochaines décennies. Un consensus est d’ailleurs en train de se dégager pour valoriser la tonne de carbone évitée autour de 70-80 euros.
L’Union Européenne, avec l’adoption du Livre Blanc, et nous l’espérons prochainement avec l’adoption d’une Directive sur la production de l’énergie électrique en provenance des sources des énergies renouvelables s’est saisie avec vigueur et résolution de ce sujet et tente de se donner les moyens de répondre à ces défis.
Nul ne doute, que le gouvernement français partage les objectifs que l’Union
Européenne s’est donnés et ne tende vers les mêmes buts.
Il ne vous est
certainement pas indifférent qu’il appartienne à la France de conduire
dans le cadre de sa prochaine présidence, ce projet de Directive au
succès.
Cependant ce succès dépend très largement de moyens qui reposent sur
la politique des états membres.
Vous-même, Monsieur Le Premier Ministre avez, dès le mois de février 98,
affirmé avec force votre engagement dans cette direction en dotant notamment
l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie d’un nouveau budget
significatif affecté aux énergies renouvelables.
Vous n’avez cessé depuis et
notamment à l’occasion de la reddition du rapport de la mission
interministérielle de l’effet de serre de confirmer les orientations qui ont été
prises dans ce domaine.
Ceci étant, force est de constater que, s’agissant du développement des
énergies renouvelables, la France peut faire l’objet par rapport à ses voisins
de comparaisons qui ne sont pas nécessairement flatteuses.
Certes, nous
disposons historiquement d’un parc hydraulique significatif, certes notre
énergie nucléaire ne contribue en aucune façon à l’émission de gaz à effet de
serre, mais il n’en reste pas moins que la rapidité du développement des
énergies renouvelables chez nos voisins européens ne s’explique pas seulement
par la différence des sources d’énergie primaires auxquelles ils ont recours. Si
la diversification dans la production d’énergie est la seule politique
raisonnable pour un grand pays, tant du point de vue de la sécurité de ses
approvisionnements que de l’admissibilité par la société, il faut rendre cette
diversification viable et s’en donner les moyens.
C’est la raison
fondamentale qui explique, notamment dans le domaine de l’éolien, les grands
succès rencontrés par nos voisins allemands, espagnols ou portugais, et qui
tiennent au fait que les pouvoirs publics ont donné et donnent aux
opérateurs une lisibilité qui leur a permis d’investir massivement, donc de
réduire les coûts et de créer les conditions d’un développement représentant des
dizaines de milliers d’emplois.
La seule industrie éolienne en Allemagne,
pour ne citer qu’un exemple, a créé plus de 20 000 emplois, installé plus de 4
500 MW en face des quelques dizaines que nous pouvons inscrire à notre bilan .
Une compagnie électrique espagnole a, à elle seule, passé commande cette année
de 1 800 machines représentant 1 200 MW.
Quelle que soit la dialectique
développée, la brutalité de ces chiffres est indiscutable. En dehors de la
grande hydraulique historique et de la biomasse, dans la quasi totalité des
filières renouvelables, l’échelle de comparaison avec les pays voisins admet un
facteur 10 ou le plus souvent un facteur 100.
Des tarifs fixes et
incitatifs, un environnement légal et réglementaire pérenne et lisible,
rassurant ont permis à ces industries de se développer. Si nous avons
véritablement la volonté de réussir dans notre pays, pour des raisons éthiques,
pour des raisons d’efficacité économique et de compétition mondiale, il est
indispensable que nous disposions d’un texte fondateur qui permette de faire des
prévisions à long terme et qui édicte clairement les règles du jeu pour notre
secteur.
C’est d’ailleurs ce que viennent de faire nos voisins allemands en
adoptant en février et mettant en vigueur en avril une grande loi, sur
l’ensemble du secteur des Energies Renouvelables, qui prévoit des tarifs d’achat
qui permettent de rentabiliser les investissements industriels, qui organise la
décroissance de ces tarifs d’achat pour accompagner et susciter les progrès de
compétitivité que le secteur ne manquera pas d’accomplir et qui règle les
questions de transparence nécessaire s’agissant par exemple de l’accès au réseau
et des tarifs de transport de l’énergie. L’adoption, prochaine nous l’espérons,
et sous la Présidence française de la directive européenne conférerait à une
initiative similaire qui serait engagée dans notre pays, une légitimité
supplémentaire.
Certes, ne faut-il probablement pas attendre, pour prendre des mesures audacieuses, qu’un texte fondateur comme celui que je réclame ait été adopté.
Il est donc de mon devoir de vous dire, dans le paysage actuel et compte tenu des dispositions de la loi de modernisation du secteur électrique adoptée en Février, qu’il est urgent de prendre pour chacune des filières un certain nombre de mesures qui permettent sinon de rattraper le retard que nous avons indiscutablement pris mais au moins de commencer à jeter les bases de ce rattrapage. Vos représentants connaissent le catalogue des revendications du Syndicat des Energies Renouvelables. Il a nécessairement un caractère très technique qu’il serait fastidieux et inutile de reprendre ici d’une manière détaillée, bien que chaque mesure ait une réelle importance pour l’une ou l’autre des filières que nous représentons. Je me contenterai aujourd’hui de mettre en lumière une ou deux mesures spécifiques pour chacune des filières. J’ajoute, pour m’en réjouir, que la France offre cette caractéristique de disposer d’une organisation professionnelle unique qui regroupe l’ensemble du secteur des énergies renouvelables ce qui est un peu compliqué puisque il faut prendre en compte la situation de chacune des branches mais qui en même temps renforce la cohérence, la cohésion et la légitimité de notre action.
Un certain nombre de dispositions transversales peuvent être adoptées. Elles sont valables pour l’ensemble du secteur des énergies renouvelables. Je pense notamment à l’adoption du taux réduit de 5,5 pour la TVA, adoption qui ne représenterait pour l’Etat, pour l’essentiel, qu’un simple décalage de trésorerie puisque la facture d’électricité finale est, elle, assujettie au taux normal, mais cet avantage de trésorerie pour des industries émergentes n’est pas négligeable. Par ailleurs, dans certains domaines comme le solaire thermique ou le bois de chauffage dans l’habitat individuel, l’avantage serait lui définitif, mais compte tenu des contreparties attendues, on doit considérer que le coût pour l’Etat restera fort modeste sinon nul.
J’en viens maintenant aux filières l’une après l’autre. S’agissant du solaire thermique, nous préconisons que soit amplifié le programme de relance intitulé Plan Soleil conduit par l’Adème sous des formes auxquelles il conviendra sans doute de réfléchir. Ce plan qui vient de démarrer vise à porter à 60 000 m2 le rythme d’installation annuelle des capteurs en 2006. Il pourrait être infiniment plus ambitieux et avoir pour objectif au même horizon de passer à 500 000 m2 par an. A titre de comparaison, un petit pays comme l’Autriche moins bien doté sur le plan climatique réalise depuis 5 ans régulièrement 200 000 m2 par an.
S’agissant de l’énergie éolienne, la mesure principale qui nous permettrait
de figurer honorablement à terme en face de nos voisins européens consiste à
établir d’une manière ou d’une autre un tarif d’achat de l’électricité d’origine
éolienne qui permette de rentabiliser les investissements à long terme coûteux
que nécessite cette énergie. Nous devons nous rendre à l’évidence que les pays
qui ont décidé de promouvoir l’énergie éolienne au travers de tarifs d’achat
fixes obtiennent de bien meilleurs résultats que ceux qui ont choisi des
systèmes d’appel d’offre à la recherche du moins disant tarifaire.
En 1999,
les premiers ont installé 2 500 MW (l’Allemagne, le Danemark, l’Espagne) les
seconds (le RU, la France et l’Irlande) 20 seulement. C’est donc bien d’un
rapport de 1 à 100 que nous parlons.
Vous avez annoncé Monsieur Le Premier ministre que votre objectif était de
porter à
3 000 MW la puissance installée d’ici à 2010. Je voudrais vous dire
que nous considérons que cet objectif pourrait être largement doublé ou
triplé compte tenu du fait que notre pays représente après l’Angleterre le
second gisement éolien d’Europe, qu’il est bien inférieur à la part que pourrait
prendre l’éolien en France pour concourir fortement aux objectifs du Livre Blanc
(10 000 MW = 1/3) qui sont eux-mêmes considérés comme modestes pour cette
filière.. Je voudrais aussi vous dire qu’aujourd’hui nous ne disposons pas des
instruments qui permettent de remplir l’objectif de 3 000MW.
Cependant si la volonté politique s’exprime fortement, et avec l’aide de
l’ensemble de nos interlocuteurs, je pense que nous parviendrons à atteindre la
phase de décollage. Nous avons fait dans ce sens des propositions précises au
Ministre de l’Industrie. La disposition principale concernant l’éolien est celle
sur laquelle j’ai beaucoup insisté : un tarif d’achat suffisant. A quel niveau
faut-il le fixer ? indiscutablement autour de 50 centimes le kWh, c’est le
niveau qui a permis à nos voisins de développer puissamment leur industrie, de
créer des dizaines de milliers d’emplois et de se préparer à répondre à la très
forte demande mondiale à venir.
Nous disposons en France de deux industriels
qui sont prêts à relever ces défis encore faut-il que leur marché intérieur leur
permettent de fonder leur base arrière.
La seconde orientation consiste à faciliter, en mettant systématiquement en
révision les POS, là ou c’est opportun, l’implantation de parcs éoliens. Il
faudrait inciter les communes où un gisement a été identifié à mettre en œuvre
cette révision, ce qui contribuera avec l’étude d’impact réalisée au
moment du permis de construire à assurer la nécessaire concertation avec
la population locale.
S’agissant du Photovoltaïque la même logique me
conduit à vous demander que soit lancé un grand programme de panneaux
photovoltaïques connectés au réseau de 30 MGW crêtes par an sur 10 ans, avec un
prix de rachat du kWh fixé aux environs de 0,5 euros par contrat, à long terme.
Il faudra dans le même temps renforcer et rendre plus efficace les mesures en
faveur de l’électrification rurale et des sites isolés.
Le bois utilisé
comme source d’énergie dans l’habitat représente 4 % de l’énergie primaire
consommée en France. C’est après l’hydroélectricité la principale source
d’énergie renouvelable.
La période est malheureusement propice après la
tempête de décembre pour dire qu’il faut promouvoir le développement du bois
énergie dans l’habitat individuel et pour cela réinstaller un crédit d’impôt en
faveur des matériels labellisés haute performance et abaisser comme cela a été
dit globalement, la TVA à 5,5 % pour l’équipement au bois énergie des maisons
neuves.
Le même type de dispositions peuvent être appliquées à la géothermie et au bois collectif en insistant à nouveau sur le fait qu’il est indispensable de faire disparaître les distorsions de concurrence qui subsistent dans la fourniture de chaleur en permettant que les réseaux de chaleur approvisionnés en énergie renouvelable bénéficient du même taux de TVA que celui en vigueur pour les abonnements au gaz et à l’électricité.
S’agissant de la petite hydraulique, il faut associer plus étroitement tous
les utilisateurs de cours d’eau aux opérations qui préparent les classements et
rendre éligible les installations de petite hydraulique à l’amortissement
exceptionnel accordé aux Energies Renouvelables.
Cette “ inéligibilité ”
semble d’ailleurs résulter d’une simple omission dans la rédaction de l’article
39 A-B du CGI.
Enfin, les énergies renouvelables, sous la forme des biocarburants, peuvent jouer un rôle significatif dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports.
S’agissant des aspects internationaux, il conviendrait de mettre en place une procédure de soutien à la constitution de dossiers en réponse à des appels d’offres lancées par des pays étrangers ou des organisations internationales ainsi qu’une procédure de soutien pour la réalisation d’opérations exemplaires dans les pays en voie de développement.
Je ne saurai terminer sans rappeler à quoi tient la survie du secteur des
énergies renouvelables en France.
C’est en effet grâce à la loi sur les
investissements Outre-Mer dont bénéficie le secteur des énergies renouvelables,
en particulier depuis 1995, qu’ont pu subsister toutes les filières (en dehors
de la filière bois), en réalisant dans des régions où cela était
particulièrement opportun des opérations exemplaires.
Cette politique a eu
des résultats sociaux indiscutables dans les départements en question, mais
aussi des résultats économiques très significatifs dans ces régions où les coûts
de production de l’électricité sont très élevés. Il est indispensable que le
secteur des énergies renouvelables qui y a quasiment trouvé son seul terrain
d’expression pendant plus de 10 ans puisse continuer de s’y développer et pour
cela, évidemment, qu’il bénéficie comme les autres secteurs industriels de
l’exonération de charges sociales, prévue à l’article 2 de la loi d’orientation
pour l’Outre-Mer. Mais je pense que l’absence de notre secteur parmi les autres
secteurs industriels ne peut que résulter d’une omission. Il est indispensable
aussi que dans les orientations fiscales qui seront prises pour remplacer le
dispositif existant et auxquelles travaillent les Ministères concernés, il soit
tenu compte de la légitimité sociale économique et environnementale, du
développement des renouvelables Outre-mer.
Pour conclure, Monsieur le Premier ministre, je souhaite vous dire à la fois,
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Ouvrir les travaux de votre colloque est pour moi l’occasion de faire avec
vous le point de l’action du Gouvernement pour le développement des énergies
renouvelables. Je dis bien développement. Car dès notre arrivée aux
responsabilités, en même temps que nous confirmions notre attachement à
l’énergie nucléaire, nous avons réorienté notre politique en faveur des énergies
renouvelables.
Dans un souci d’efficacité économique, pour conforter notre
indépendance énergétique, pour contribuer à la protection de l’environnement et
à la lutte contre l’effet de serre, afin aussi de remplacer de l’énergie
importée par des emplois locaux, le Gouvernement a voulu refaire de la politique
d’utilisation rationnelle de l’énergie une priorité nationale. Nous avons alors
doté l’ADEME d’un demi milliard de francs par an afin de lui permettre de
traduire concrètement cette relance. Et les énergies renouvelables contribuent
aujourd’hui à hauteur de 12% à la consommation d’énergie en France,
essentiellement à partir de l’énergie hydraulique. Ce pourcentage est élevé en
Europe. C’est donc à tort que nous sommes parfois jugés en retard.
Il est
vrai en revanche que jusqu’en 1999 nous n’avons eu recours que de façon
marginale aux énergies solaire et éolienne ou à la géothermie. C’est évidemment
ces énergies qu’il nous faut aujourd’hui développer.
Pour y parvenir le
Gouvernement s’est doté de nouveaux instruments.
Madame Dominique VOYNET et
Monsieur Christian PIERRET, qui interviendront devant vous tout à l’heure, se
sont attachés à les mettre en place.
Nous veillons au soutien économique des
énergies renouvelables. Bien sûr, le cadre de la loi sur la modernisation et le
développement du service public de l’électricité est primordial. Nous avons
voulu garantir les débouchés de l’électricité produite à partir de nouvelles
énergies renouvelables. Ainsi sont prévus des appels d’offre dans le cadre
pluriannuel des investissements énergétiques et une obligation d’achat en
dessous de 12 mégawatts dont le tarif doit tenir compte des coûts évités. J’y
reviendrai.
Sur le plan fiscal, la réduction à 5,5% du taux de TVA pour les
installations faisant appel aux énergies renouvelables dans l’habitat de plus de
deux ans est une première étape. Il faut aller plus loin en ce domaine.
Ces
mesures s’inscrivent dans une politique globale conduite dans la durée.
Nous
avons adopté en novembre dernier un programme national de lutte contre le
changement climatique. Afin de respecter nos engagements internationaux, nous
avons décidé d’un soutien accru à la production d’électricité éolienne. Ainsi à
l’horizon 2010, nous nous sommes fixé un objectif de 3000 mégawatts, soit plus
du double du chiffre initialement prévu. Cela représentera une économie de
400.000 tonnes équivalent carbone en 2010. Nous avons également incité EDF à la
diffusion d’installations de combustion performante au bois et voulu préparer
l’avenir en ce qui concerne la biomasse.
Les énergies renouvelables peuvent
contribuer à l’aménagement du territoire.
Elles font pour la première fois
l’objet d’un contrat de plan spécifique entre l’ADEME et les régions. Son volet
financier est de l’ordre de 300 millions de francs par an. Notre objectif est
d’améliorer la compétitivité des filières technologiques et d’accroître sur la
période de 1 million et demi de tonnes équivalent pétrole la contribution des
énergies renouvelables. Les régions ont répondu très positivement à cette offre
de l’Etat. Elles mobiliseront chaque année plus de 120 millions de francs
supplémentaires pour cette politique.
Le schéma des services collectifs de
l’énergie permettra de donner une impulsion à long terme. Le CIADT que j’ai
présidé la semaine dernière en a défini les grands axes. Ce schéma développera
la dimension territoriale de la politique de l’énergie en veillant à sa
compatibilité avec la stabilisation des émissions des gaz à effet de serre. Des
bilans énergétiques locaux et interrégionaux permettront de choisir au mieux les
implantations locales. Ce schéma sera, avec l’ensemble des schémas de services
collectifs, soumis à la consultation des régions en septembre prochain et
définitivement adopté par le Gouvernement au printemps 2001. Pour la première
fois, la France disposera d’un instrument de planification territoriale sur
l’énergie. Ce schéma fera, je n’en doute pas, une bien meilleure place aux
énergies renouvelables car aujourd’hui élus et citoyens expriment une vraie
demande à cet égard.
Nous travaillons à renforcer les instruments
internationaux de notre action. Nous plaidons ainsi tant au sein du fonds de
l’environnement mondial que dans un cadre bilatéral pour que des financements
accrus soient accordés aux pays en voie de développement. Le marché du
photovoltaïque est encore insuffisamment développé. Dans ces pays où l’effet de
serre devient une préoccupation environnementale majeure, nous devons mettre en
chantier des programmes exemplaires.
Nous avons ainsi commencé de mieux
mettre en valeur l’important potentiel de la France.
D’abord dans les
départements d’outre mer. C’est là que beaucoup d’entre vous ont commencé leurs
activités industrielles. La Guadeloupe présente ainsi tout l’éventail des
énergies renouvelables. Et la Réunion a développé de façon remarquable la
production d’électricité à partir de la bagasse dans les deux centrales de
Bois-Rouge et du Gol.
Mais l’ensemble de notre territoire offre des atouts
considérables par son relief et son exposition.
C’est vrai de la production
d’énergie éolienne. En trois ans, des programmes spécifiques ont permis de la
relancer. EOLE 2005 est déjà bien avancé, puisque près de 60 projets ont été
retenus pour une capacité de 400 mégawatts. La puissance éolienne totale
installée d’ici la fin de cette année sera de 100 mégawatts.
C’est aussi
vrai de la biomasse.
Notre forêt est la première d’Europe. C’est un gisement
exceptionnel qu’il nous faut mieux exploiter. Nous produisons déjà près de 10
millions de tonnes équivalent de pétrole -TEP-, soit 5% de notre bilan
énergétique, et une valeur de 10 milliards de francs. Les tempêtes du mois de
janvier ont durement frappé ce patrimoine et nous ont conduits à renforcer les
moyens consacrés par l’ADEME au développement de cette filière, notamment pour
le chauffage collectif et individuel. L’objectif du Gouvernement est de parvenir
d’ici 2006 à économiser ou substituer par le bois énergie 500000 TEP
supplémentaires. Nous éviterons ainsi chaque année l’émission de 2 millions de
tonnes de CO2, tout en créant 3000 emplois.
Le lancement du " programme
pilote biocarburants " en 1992 était un pari. Il est tenu au-delà de nos
espérances. En huit ans, le développement de ces filières s’est traduit par la
création de cinq unités industrielles, la création de 4000 emplois, la
substitution de près de 300 000 TEP par an et la mise en culture de 250 000
hectares de terres qui ont ainsi échappé à la jachère. C’est pourquoi, même si
le cadre communautaire ne permet pas, à ce stade, de développer à grande échelle
la filière des biocarburants, je souhaite poursuivre de façon raisonnée ce
programme pilote. A ma demande, Christian PIERRET et Jean GLAVANY ont mis en
place une mission d’étude pour évaluer, au vu des gains de productivité déjà
réalisés, l’intérêt de nouvelles unités. Ses recommandations sont attendues
avant la fin du mois de juin. D’autres énergies devront également être
développées, comme le biogaz, qui permettra en même temps de diversifier les
modes d’élimination des déchets.
Vous avez évoqué, Monsieur le Président, un
certain nombre de souhaits pour l’avenir. Et je crois, comme vous, que nous
pouvons faire mieux encore.
Pour donner une nouvelle impulsion, nous avons
engagé une réflexion prospective.
C’est une véritable industrie des énergies
renouvelables qu’il nous faut développer. Depuis trois ans, nous avons bâti de
nouvelles bases législatives et réglementaires dans le domaine énergétique.
Alors que le contexte économique s’est libéralisé, nous nous sommes fixé des
objectifs de plus en plus exigeants en matière d’énergie propre. Il nous faut
donc vous aider à devenir plus compétitifs. Il ne s’agit plus seulement de
subventionner votre secteur, pour le maintenir dans une logique d’appoint mais
de vous aider à conquérir des marchés dont l’importance a été trop longtemps
sous estimée. Je veux rendre hommage aux pionniers qui sont dans cette salle.
Votre activité industrielle a parfois été considérée comme essentiellement
ludique, alors qu’elle foisonne d’innovations qui feront le monde de demain.
Sur ce sujet, Monsieur Yves COCHET a bien voulu poursuivre la mission qui
avait été confiée par le Gouvernement à Monsieur Guy HASCOET. Il me remettra son
rapport au mois de juillet. Je sais qu’il a enquêté chez nos voisins européens
et que, comme vous, Monsieur le Président, il considère qu’un cadre législatif
comparable à celui que vient d’arrêter le Gouvernement allemand serait le
bienvenu en France. Nous en discuterons le jour venu sur la base de ce rapport.
Nous pouvons dès aujourd’hui explorer quelques pistes nouvelles.
Il nous
faut réviser à la hausse nos objectifs. Le " plan soleil " de l’ADEME doit être
dynamisé. La révision du programme national de lutte contre l’effet de serre
peut être l’occasion de passer à la vitesse supérieure pour l’énergie éolienne.
Dans ce domaine notre pays dispose des meilleures technologies et de sociétés
compétitives, qui doivent être soutenues par d’autres producteurs d’énergie,
comme par exemple FRAMATOME. Nous devons mieux exploiter ces atouts pour rester
au niveau de nos partenaires européens.
Nous voulons exploiter pleinement le
cadre législatif existant. Le Gouvernement veillera à ce que les dispositions de
la loi du 10 février 2000, destinées à vous soutenir, n’entravent pas vos
activités par une politique tarifaire contraignante. Cette loi pose déjà le
principe d’achat par EDF de l’électricité produite à partir d’énergies
renouvelables pour les installations d’une puissance allant jusqu’à 12
mégawatts. Je signerai avant l’été le décret précisant les énergies
renouvelables qui bénéficient de cette obligation d’achat et celui qui concerne
les tarifs applicables. Le seuil d’éligibilité sera le seuil maximum prévu par
la loi. J’ai compris que votre inquiétude portait sur le niveau du tarif
privilégié. Croyez que nous serons attentifs à ce qu’il vous offre les débouchés
les plus larges possibles.
L’outre mer restera à l’avant garde de cette
politique. La loi d’orientation qui est actuellement discutée renforcera les
exonérations de cotisations patronales de sécurité sociale pour les entreprises
produisant ou installant des matériels nécessaires à la production d’énergies
renouvelables, et ce quel que soit le nombre de leurs salariés. Par ailleurs,
des dispositions de soutien à l’investissement, aussi avantageuses que par le
passé, sont en ce moment mises au point dans un groupe de travail. Notre
objectif est de les rendre applicables dès 2001.
La Présidence française de
l’Union européenne sera l’occasion de nouvelles avancées. Après des
consultations approfondies, la Commission présentera demain au Conseil de
l’énergie un projet de directive portant sur la partie électrique du secteur
énergétique. Cette directive est l’aboutissement du travail engagé avec un livre
blanc qui, en 1998, avait fixé l’objectif de doubler d’ici 2010 la contribution
des énergies renouvelables au bilan européen. Nous mettrons tout en oeuvre, sous
notre prochaine Présidence, pour faire adopter ce texte. Nous avons travaillé à
rapprocher les positions françaises avec celles de la Commission. Nous
parviendrons sûrement à un accord sur des objectifs quantifiés, qui devront
approcher 20% de la production en 2010. A cette date, des centrales éoliennes
produisant un total de 1000 mégawatts par an pourraient ainsi être raccordées au
réseau. Par ailleurs, je veillerai à ce que l’encadrement communautaire des
aides d’Etat dans le domaine de l’environnement ne pénalise pas l’énergie bois,
la géothermie et l’énergie solaire. Nous nous efforcerons enfin de surmonter,
sous notre Présidence, le délicat problème du taux de la TVA pour la vente de
chaleur produite à partir de ces énergies.
Mesdames, Messieurs,
Il est aujourd’hui impératif d’inscrire pleinement notre démarche dans celle
d’un développement durable de notre pays. L’avenir de nos sociétés repose sur
cet équilibre entre protection de l’environnement et production. Or les énergies
renouvelables allient justement les plus hautes technologies avec les éléments
naturels. Certes, elles peuvent poser de nouveaux problèmes d’environnement, en
particulier lorsque, dans un souci excessif de la productivité, les
installations éoliennes occupent des sites remarquables -en pleine montagne et
sur le littoral- et protégés. Il nous faut donc concilier utilisation des
énergies naturelles et protection des sites. Les fermes éoliennes peuvent
modeler demain nos paysage sans les défigurer. C’est affaire de pédagogie et de
démocratie : nous devrons ensemble convaincre. Vous êtes sur le terrain parmi
les principaux acteurs de cette oeuvre collective. Le savoir-faire industriel et
technologique que vous incarnez compte parmi les richesses de notre pays. Le
Gouvernement sera à vos côtés pour franchir cette nouvelle étape du
développement des énergies renouvelables.
* * *
Les enjeux énergétiques du développement
durable
Yves COCHET, vice-président de l’Assemblée nationale, préside la séance. Alain WEILLER, journaliste, anime la table-ronde.
I. Etat des lieux : quelle place pour les énergies renouvelables dans
la fourniture mondiale d’énergie ?
François demarcq
Actuellement, les
énergies renouvelables, y compris la grande hydraulique et la biomasse,
représentent environ 15 % du bilan mondial, soit 1,3 milliard de tonnes
équivalent pétrole sur une consommation totale de 8 à 9 milliards de tep.
Nous sommes sur les bases d’une croissance non durable. A court terme, les
tendances ne sont pas très favorables au développement des énergies
renouvelables notamment en raison de la relative faiblesse des prix, du moindre
développement de la grande hydraulique en France comme dans le Tiers Monde et de
la croissance limitée de la biomasse, du bois en particulier. Si nous ne mettons
pas en place de stratégies de réponse à ces problèmes, nous assisterons à une
croissance des énergies fossiles.
Le Conseil Mondial de l’Energie prévoit un
doublement des consommations d’énergies totales d’ici 2020 puis un triplement à
l’horizon 2060. La part en valeur absolue des énergies renouvelables va
augmenter mais à la vitesse de la croissance de la consommation.
Ces
scénarii, qui prévoient pourtant un quasi quadruplement des énergies
renouvelables utilisées d’ici 2060, sont donc alarmistes en matière de
croissance des combustibles fossiles et des émissions gaz à effets de serre. Ils
n’assurent pas de développement durable.
Alain WEILLER
Comment définir ces énergies renouvelables ?
François demarcq
Les énergies renouvelables comprennent l’hydraulique, la
biomasse, la géothermie, l’éolien et l’énergie solaire sous forme thermique ou
électrique. L’intégration des déchets est, en revanche, discutée, en particulier
celle des déchets ménagers.
Seule la maîtrise des consommations permettra
avec un programme ambitieux de croissance des énergies renouvelables d’inverser
ces tendances.
Le Scénario NOÉ (Nouvelle Option Energétique) envisage
d’augmenter à 50 % la part d’énergies renouvelables dans le bilan énergétique
total en 2060 en changeant radicalement la politique actuelle de production et
de consommation de l’énergie. Nous pouvons donc espérer nous affranchir en
partie des combustibles fossiles. Pour assurer cette transition, il faudra
beaucoup d’efforts et d’imagination. Cela permettra à l’humanité de respecter
l’objectif qu’elle s’est fixé à Rio dans le cadre de la convention Climat et de
stabiliser la concentration en carbone dans l'atmosphère d’ici 2100.
Les
questions de prix ainsi que les réserves d’énergies déterminent également
l'accès aux énergies fossiles.
Il faut que l’humanité accepte de ne pas
pouvoir exploiter indéfiniment les ressources fossiles.
La qualité de
vie des habitants, des services et de la santé, la satisfaction des besoins de
base constituent également les vrais enjeux énergétiques de ce développement
durable. Comme l’illustrent certaines actions menées dans le Tiers-Monde
notamment par le Programme régional solaire de l’Union Européenne, les énergies
renouvelables peuvent y apporter certaines réponses. Il s’agit donc d’inventer
d’autres modes de développement sur le plan local dans le cadre d’une stratégie
mondiale avec pour ligne de mire la satisfaction des besoins et le développement
économique de l’ensemble de la planète.
Domingo JIMENEZ-BELTRAN
Les tendances ne tracent pas d’amélioration générale de
l’environnement ni de nets progrès vers un développement soutenable et durable
dans l'Union Européenne d’ici 2010. Malgré ce diagnostic critique, les espoirs
sont très grands. Pour la première fois, nous avons compris qu’il faut maîtriser
la demande. Nous allons vers un découplage entre l’amélioration de la qualité de
vie et la croissance économique. Le sommet d’Helsinki, la création de l’Agence
européenne de l’Environnement en 1999 participent de cette prise de conscience.
Il faut maîtriser la demande et augmenter radicalement la participation des
énergies renouvelables. Mais la situation dépend des secteurs concernés. Dans
les transports, il reste très difficile de découpler la réduction des gaz à
effets de serre du développement économique.
Nous prévoyons, en effet, une
augmentation de 8 % du CO2 et de 6 % des gaz à effets de serre dans l’Union
Européenne. Seuls trois pays ont réduit ces émissions : le Royaume-Uni,
l’Allemagne et le Luxembourg.
Il faut prendre conscience de la nécessité
d’un changement brutal.
Le manque de volonté politique, de savoir faire et
d'initiatives de changement expliquent les difficultés que nous rencontrons pour
développer les énergies renouvelables. Il est donc nécessaire de définir un
cadre contraignant et de tracer les objectifs. L'Agence européenne de
l’environnement y veille. Pour la première fois, la Commission Européenne fixe
des objectifs au plan européen et national. Avec l’effort de toute la société
pour diffuser cet effort et sous la pression des acteurs économiques et de la
société civile, nous parviendrons à les atteindre.
Angel PEREZ SAINZ
Le développement et le déploiement des énergies renouvelables s’est
accéléré depuis les dernières années. Certaines applications commerciales sont
déjà en place.
D’ici 20-30 ans, tout système énergétique durable sera basé
sur l’utilisation rationnelle des énergies et sur un recours accru aux énergies
renouvelables. Ceci nécessite donc des efforts de recherche afin d’améliorer les
technologies et de développer des utilisations nouvelles.
Nous devons en
priorité développer les énergies les plus performantes (biomasse, production
photovoltaïque, éolien off shore, etc.) sans négliger pour autant les sources
d’énergie à grand potentiel comme les océans ou la géothermie.
Dans l’Union
Européenne, les efforts de recherche restent fragmentaires et fragmentés. Il
faut donc augmenter la coordination des politiques pour aboutir à leur
convergence dans le cadre d’un espace européen de la recherche énergétique.
Dans le domaine des énergies renouvelables, nous pouvons envisager la
création d’infrastructures et d’instituts virtuels notamment sur le stockage
d’énergies afin de constituer des réseaux. L’Union Européenne et le programme de
recherche communautaire pourraient jouer un rôle de catalyseur dans la formation
de ces réseaux tout en continuant à apporter un soutien à des projets
spécifiques découlant des priorités définies à l’échelle européenne.
José Roberto MOREIRA
Les énergies nouvelles et renouvelables représentent plus de 10 % des
sources totales d’énergies utilisées dans le monde.
Le développement des
énergies renouvelables nécessite des investissements financiers très importants.
Mais, il faut également tenir compte des externalités négatives des énergies
traditionnelles non inclus dans les prix. Or, ces coûts externalisés sont très
importants pour la société ou pour la santé des populations. L’utilisation
accrue des nouvelles énergies doit permettre de réduire ces coûts et de créer
des emplois. Elle doit aussi être le moyen pour les décideurs politiques de
mieux satisfaire les besoins de la société.
De plus, dans un proche avenir,
les coûts des nouvelles énergies vont diminuer et leur efficacité croître.
Nous sommes donc confrontés à un grand défi qui consiste à améliorer
l’efficacité des technologies sans augmenter la demande énergétique.
II. Les
impacts locaux et planétaires : pays en voie de développement, collectivités
territoriales
Marc VERGNET
Vergnet SA exerce ses activités dans le domaine de
l’hydraulique et en particulier dans l’éolien pour les sites isolés. Elle
alimente 40 millions de personnes en eau potable dans les pays en voie de
développement.
2 milliards d’individus n’ont pas accès à l’énergie. Pour ces
populations, les énergies renouvelables constituent un grand espoir.
Depuis
30 ans, je travaille dans les pays en voie de développement. Or, j’ai pu
constater de profondes évolutions. Les collectivités rurales que j’ai équipées
en énergies renouvelables se sont progressivement appropriées des outils
nouveaux et ont pris en charge des équipements de photovoltaïques ou des
systèmes d’énergie autonomes. Aujourd’hui les villages cotisent pour payer ce
service essentiel et assurer la maintenance des équipements.
Les
investissements de départ ont été financés par la communauté internationale.
Progressivement, la dimension économique du service est apparue. Aujourd’hui les
coûts récurrents d’exploitation sont assurés par les usagers. À court terme, ces
derniers pourront également financer le renouvellement des équipements.
L’Afrique évolue vers la décentralisation et les acteurs du développement
seront régionaux. De plus, dans les dix prochaines années, ces pays vont
connaître un fort développement périurbain. Or, les énergies renouvelables sont
particulièrement bien adaptées à ce mode de développement.
Je crains
cependant une démobilisation de la communauté internationale et je déplore la
forte réduction des fonds destinés aux pays en voie de développement. Après le
mouvement en faveur de l’accès à l’eau pour tous, je forme l’espoir que la
communauté internationale, et en premier lieu la France, lance la décennie des
énergies renouvelables pour les pays en voie de développement. Cette démarche de
développement durable appelle une aide massive et brutale pour financer ces
énergies renouvelables. Il est donc urgent de mobiliser la communauté
internationale et la France peut jouer un rôle de catalyseur en ce sens.
Dominique JOURDAIN
Je représente les collectivités territoriales en France. L’Association
des éco-maires, qui regroupe 600 communes, s’est constituée sur l’idée forte et
partagée que la commune était un lieu d’arbitrage et de décision au sein duquel
l’écologie devait occuper une place centrale.
Depuis 1992, les collectivités
territoriales françaises peuvent mettre en place des transferts de bénévolats,
de technologies au profit des collectivités des pays en voie de développement.
Dans ce cadre, certaines expériences visent à équiper des communes africaines en
énergies renouvelables.
Il faut donc faire une juste place aux collectivités
territoriales dans la perspective du développement des énergies renouvelables.
Michèle RIVASI
Dans le cadre de la coopération décentralisée et en tant que
présidente du groupe d’amitié France-Madagascar, j’essaye de favoriser le
développement des énergies renouvelables à Madagascar en mobilisant les élus, la
fondation énergie et la commission décentralisée sur cette question.
Il
s’agit d’un enjeu colossal de la politique de la ville. Le principal obstacle au
développement des énergies renouvelables reste le manque d’information.
Il
faut donc montrer que ces systèmes fonctionnent et peuvent être reproduits. Il
s’agit de promouvoir un développement de proximité avant d’équiper l’ensemble du
pays concerné et de choisir des énergies adaptées aux besoins des populations.
Hugues du ROURET
Aujourd’hui, plus de 2 milliards d’individus n’ont pas accès à
l’électricité.
Sur plan macroéconomique, le scénario de croissance
continue, même dématérialisée, nous mène à une impasse d’ici 2030 ou 2050. Le
défi du développement durable est donc devant nous.
Les politiques de
soutien local ne constituent qu’une infime partie de la question posée par le
développement soutenable. L’essentiel va consister à développer des secteurs de
renouvellement des énergies (hydraulique, biomasse, solaire, éolien) pour
accroître la diversité du portefeuille des énergies dans une perspective
mondiale.
Royal Deutsch Shell est un groupe énergétique et non seulement
pétrolier. Les énergies fossiles constitueront la principale offre d’énergie
jusqu’en 2050. Cependant dès 2020, 5 à 10 % de l’offre énergétique
commercialisée sera renouvelable et 20 à 30 % en 2050, soit de 10 à 30 milliards
de tep. Nous serons donc un fournisseur d’énergie et cette énergie sera produite
par différents systèmes.
Dominique JOURDAIN
Comme le disaient le président du SER et Lionel Jospin, il est nécessaire de
mettre en place des politiques fortes en faveur des énergies renouvelables. Les
collectivités de base disposent aujourd’hui d’instruments pour accompagner,
favoriser et promouvoir ces énergies.
Un effort d’information est
indispensable et les communes ont un rôle de proximité essentiel à jouer auprès
des citoyens. Une commune, un groupement ou un syndicat de communes, un
département, une région sont, au-delà de leurs compétences propres, des acteurs
politiques, administratifs et économiques généralistes. Par leurs actions et
leurs engagements financiers, ces acteurs peuvent favoriser l’environnement et
le développement rural.
Michèle RIVASI
Il est urgent de mettre en place une politique favorisant la diversification
des sources d’énergie et le développement des énergies renouvelables. Les
prochaines élections municipales de mars 2001 sont l’occasion de sensibiliser
les élus sur ces questions. La volonté politique affichée par l’Etat ne suffit
pas et elle doit être relayée au niveau local.
À cet égard, la construction
des bâtiments publics devrait être la vitrine de cette politique et favoriser au
maximum le recours aux énergies renouvelables.
Notre retard en matière
d’énergie solaire ou éolienne est dû au manque d’information des élus et de
compétence des bureaux d’étude.
Dominique JOURDAIN
Je partage ce point de vue.
Il existe des obstacles à la mise en œuvre
d’une telle politique par le maître d’ouvrage public. En effet, le code des
marchés publics n’intègre pas l’écoconditionnalité dans ses critères de choix.
Le Gouvernement prépare actuellement une réforme de ce code afin de favoriser
cette approche de qualité environnementale.
Il convient également de revoir
le droit des sols afin d’intégrer les dispositions de l’agenda 21 et d’assurer
un développement pérenne.
Enfin, la politique de déplacement urbain doit
être à même d’intégrer cette politique globale en faveur de l’environnement dont
les énergies renouvelables ne constituent qu’un des aspects.
Domingo JIMENEZ-BELTRAN
Au niveau européen et communautaire, il faut arriver à définir un cadre
national et européen en relation avec les acteurs que ce soit avec les
entreprises ou avec les municipalités.
Je crois aux effets de démonstration
et de reproduction des expériences locales.
Parallèlement, il faut créer un
cadre légal. À cet égard, la question des sols doit être définie au niveau
européen.
Hugues du ROURET
Partant du principe qu’il n’y a pas d’alternative, l’énergie renouvelable est
un must. C’est aussi un défi pour le monde, l’Europe et la France. Il faut
passer par une phase d’information afin de prévenir l’opposition des
associations à l’installation de nouveaux équipements.
Ceci pose également
une question de coût. Les pays de l’OCDE se sont développés grâce à une énergie
bon marché. Le développement des énergies renouvelables et des éoliennes
nécessite un amorçage. Le gouvernement allemand a compris qu’il fallait soutenir
ce développement énergétique en rachetant l’électricité d’origine photovoltaïque
à 3 francs le kilowattheure.
Le développement systématique des énergies
renouvelables s’inscrit dans une vision de long terme et nécessite un
investissement de masse.
Gérard SAVATIER
Les pays qui sont parvenus à développer les énergies renouvelables comme
l’Allemagne, le Danemark et l’Autriche se sont appuyés sur un réseau
d’information et de formation. Ce réseau nous fait défaut.
Le comité
de liaison des énergies renouvelables regroupe depuis 1984 des associations, des
entreprises, des centres de recherche et des maîtres d’ouvrage exemplaires dans
le domaine des énergies renouvelables (HLM, conseils généraux).
Nous ne
pouvons pas décréter ce développement, mais il faut accompagner ce mouvement.
Aujourd’hui, beaucoup de maires ignorent que la réalisation d’études
bénéficie d’aides de l’Etat à hauteur de 70 %.
En ce qui concerne
l’opposition d’associations aux installations d’éoliennes, le plan Éole 2005
impose de fortes contraintes notamment économiques sur les choix des sites
d’installation. Il faut absolument agir en concertation avec ces associations de
défense de l’environnement et avec les élus locaux et diffuser l’information à
l’ensemble des partenaires concernés. Le Contrat territorial d’exploitation
actuellement mis en place dans le cadre de la réforme agricole doit également
permettre une diversification des activités agricoles et ouvrir la possibilité
de posséder des éoliennes.
Enfin, nous cherchons à combler notre carence en
matière de formation. En septembre 5 nouvelles formations supérieures seront
habilitées dans ce domaine.
Didier KICHEMAIR
Le 1/6/1999, le Comité Interministériel de la Recherche Scientifique et
Technologique a confié au CEA la charge de développer la recherche sur les
énergies nouvelles. Ce réseau est en marche et des projets de recherche
existent. L’ADEME et le CEA animent conjointement ce réseau.
Le CEA a mis en
place un plan d’action comprenant 4 volets (piles à combustibles, énergie
solaire et photovoltaïque, stockage d’énergies, utilisation rationnelle
d’énergie et sources d’énergies renouvelables) afin de répondre à la demande
sociale. Il mène également des recherches sur la maîtrise des procédés et des
coûts en vue de contribuer à améliorer la compétitivité des énergies
renouvelables.
La Directive européenne pose des enjeux considérables tant en
termes de réglementation que de recherche technologique notamment en matière de
maîtrise des coûts. Le CEA placé au service des orientations du gouvernement
français peut apporter sa contribution à cet effort.
François demarcq
Cette question mobilise l’ensemble des partenaires sociaux (associations,
élus, industriels). L’ADEME a besoin de ces relais pour faire passer son message
sur cette thématique et plus largement sur la maîtrise de l’énergie et sur le
développement durable.
Dans le cadre des Contrats de plan Etat-région, 120
millions de Francs par an seront alloués au soutien du développement des
énergies renouvelables.
Il faut renforcer l’information de proximité.
L’ADEME va également relancer sa communication à destination du grand public en
faveur de la maîtrise de l’énergie et du développement durable.
Vis-à-vis
des acteurs locaux, nous avons mis en place des systèmes d’aide à la décision
pour soutenir les collectivités qui souhaitent mettre place des solutions
d’énergies renouvelables. Des bureaux d’études sont déjà opérationnels, des
cahiers des charges existent. Nous allons prochainement élaborer une charte des
bureaux d’étude.
Cette diffusion du message à l’ensemble de la société
permettra de mobiliser les moyens financiers nécessaires au développement des
énergies renouvelables.
Conclusion
Yves COCHET
Vice-président de l’Assemblée
nationale
Trois idées politiques ressortent de cette table ronde :
1 - Il est
urgent de développer les énergies renouvelables et de maîtriser l’énergie à
l’échelon national et mondial d’ici 20 à 30 ans. Les décisions des pouvoirs
publics restent à prendre que ce soit en France, en Europe ou dans le monde. Un
des enjeux des élections futures (municipales, cantonales, législatives mais
aussi présidentielles) pourra concerner l’orientation de la politique
énergétique au niveau national et territorial.
2 - Les propos du Premier
ministre sont certes encourageants mais peut-être pas encore suffisants et à la
hauteur des enjeux. Il nous a dit que la France depuis 2 ans avait fait un
effort dans ce domaine. Mais cet effort est loin d’égaler celui fait en faveur
de la dématérialisation de l’information, effort qui est autrement plus
important. Or, les énergies renouvelables ont beaucoup de vertus : elles sont
décentralisées, multiformes, complémentaires et propres. Au regard des objectifs
du gouvernement, les énergies renouvelables satisfont ses principales priorités
que ce soit en matière d’emploi, de sécurité des approvisionnements,
d’environnement, d’indépendance nationale, d’aménagement du territoire ou de
respect de nos engagements internationaux, notamment du protocole de Kyoto. Il
faut donc les développer plus largement.
3 - Dans le contexte légal et
réglementaire français et européen actuel, le marché de l’électricité est fondé
sur les règles de libre concurrence et de libre circulation. Cela ne suffira pas
pour développer les énergies renouvelables. Celles-ci doivent être encadrées et
dépassées par des préoccupations d’intérêt général comme l’emploi et la lutte
contre l’effet de serre. Le développement durable implique le développement des
énergies renouvelables. Cette situation nécessite donc des arbitrages
communautaires et français spécifiques avec des objectifs ambitieux pour 2010 et
des moyens durables comme l’instauration de prix de rachat garantis à un bon
niveau.
* * *
L’énergie d’origine renouvelable - la Directive
européenne.
Henri BAGUENIER, président de l’ESHA
Jean-Pierre BOURDIER, directeur de
l’environnement EDF
Philippe CHARTIER, conseiller stratégie et recherche du
SER
Henrique Simeos DOS REIS, président d’ENERNOVA
Jean-Yves GRANDIDIER,
président de VALOREM
Jean-Pierre LETEURTROIS, chef de SERURE
Juan José
ESCOBAR, Catalogne
Afonso Henrique MOREIRA SANTOS, directeur de l’Agence
brésilienne de régulation de l’Electricité
Wolfgang PALZ, Commission
européenne, relations extérieures
Mariangels PEREZ LATORRE, Commission
européenne, Sources nouvelles et renouvelables d’Energie
Lionel TACCOEN,
président du comité consultatif de l’Energie auprès de la Commission européenne
Thierry TROUVE, Commission de régulation de l’Electricité
Arthouros
ZERVOS, vice-président EWEA
Pierre RADANNE, président de l’ADEME, préside la
séance. Alain WEILLER, journaliste, anime la table-ronde.
I. Le bilan des
politiques incitatives et des régimes de soutien des énergies renouvelables dans
l’Union Européenne
Lionel TACCOEN
Le Comité Consultatif de l’Energie
auprès de la Commission européenne représente les différents acteurs du secteur
(fournisseurs des énergies traditionnelles et renouvelables, consommateurs
d’énergie, organisations syndicales, associations de défense de
l’environnement). Le 3/12/1998, le Comité a adopté à l’unanimité une motion en
faveur de la rédaction d’une Directive assurant le développement significatif
des énergies renouvelables sur la base du Livre blanc. Les aides et les
subventions devraient donc être réservées aux entreprises respectant les clauses
environnementales. Nous n’avons pas souhaité intégrer l’hydraulique dans ces
aides. Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à un accord sur l’inclusion
des déchets dans les énergies renouvelables. Cette motion a donné le feu vert à
la Commission qui va bientôt présenter un projet de Directive sur ce sujet même
si elle est un peu moins volontariste que la motion que nous avons adoptée.
Henri BAGUENIER
La production d’électricité à partir des énergies renouvelables dans
l’Union européenne s’effectue selon plusieurs modèles.
Dans le modèle
allemand, espagnol et portugais, les compagnies distributrices sont obligées
d’acheter toute l’électricité produite à un prix fixé. Le modèle britannique
crée, en revanche, un marché réservé pour l’électricité au sein duquel est
organisé une compétition. Enfin, un troisième système est fondé sur les
certificats.
On constate aujourd'hui que le modèle le plus efficace est le
premeir cité. C'est celui qui donne aux investisseurs des garanties tant sur
l’achat de l’électricité produite que sur le prix.
Il ne faut pas confondre
la garantie des prix et les aides et subventions directes. De fait, les
consommateurs d’énergie traditionnelle ne payent pas la totalité des coûts
causés à la société par la production ou la consommation d’énergie. Il n’y a pas
d’internalisation de ces coûts négatifs. Pour rétablir la vérité du marché, il
faudrait faire bénéficier les énergies renouvelables des internalités positives
qu’elles procurent. Il ne s’agit donc pas d’aider les énergies renouvelables
mais plutôt de leur donner la prime environnementale qu’elles méritent.
1. Le cas allemand
Wolfgang PALZ
L’UNESCO a organisé en juillet 1973 le Congrès mondial sur l’énergie solaire
au service du monde marquant le démarrage des programmes américain et européen.
La France avait alors le leadership mondial de l’énergie solaire. Aujourd’hui,
les énergies renouvelables ne sont plus une idée, ni une philosophie mais elles
sont devenues une réalité et un marché représentant plusieurs milliards d’euros
par an. Or, la France accuse un retard d’au moins 5 ans par rapport aux
meilleurs élèves de la classe en Europe. Cet écart risque encore de se creuser
sous l’effet de la nouvelle loi allemande récemment adoptée.
En Allemagne,
une première loi adoptée en 1990 et entrée en vigueur en 1991 a établi un tarif
favorable aux éoliennes avec une obligation d’achat de l’électricité produite
pour les réseaux. La promotion de la petite hydraulique et des éoliennes au plan
local faisait l’objet d’un consensus au sein de la classe politique. Cette loi,
qui garantit une valeur constante à l’électricité produite, a permis de créer
une nouvelle industrie et des emplois.
Au Royaume-Uni, en revanche, le
système par appels d’offre a vu la disparition de l’industrie éolienne.
Deux
phénomènes ont contribué au développement des énergies renouvelables en
Allemagne. Le Livre blanc a défini une base solide sur laquelle nous avons pu
pour la première fois nous appuyer pour mener une nouvelle politique
énergétique. La libéralisation du marché de l’électricité a également permis de
faire baisser les prix de l’électricité en Allemagne risquant à terme de menacer
le développement du marché des éoliennes. Le SPD et les verts au pouvoir ont
donc adopté une nouvelle loi encore plus favorable à toutes les énergies
renouvelables incluant la géothermie, le photovoltaïque et l’électricité
produite à partir de la biomasse.
Les législateurs allemands voulaient
également que cette loi serve d’exemple à d’autres pays européens parce que nous
sommes tous maintenant des citoyens européens.
2. Les régions : la Catalogne
Juan José ESCOBAR
Trois facteurs sont favorables au développement des énergies renouvelables en
Europe.
La maturité de l’offre
Après un premier développement des
énergies renouvelables dans les années 70, ce secteur a connu une crise.
Aujourd’hui, cette offre est plus mature et nous disposons d’entreprises et
d’experts compétents.
Le réveil du secteur public
Il existe une demande
sociale très importante en faveur des énergies renouvelables. Pour y répondre,
le secteur public doit mener des actions fortes. Beaucoup de collectivités en
Espagne discutent actuellement de l’agenda 21 dans lequel elles doivent définir
leurs projets énergétiques et environnementaux.
Le facteur légal
Il
s’agit du facteur le plus important. En Espagne, la loi de libéralisation du
secteur électrique de 1998 définit un régime spécial pour les énergies
renouvelables. Elle précise que les énergies renouvelables doivent être achetées
par les compagnies électriques à un prix moyen avec une prime à la qualité
environnementale. Ce nouveau cadre légal apporte une stabilité au secteur.
Ainsi, l’énergie éolienne représente actuellement plus de 2 000 MW.
Nous
souhaitons que la France adopte un tel système afin de favoriser le
développement des énergies renouvelables dans le cadre de la présidence de
l’Union Européenne. Si la France accepte de promouvoir ces énergies par un
système de primes, l’Europe sera imbattable dans ce domaine.
3. Le cas Brésilien
Afonso Henrique MOREIRA SANTOS
Au Brésil, nous avons construit un système de marché dans un souci de
compétitivité et d’efficacité sans obligation d’achat ni quota d’énergie
renouvelable contrairement aux autres modèles de développement des énergies
renouvelables. L’Agence de régulation de l’électricité et le gouvernement
brésilien ont rejeté ce modèle. Les énergies renouvelables doivent donc avoir
une efficacité technique et compétitivité économique suffisante pour conquérir
les marchés.
La France est à l’avant-garde dans ce domaine avec le fort
développement de l’hydraulique.
Le Brésil fait aussi la part belle aux
énergies renouvelables qui représentent 95 % de l’énergie électrique grâce aux
centrales hydrauliques mais aussi à la biomasse et à la cogénération dans une
moindre mesure.
Pour avoir un système de marché concurrentiel, les énergies
renouvelables doivent bénéficier d’un système d’aide et non de subventions
directes à la production. Le développement local des énergies renouvelables
permet, en outre, de réaliser des économies de transport. Nous avons donc
cherché à réduire les prix d’accès au réseau électrique. D’ici 2003, nous
espérons une croissance de 1 500 MW de la production provenant de petites
centrales hydrauliques de moins de 30 MW. Nous avons également établi des prix
différents selon les sources d’énergie privilégiant les énergies renouvelables
et défini des prix de références. Si la compagnie distributrice achète l’énergie
à ces prix, elle peut transférer ces coûts au consommateur final. Cependant,
cette règle n’est pas suffisante pour soutenir ce marché. La Directive
européenne et la présence de nombreux industriels européens au Brésil dont EDF
peuvent constituer de formidables espoirs de développement pour les énergies
renouvelables au Brésil.
Pierre RADANNE
Quelle est la relation entre les énergies renouvelables et l’économie de
marché dans le cadre de l’ouverture du marché électrique ?
Le développement
des énergies renouvelables via l’hydraulique après la guerre a financé
l’ensemble du secteur électrique français. Aujourd’hui, les énergies
renouvelables ont besoin d’être soutenues pour se développer. Progressivement,
elles intégreront l’économie de marché. Pourquoi le secteur électrique ne
pourrait-il pas financer ce développement ?
Alain WEILLER
Qui doit payer ce développement, le consommateur ou le contribuable ?
Pierre RADANNE
Nos sociétés auront à payer le passif environnemental des solutions énergétiques choisies. Il est donc nécessaire d’intégrer ces coûts externes afin de disposer de tarifs énergétiques tenant compte de ces contraintes.
Wolfgang PALZ
En Allemagne, c’est le consommateur qui paye ce développement. Il n’y a pas de subvention de l’Etat.
Afonso Henrique MOREIRA SANTOS
En Amazonie, une subvention est allouée pour soutenir les énergies renouvelables, mais il n’existe pas de projet de développement actuellement. J’appelle les industriels à se mobiliser en ce sens.
II. La Directive européenne
1. La présentation du projet de Directive
Mariangels PEREZ LATORRE
Le Livre blanc a été adopté par la Commission en décembre 1997.
Le
Conseil européen et le Parlement européen avec le Comité économique et social et
le Comité de région ont adopté des résolutions sur ce Libre blanc et l’ont
accompagné d’un plan d’action comprenant des propositions législatives.
Cette Directive adoptée le 10 mai dernier par la Commission doit être
présentée demain au Conseil sous présidence portugaise. Son but est d’élaborer
un cadre stable pour remplir l’objectif global de 12 % d’énergies renouvelables
dans la consommation d’énergie totale d’ici 2010.
La Commission entend aussi
atteindre d’autres objectifs prioritaires au niveau européen comme la sécurité
et la diversification de l’approvisionnement énergétique, l’emploi, la cohésion
économique et sociale et l’environnement.
Pour augmenter de façon
raisonnable la part des énergies renouvelables, la Commission n’a pas défini de
schéma unique de développement des énergies renouvelables pour l’Union
Européenne en appliquant le principe de subsidiarité. Elle laisse ainsi la
Directive ouverte.
Cette Directive est bâtie sur trois piliers :
Je félicite la Commission pour son initiative qui vise bien à mettre en place
un mécanisme permettant d’accélérer le développement des énergies renouvelables.
Ce point fait l’objet d’un consensus au sein des Etats-membres même si la France
est un peu en retard dans ce domaine.
La France est le premier producteur
européen d’énergies renouvelables avec une production 3 fois supérieure à celle
de l’Allemagne et 10 fois à celle du Royaume-Uni.
Nous sommes bien
conscients que le rythme doit être accéléré en France. La Commission nous
propose des moyens d’y parvenir, cependant certaines incertitudes persistent.
Trois enjeux doivent être discutés par les Etats-membres.
La fixation des
objectifs globaux et nationaux
La Commission offre un outil mobilisateur par
la fixation d’un objectif mobilisant l’opinion sur la nécessité de développer
les énergies renouvelables. Cet objectif est commun à tous les pays. Il existe
ensuite des objectifs différenciés selon les gisements possibles des uns et des
autres. Nous pouvons également fixer des fourchettes d’objectifs. Ce point doit
être débattu sous présidence française. Mais, il faut que ces objectifs soient à
la fois ambitieux et réalistes.
Les régimes de soutien des énergies
renouvelables
Dans son projet de Directive, la Commission stipule que les
Etats-membres peuvent soutenir cette production, mais dans le mécanisme
d’encadrement des aides publiques que pilote la Commission. Ceci signifie que
ces aides doivent être temporaires (moins de 5 ans) et dégressives. Afin de
soutenir toutes les filières des énergies renouvelables, il faudra atténuer
cette position de principe de la Commission.
Les questions techniques
La
mise en place de ces énergies sur le marché que ce soit par la certification,
par un accès prioritaire au réseau ou par un système de guichet unique risque de
poser un problème réglementaire tant au plan local que national.
III. Les certificats verts, une bonne solution pour le développement des énergies renouvelables ?
1. Les conditions du déploiement des certificats verts
Arthouros ZERVOS
Les certificats verts sont un instrument intéressant pour développer les
énergies renouvelables, mais ils ne sont pas assez murs pour être mis en place
au plan européen.
Leur déploiement nécessite la réunion de certaines
conditions précises :
un marché concurrentiel où le consommateur peut
choisir son producteur ;
la vérité des prix et la transparence du marché
(internalisation des coûts environnementaux et sociaux, arrêt de subventions
attribuées aux énergies conventionnelles estimées à 5 milliards d’euros) ;
un système efficace et performant grâce à la certification de l’entreprise
productrice pour toutes les sources d’énergies, à l’identification claire de la
nature de l’énergie consommée et à l’harmonisation des conditions au sein de
l’Union Européenne ;
une obligation d’achat pour les énergies renouvelables.
À court et moyen terme, il est essentiel de mettre en place un système de
prix fixe pour développer les énergies renouvelables. Les certificats verts sont
une solution mais à long terme.
2. La définition des certificats verts
Arthouros ZERVOS
Un producteur d'électricité renouvelable vend son électricité au prix du
marché et est, par ailleurs, créditée d'un certificat vert qu'il peut vendre sur
un marché. Mais un tel marché ne peut exister que si des quotas de consommation
d'électricité renouvelable sont fixés a priori.
Mariangels PEREZ LATORRE
En pratique, cela signifie que les entreprises qui polluent peuvent, soit
polluer moins notamment en investissant dans la production d’énergies
renouvelables, soit acheter un certificat à celles qui en disposent en
polluant moins.
3. Le cas portugais
Henrique Simeos DOS REIS
Nous développons des éoliennes au Portugal. Cette production représente 80 MW
contre 11 il y a 4 ans. De nombreux investisseurs développent également des
projets d’éoliens off shore.
La Directive doit permettre de simplifier les
procédures administratives afin de favoriser le développement des éoliennes et
des énergies renouvelables en général.
Les certificats verts sont une bonne
piste pour le développement des énergies renouvelables et pour le respect des
engagements du protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet
de serre.
IV. L’avenir de l’électricité d’origine renouvelable en France
1. La loi électrique
Thierry TROUVE
En février 2000, la loi électrique a institué une Commission de régulation de
l’électricité dotée de larges pouvoirs notamment d’enquête, de contrôle et de
sanction. En ce qui concerne les énergies renouvelables, cette Commission donne
un avis sur les tarifs pour les obligations d’achat, elle calcule les charges de
service public et elle met en œuvre les appels d’offre pour tout projet d’une
capacité supérieure à 12 MW.
La France est un marché ouvert où chaque
producteur peut proposer son électricité à un consommateur éligible.
Il faut
définir les conditions d’accès au réseau, les tarifs et les conditions
d’utilisation du réseau. La Commission a lancé une consultation sur les
propositions de principes d’utilisation de ces réseaux.
La Commission estime
que pour favoriser le développement de filières compétitives d’énergies
renouvelables en France, il est souhaitable d’introduire des dispositifs de
marché dans les régimes de soutien des énergies renouvelables.
En ce qui
concerne les appels d’offre, la loi prévoit un seuil de production de 12 MW. La
Commission est prête à travailler avec les producteurs sur le règlement de ces
appels d’offre.
Enfin, la Commission peut intervenir en cas de difficulté
d’accès au réseau des producteurs d’électricité renouvelable ou non.
Jean-Yves GRANDIDIER
Je dirige un bureau d’étude spécialisé dans l’énergie éolienne. L’objectif de
20 % d’énergies renouvelables dans la production totale d’énergie présente dans
la Directive a été confirmé aujourd’hui par le Premier ministre. Mais l’objectif
de 3 000 mégawatts de production d’électricité éolienne en 2010 nous paraît
d’ores et déjà insuffisant pour atteindre cet objectif européen dont l’énergie
éolienne sera une des principales contributrices.
Parallèlement aux tarifs
garantis à un niveau élevé, il faudrait donner une priorité d’accès au réseau
pour les énergies renouvelables et en particulier pour celles qui ne sont pas
stockables afin de mettre en place une complémentarité entre les différentes
sources d’énergies renouvelables et non une compétition.
2. L’enjeu de la Directive
Jean-Pierre BOURDIER
EDF à la fois plus gros acheteur et le plus gros producteur d’énergies
renouvelables y compris en matière de petite hydraulique.
Il s’agit d’une
bonne Directive cohérente avec le protocole de Kyoto. Elle commence à intégrer
des externalités. Elle rentre dans des logiques de marché.
La Directive
donne des signaux forts pour l’action. Il faut changer de rythme et passer à
l’échelle industrielle comme l’a souligné Framatome.
Nos chances de succès
dépendent de trois conditions :
l’acceptabilité de ce nouveau système
industriel par la société ;
la sélection des produits et des marchés adaptés
;
des acteurs locaux, et au premier rang les collectivités locales,
convaincus de l’intérêt et de la possibilité de développer les énergies
renouvelables.
Philippe CHARTIER
L’Europe et l’ouverture des marchés ont permis aux énergies renouvelables de
reprendre place notamment en France.
La Directive de 1996 et la loi
électrique n’ont pas été faites pour promouvoir les énergies renouvelables et
appellent donc un texte de référence sur ce sujet.
Ce texte prendra
nécessairement en compte deux dimensions majeures de la politique de l’Union
Européenne : l’ouverture du marché et l’environnement.
Nous devons veiller à
ce que le poids du programme électronucléaire en France n’entraîne pas de
phénomène d’éviction des énergies renouvelables comme par le passé.
Les
courbes d’apprentissage des technologies nouvelles se parcourent aujourd'hui
d'une manière différente de celle vécue jusqu'ici. Il faut jumeler désormais des
actions de recherche et de développement et les mécanismes d’ouverture des
marchés aussi longtemps que les nouvelles énergies n’ont pas atteint un
niveau concurrentiel.
C’est pourquoi la volonté affichée par le Premier
ministre concernant l’adoption de la Directive sur les énergies renouvelables au
second semestre nous paraît fondamentale.
Conclusion
Pierre RADANNE président de l’ADEME
Cette Directive est déterminante. Il s’agit du même processus que celui
initié à Kyoto. Nous nous mobilisons d’abord sur des objectifs. Puis nous nous
donnons les moyens d’y parvenir.
Les compagnies distributrices d’électricité
devront avoir une partie de leur électricité en énergies renouvelables. Elles
pourront ultérieurement l’acquérir sur un marché via les certificats
verts. Cet équilibre motivant va permettre de stabiliser les acteurs.
Les entreprises ne peuvent pas avancer sans horizon clairement construit.
Il reste encore à régler le problème des énergies non électriques et de leur
tarification. Il faudra donc instaurer un système de soutien pour les énergies
thermiques afin de préserver une égalité de contribution à l’ensemble de
l’objectif commun des énergies renouvelables.
* * *
Allocution de Madame Dominique VOYNET - ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement
Mesdames, messieurs,
Certains pensent encore, dans ce pays tout
particulièrement, que le développement des énergies utilisant des sources
renouvelables et décentralisées correspond à un effet de mode dont s’occupent
quelques marginaux. Leur aveuglement peut surprendre tant il est vrai qu’une
page de l’histoire énergétique de notre pays est en train d’être tournée comme
le témoigne votre présence aujourd’hui.
A leur intention, je voudrais
rappeler quelques-unes des vertus, et non des moindres - des ENR, comme les
appellent les spécialistes.
Je voudrai ici insister sur un aspect dont toutes les enquêtes et analyses
signalent l’importance. L’offre des matériels, et en particulier les plus
techniques d’entre eux -panneaux photo voltaïques, machines pour les éoliennes,
chaudières, échangeurs, etc-, relève de constructeurs disposant de connaissances
technologiques étendues diversifiées, spécialisées.
Le développement de ces
énergies décentralisées demande aussi un tissu de professionnels de terrain,
souvent des artisans et des PME-PMI, de nombreux corps de métier pour installer,
entretenir, réparer les installations. Ce qui nécessite de la formation, de la
certification, la mise en commun d’expérience, la possibilité de développer des
garanties, des assurances vis à vis des clients.
Cela ne se fera pas
spontanément, les délégations régionales de l’Ademe doivent se mobiliser pour
organiser, conforter les niveaux de diffusions, pour la recherche, les
financements, l’information... Toutes les actions permettant de favoriser le
développement local sur ces questions doivent être mises en œuvre.
Encore un
mot pour évoquer avec vous le devenir de l’Ademe. Lorsque je suis arrivée au
Gouvernement, l’Ademe était traversée de querelles internes, et sortait hébétée
de dix ans de traumatisme qui l’avaient rendue pratiquement amnésique sur la
question de l’énergie.
Avec Pierre RADANNE, il a fallu reconstruire,
constituer des équipes et lui donner des nouveaux moyens. Je sais que pour
nombre d’entre vous, les objectifs sont encore trop modestes mais il faut un peu
de temps pour qu’une nouvelle dynamique se mette en place. Je suis optimiste et
les contrats avec les Régions montre sans aucun doute une prise en charge
nouvelle des questions relatives à la maîtrise de l’énergie et au développement
des énergies renouvelables.
Il sera aussi nécessaire de prendre en compte le retour d’expérience des
tempêtes du mois de décembre dernier. Pour la sécurisation d’un certain nombre
de fonctions essentielles, les énergies renouvelables ont un rôle indéniable à
jouer dans l’avenir.
Et puis l’Etat sur son propre patrimoine doit
abandonner son attitude frileuse : trop de projets de chaufferie bois, par
exemple, sont bloqués ou retardés sans que cela s’explique vraiment. Je
continuerai à alerter mes collègues ministres sur ce point sur lequel je me sens
parfois un peu Sisyphe face à sa montagne.
La présence à votre colloque du
Premier ministre, du secrétaire d’Etat à l’industrie et de la ministre de
l’aménagement du territoire et de l’environnement, montre toute l’attention que
le Gouvernement porte au développement des sources d’énergies renouvelables dans
tous les domaines : production d’électricité comme production de chaleur. Vous
pouvez être assurés de ma détermination pour que les chantiers ouverts
progressent le plus rapidement possible. Il y va très sérieusement de notre
avenir à tous.
Je vous remercie.
* * *
Energie renouvelable thermique et effet de serre
Philippe CHARTIER, conseiller stratégie et recherche du SER
Pierre
CUYPERS, président de l’ADECA
Ilona GRAENITZ, présidente de GLOBE EU
André JOFFRE, président de TESCOL
Heinz KOPETZ, vice-président AEBIOM
Jean-Daniel LEVI, directeur général FRAMATOME
Michel MATHEU, chef de
service au Commissariat général du Plan
François MESLIER, directeur de
l’Outre-Mer EDF
Pâris MOURATOGLOU, président de SIIFEnergies
Mariangels
PEREZ LATORRE, Commission européenne, Sources nouvelles et renouvelables
d’énergie
Claude ROY, directeur de l’agriculture et des bio-énergies ADEME,
directeur d’AGRICE
Paul VERGES, président du Conseil Régional de la Réunion
Michel MOUSEL, président de la MIES, préside la séance. Alain WEILLER,
journaliste, anime la table-ronde.
Philippe CHARTIER
Cette table-ronde
aborde deux questions : l’effet de serre et la finalité des énergies
renouvelables. Elles peuvent produire de l’électricité, mais également de la
chaleur et de la force motrice mobile à travers les biocarburants.
Les
énergies renouvelables de nature thermique regroupent le solaire thermique, la
géothermie et la biomasse.
I. Energies renouvelables et changement climatique, quelles priorités
?
Hona GRAENITZ
Le changement climatique constitue une priorité au sein de notre organisation
qui rassemble près de 500 parlementaires en Europe intéressés par les questions
d’environnement.
Dans cette lutte pour la stabilisation des climats, nous
cherchons à trouver une vraie interface entre tous les acteurs du secteur : la
communauté scientifique, l’industrie, les élus et leur électorat.
Le
changement climatique va apporter des mutations de l’économie et de la société.
Il faut préparer et informer les citoyens afin qu’ils sachent ce qu’ils doivent
faire. Les énergies renouvelables sont par définition locales. Il est donc plus
facile pour les gens d’accepter ces changements. Par ailleurs, le développement
durable ne peut être atteint sans un changement de l’industrie et de ses modes
de production.
Or, la production d’énergie de proximité permet de mieux
estimer les enjeux (le changement de climat, la qualité de vie) et les mesures
nécessaires pour y répondre. La France est très bien préparée à ces enjeux par
son système d’aménagement du territoire qui vise à trouver l’équilibre entre la
production énergétique régionale et locale et les besoins dans un souci
d’efficacité.
Alain WEILLER
Au cours de la prochaine décennie, les énergies
renouvelables occuperont une part encore limitée de la fourniture globale
d’énergie. Quels sont les secteurs de prédilection dans lesquels ces énergies
doivent trouver leur place ?
Michel MATHEU
Compte tenu de l’évolution des émissions de gaz à effet de
serre, nous avons clairement besoin de développer les énergies renouvelables.
Les études prospectives et la progression du secteur des transports ne sont
pas très encourageantes pour le respect de l’objectif de stabilisation des
émissions de gaz à effets de serre que nous nous sommes fixé. Il faudrait donc
une amélioration spectaculaire de la situation actuelle pour pouvoir remplir nos
engagements d’ici 2010.
Le véritable défi posé par le développement des
énergies renouvelables à toute la profession consiste à trouver un meilleur
équilibre entre l’acceptabilité sociale des mesures de soutien et le prix de
l’énergie. Il s’agit donc de parvenir à trouver les moyens de limiter le prix de
la tonne de carbone économisée dans des conditions acceptables pour la
population.
Alain WEILLER
Quelle est la place de l’énergie nucléaire dont la
contribution à l’effet de serre est quasi-nulle dans cette politique ?
Jean-Daniel LEVI
Mon engagement en faveur des énergies renouvelables est
ancien.
Comme directeur général du CNES, j’ai mis en œuvre de grands
programmes d’investissement pour mesurer le changement climatique et lancé un
satellite d’étude du climat.
Les énergies renouvelables sont certainement
une des réponses au problème de la réduction des émissions de CO2.
C’est
pourquoi Framatome s’est engagé avec beaucoup d’enthousiasme dans la
construction d’éoliennes à partir de Jeumont-Industries. Le premier modèle
d’éolienne à grande puissance mis en service l’an dernier près de Dunkerque est
en cours de certification. Nous projetons la création de 50 puis 100 éoliennes
par an et sommes un des principaux contributeurs au programme Eole 2005. Nous
envisageons également d’exporter notre production.
La logique des appels
d’offre d’EDF comprise dans Eole 2005 est très exigeante et n’est pas très
favorable aux industriels mais elle les force à réduire les coûts et à mieux
intégrer la logique économique par sa pression sur les prix. Il s’agit d’une
aventure industrielle de grande ampleur comme l’a souligné le Premier ministre
ce matin dans son discours.
Malgré notre enthousiasme, les énergies
renouvelables ne sont pas la seule réponse massive à la lutte contre l’effet de
serre. Les acquis et le potentiel du nucléaire en la matière ne doivent pas être
négligés. En 1999 avec une production nucléaire de 375 terawattheures, la France
a économisé environ 266 millions de tonnes de CO2. Nous disposons encore d’un
potentiel d’augmentation de la production nucléaire à parc constant dans les
années à venir.
Le système de production futur comprendra des moyens
centralisés comme le nucléaire et des moyens décentralisés avec les énergies
renouvelables. Il s’agit d’un enjeu industriel et énergétique majeur. Cependant
si nous voulons remplir les objectifs fixés à Kyoto, sans le nucléaire nous n’y
arriverons pas.
II. La biomasse et le bois dans la lutte contre l’effet de serre
1. Le bilan des contributions de la biomasse à la lutte contre l’effet de serre en France
Claude ROY
Quand nous brûlons du bois, nous réémettons dans l’atmosphère
du gaz carbonique prélevé dans la végétation quelques années auparavant ce qui a
un effet globalement neutre contrairement à la combustion du pétrole, et ce à
condition de reconstituer la ressource.
En France, les énergies
renouvelables, hors la grande hydraulique, représentent environ 10,5 millions de
tep, dont 9,5 pour la biomasse, soit 5 % du bilan énergétique,. Nous attendons
une croissance de l’ordre de 2 % par an de cette contribution d’ici 5 ans.
Pour lutter contre l’effet de serre, nous pouvons soit réduire les
consommations d’énergies fossiles, soit développer les énergies renouvelables,
soit stocker du carbone.
Le plan effet de serre visait à compenser la dérive
de consommation énergétique française à hauteur de 50 millions de tonnes de CO2
par le stockage.
Or, la biomasse met en jeu à la fois un phénomène de
substitution d’énergies fossiles et de stockage de carbone.
La composition
de la formation des carburants permet également de lutter contre l’effet de
serre. En France, environ 1 % de ces composants sont d’origine végétale.
En
accélérant les politiques de soutien technique aux filières bois et chimie et en
améliorant la composition des carburants dans le sens du Livre blanc, nous
pouvons réaliser une économie de 15 millions de tonnes de carbone d’ici 2005
pour un stockage de longue durée, soit le tiers de l’engagement français dans le
cadre du protocole de Kyoto.
2. La situation au niveau européen
Heinz KOPETZ
En Europe, 50 % de l’énergie primaire est transformé en chaleur. La filière
thermique est donc la plus importante.
Le Livre blanc propose une
augmentation des énergies renouvelables d’ici 2010 à 110 millions de tep dont 80
% de cette progression serait fournie par la biomasse. La biomasse représente
ainsi la plus importante source de croissance des énergies renouvelables.
Jusqu’à maintenant la biomasse était principalement utilisée pour la
production de chaleur. La filière thermique doit nous permettre de remplir les
objectifs du Livre blanc.
Selon ce Livre blanc, la croissance de la filière
thermique doit atteindre 41 millions de tep dont 37 par la biomasse et 4 par
l’énergie solaire.
Pour atteindre ces objectifs, il faut mener une politique
renforcée en faveur de la filière thermique. Ce potentiel de développement
concerne essentiellement l’espace rural. En Suède, une taxation élevée sur les
énergies fossiles a permis de soutenir efficacement cette filière.
La mise
en place d’une politique favorable au chauffage au bois contribuera à la lutte
contre l’effet de serre. Peu d’Etats-membres ont engagé cette politique et
beaucoup reste encore à faire dans ce domaine.
3. Les effets de la tempête de décembre 1999
Claude ROY
Paradoxalement, la tempête est un atout pour le rééquilibrage de nos forêts
européennes et pour le développement de la filière énergie du bois. 6 % du stock
forestier français a été abattu dont la moitié en bois brut et l’autre moitié en
résidus.
A la suite de cette tempête, beaucoup de forces se sont mobilisées
pour déstocker au maximum ce bois vers les marchés (consommation domestique,
centrale électrique, chaufferie urbaine).
Ce choc a réveillé les acteurs et
permis de structurer des réseaux d’approvisionnement et de distribution sur le
long terme favorisant ainsi le développement et l’organisation de la filière
énergie du "bois" en France.
III. Les biocarburants
Pierre CUYPERS
Nous roulons dans la bonne direction.
Nous pourrions intégrer dans les
biocarburants tous les composants d’origine végétale pour la formulation des
carburants. Traditionnellement, les biocarburants sont issus de la biomasse et
participent véritablement à la réduction des effets des émissions de CO2. Ils
apportent leur contribution dans le secteur des transports où ils sont les seuls
substituts liquides aux carburants d’origine fossile. Ils constituent deux
familles : les esters d’huile végétale pour les moteurs diesel et l’éthanol pour
les moteurs à essence.
Les écobilans intégrant toutes les opérations de
production démontrent une balance positive en énergie et en CO2 par rapport à
leurs concurrents fossiles.
Les biocarburants se sont développés en France
depuis 1991. En 1999, leur consommation a atteint 4 millions d’hectolitres, soit
700 000 tonnes de CO2 économisés et 4 000 emplois créés.
Leur
développement doit également permettre une amélioration de l’environnement, de
la qualité de vie et de la santé. Ils sont utilisés en France comme additifs.
Dans le Livre blanc, la Commission a fixé à l’horizon 2010 l’objectif de 18
millions de tonnes de biocarburants liquides consommés et 5 Mt en 2003 soit 2 %
de la consommation européenne totale de carburant. La notion de phase pilote
permet aux Etats-membres d’accorder une fiscalité spécifique. Les Etats-membres
doivent définir leurs objectifs à court et à moyen termes dans ce cadre. Afin
d’assurer le développement des projets en cours, il faut cependant prendre des
mesures réglementaires et fiscales.
Les pouvoirs publics ont décidé
d’encourager le démarrage des biocarburants par une politique fiscale adaptée.
Ce dispositif d’aide doit être maintenu.
Il serait souhaitable que, sous la
présidence française, une impulsion soit donnée en vue de l’adoption de la
proposition de Directive générale sur les biocarburants et sur la taxation des
énergies permettant une harmonisation des régimes fiscaux.
Une mission
d’évaluation constituée à l'initiative des ministères de l’agriculture et de
l’industrie rendra ses conclusions fin juin.
Comme le disait le président de
Total, l’énergie renouvelable est un must. Il y à la fois gravité et urgence à
la développer. Notre filière y est totalement prête.
IV. L’énergie solaire thermique
1. L’état des lieux en France
André JOFFRE
Le marché décolle depuis 1990 et doit progresser dans les prochaines années.
En France, l’énergie solaire représente 2 % du marché européen essentiellement
grâce aux DOM-TOM.
L’énergie solaire thermique s’est principalement
développée dans les pays à forte tradition de décentralisation. Pour s’insérer
dans ce marché, nous devons favoriser un déploiement de proximité et accélérer
la mise en place en France du Plan soleil.
Un des aspects importants de
l’énergie solaire est son impact sur l’environnement. Il appartient à chaque
citoyen de recourir à cette source d’énergie et de pouvoir ainsi changer les
choses.
2. Les pratiques en matière d’énergies renouvelables dans les départements
d'Outre-Mer
Paul VERGES
Comment contribuer à la lutte globale contre l’effet de serre au plan local ?
Soumis à de fortes contraintes géographiques, physiques, économiques et
sociales, nous avions un besoin central d’énergie. Nous avons donc développé la
production d’électricité à partir de la bagasse, un résidu de la canne à sucre,
dans deux centrales. Aujourd’hui, les deux-tiers de notre production locale
d’énergie proviennent des énergies renouvelables. Nous envisageons également la
construction de centrales éoliennes, notre île étant soumise aux alizés. Nous
avons équipé certains sites isolés de cellules photovoltaïques pour leur fournir
de l’électricité.
Mais, nous avons décidé d’équiper en énergie solaire
thermique et électrique tous les édifices publics.
Notre grand espoir réside
dans notre volcan. Si nous arrivons à maîtriser cette énergie, nous espérons
avoir l’intégralité de notre production électrique d’ici 2025 sous forme
d’énergies renouvelables.
Nous bénéficions de bonnes conditions climatiques
et techniques pour développer les énergies renouvelables, mais l’essentiel est
la volonté politique. Nous avons créé une agence régionale de l’énergie pour
atteindre nos objectifs et pour demander au gouvernement et à l’Union européenne
de nous accompagner. Plus que la chaleur du volcan ou les grands alizés, il faut
une volonté politique qui intègre l’information des populations et qui
s’inscrive dans la durée pour mener à bien le développement des énergies
renouvelables.
Alain WEILLER
EDF a-t-elle une vison suffisamment claire des besoins
locaux en matière d’énergie ?
François MESLIER
Dans les DOM, EDF a été leader dans le domaine des
énergies renouvelables sous toutes ses formes.
Nous allons cependant être
confrontés à un problème de rareté de la ressource sauf dans le domaine de la
géothermie.
Les DOM constituent un cadre extrêmement favorable au
déploiement des énergies renouvelables et ce pour deux raisons. Les coûts de
production des solutions alternatives sont beaucoup plus élevés qu’en métropole
et en Europe et les usages spécifiques permettent de remplacer avantageusement
des usages finaux traditionnels. Cette solution de proximité présente, en
outre, un intérêt évident tant en termes économiques, environnementaux qu’en
matière de développement économique local et de création d’emplois. Depuis une
dizaine d’années, EDF s’efforce d’y utiliser tous les gisements d’énergies
renouvelables disponibles en association avec les partenaires publics et avec
les meilleures entreprises.
Grâce à cette expérience, EDF dispose de bonnes
compétences sur toute la gamme des énergies renouvelables (éolien, hydraulique,
biomasse, géothermie, solaire thermique).
En ce qui concerne l’énergie
solaire, nous avons intensifié notre promotion notamment en matière de
chauffe-eau solaires. Nous avons également installé des panneaux photovoltaïques
essentiellement sur des sites isolés en Guyane et à la Réunion.
À l’avenir,
nous risquons de rencontrer un problème de raréfaction de la ressource. Mais,
l’engagement d’EDF dans les DOM sur les énergies renouvelables restera intact.
3. Le financement
Pâris MOURATOGLOU
Pour l’énergie solaire comme pour les autres énergies renouvelables, le
marché est soumis à de nombreuses contraintes. Il s’agit d’un marché petit,
décentralisé, atomisé qui s’adresse directement au consommateur. Il ne peut pas
y avoir d’économie d’échelle ni de péréquation sur les prix. Le consommateur
doit d’abord investir pour acheter un équipement spécial comme un chauffe-eau
solaire et assumer les risques de cet investissement, ce qui ne facilite pas le
développement de ces énergies.
L’ADEME et les pouvoirs publics ont lancé un
grand programme pour favoriser les chauffe-eau solaires. Ce programme vise à la
fois à baisser les coûts et à surmonter les réticences de la population par
l’information. Il prévoit de lancer une vaste campagne de communication,
d’accorder des subventions, de mener un effort d’information et d’organiser une
labélisation des distributeurs, etc. Cette approche va certainement porter ses
fruits.
Depuis plusieurs années, nous avons essayé de conquérir ce marché en
vendant un service. Pour cela, nous avons anticipé la baisse des coûts et
offert, grâce aux subventions de l’ADEME, l'équivalent d'un abonnement mensuel à
un prix compétitif avec le chauffage électrique.
V. Le Livre blanc et l’énergie thermique
Alain WEILLER
Curieusement le Livre blanc reste silencieux sur l’énergie thermique.
Pourquoi ?
Mariangels PEREZ LATORRE
Les organisateurs du colloque ont même dit que l’énergie thermique était
orpheline.
Le Livre blanc comprend 4 volets :
l’électricité renouvelable
;
la fiscalité notamment les mesures favorables aux biocarburants ;
une
nouvelle initiative pour la biomasse ;
des propositions pour le bâtiment et
le secteur de la construction urbaine.
Le premier volet fait l’objet de la
Directive.
Plusieurs autres Directives sont en cours d’élaboration. Un
premier rapport sur la mise en œuvre du Livre blanc devrait paraître sous la
présidence française de l’Union européenne.
Par ailleurs, l’énergie
thermique est incluse dans plusieurs règlements européens. Le nouveau règlement
des FEDER place l’environnement, l’emploi et les énergies renouvelables dans
leurs priorités. Le règlement du FEOGA est favorable à la biomasse. La
Commission a également proposé une révision de la Directive Save plus favorable
aux énergies renouvelables dans le Livre blanc.
Plus généralement, toutes
les politiques communautaires doivent agir en faveur de l’environnement comme en
témoigne la notion de construction durable.
Certains aspects touchant aux
énergies renouvelables et notamment à la biomasse seront traités dans
différentes Directives.
En conclusion, l’énergie thermique n’est pas
orpheline, mais ses parents adoptifs se font un peu attendre parce que les
démarches administratives sont longues.
Conclusion
Michel MOUSEL
président de la MIES
Certains points m’ont apparu mériter des précisions.
Le programme
français “ effet de serre ” prévoit essentiellement de mener des efforts de
réduction des consommations d’énergie jusqu’en 2012.
Les périodes suivantes
seront plus difficiles notamment pour la France. Nous devrons effectuer des
choix entre les principales filières d’énergies (filières classiques, nucléaire,
renouvelables) et les efforts d’économie d’énergie à réaliser.
Nous avons
fait des arbitrages partiels en réduisant la part des énergies anciennes comme
le charbon et en augmentant la part des renouvelables. 1 million de tonne
équivalent carbone a ainsi été économisé. Nous devons encore renforcer notre
effort pour développer l’énergie éolienne et la biomasse.
Pour atteindre
l’objectif fixé à Kyoto, nous avons introduit un changement d’offre structurelle
en changeant le prix de la tonne de carbone de référence et le mode de transport
urbain.
La volonté du gouvernement français soulignée par le Premier
ministre est d’investir pour l’avenir. Nous ne nous limitons pas aux objectifs
de 2012, mais nous voulons faire face aux exigences de long terme. Si nous ne
mobilisons pas des moyens au-delà des objectifs, nous n’y parviendrons pas.
La France est favorable à la mise en place d’une taxation particulière de
l’énergie au niveau européen.
Cette Directive est tout à fait nécessaire
pour l’avenir. Sa mise en place doit permettre de résoudre le problème des prix
relatifs de l’énergie et d’assurer des conditions concurrentielles de marché. Il
s’agit également de mobiliser les professionnels et les acteurs.
En
conclusion, nous sommes à la recherche difficile d’un processus dans lequel nous
pouvons combiner de manière positive les exigences de la maîtrise des énergies
fossiles et du développement des pays du Tiers-Monde. Les énergies renouvelables
sont un moyen de trouver les conditions de cette combinaison. Cet enjeu
considérable doit être pris en compte par tous les acteurs.
* * *
Le
Marché mondial des Energies Renouvelables
Roland BARTHEZ, directeur général de TOTAL ENERGIE
Jean-Louis BAL, sous
directeur chargé des énergies renouvelables ADEME
Boris BERKOVSKI,
secrétaire général de la Commission Solaire Mondiale
Edgar BLAUSTEIN,
Energie 21
Michel de FABIANI, président Europe du groupe BPAmoco
ROBERT
de FRANCLIEU, directeur commercial de PHOTOWATT
Catherine GARRETA,
responsable du Fonds Français pour l’Environnement Mondial
Erik GUIGNARD,
délégué général du SER
Frédéric HUG, directeur Recherche- développement et
Marketing Stratégique ELYO
Alain LIEBARD, président de la FEM
Rick
SELLERS, chef de service Energies renouvelables de l’Agence Internationale de
l’Energie
François ROUSSELY, président d’EDF, préside la séance. Alain
WEILLER, journaliste, anime la table-ronde.
I. Le développement des énergies renouvelables dans les pays en voie de
développement
Erik GUIGNARD
Je voudrais simplement me faire le porte-parole des pays en voie de
développement en matière d’énergies et notamment de sources d’énergies
renouvelables.
Les besoins énergétiques de ces pays sont de plus en plus
élevés : ils doivent, en effet, faire face à la croissance de leurs populations,
aux besoins de leur développement économique, enfin à la forte augmentation de
l’intensité énergétique notamment due à l’urbanisation.
Par ailleurs, il
faut noter la persistance de sites isolés qui concernent près de 2 milliards de
personnes dans le monde.
Enfin, la solvabilité et la capacité
d’investissement de ces pays sont insuffisantes pour permettre le développement
de sources d'énergie électrique centralisées demandant par exemple la
construction onéreuse de réseaux de transports.
Dans ce contexte, il est
donc nécessaire de développer les ressources locales de préférence respectueuses
de l'environnement, de pouvoir disposer de sources autonomes, notamment
photovoltaïques, performantes pour répondre aux besoins des populations
notamment en site isolé, ainsi, lorsque les ressources locales sont
insuffisantes, de pouvoir s'approvisionner en hydrocarbures à des prix
suffisamment bas pour favoriser leur développement économique.
Ainsi
toujours du point de vue des pays en développement; les pays de l’OCDE mener des
politiques énergétiques conduisant à peser le moins possible sur les
ressources ou sur les prix des ressources fossiles, ce qui implique clairement
le développement, à l'échelon planétaire, des énergies renouvelables.
Il faut également aider à ce développement. Quel est le bilan des actions des Organisation non gouvernementales dans ce domaine ?
1. Le rôle clé des ONG de développement
Alain LIEBARD
La route est longue parce que les acteurs de terrain ont du mal à mettre en
œuvre les projets. Les ONG de développement n’existent que de façon très
embryonnaire en France contrairement aux pays nordiques. Il existe des fonds
financiers spécifiques notamment au niveau communautaire.
La Fondation
Énergie pour le Monde, reconnue d’utilité publique depuis 1990, travaille à
l’accès des populations rurales des pays du sud estimées à 2 milliards de
personnes aux sources d’énergies.
Les externalités autres qu’énergétiques
doivent absolument être prises en compte dans les choix énergétiques.
L’investissement nécessaire pour maintenir les populations rurales sur les lieux
de production en améliorant leurs conditions de vie trouve ici toute sa réalité.
L’accès aux sources d’énergies permet à la fois de limiter la croissance
anarchique des villes mais aussi l’émigration des populations concernées vers
nos pays.
À notre niveau, nous agissons en tant que maître d’ouvrage délégué
sur la base d’accords conclus avec les collectivités locales des pays du sud.
Nous proposons ces programmes de développement à différents bailleurs de fonds,
partenaires français ou internationaux. La Commission européenne a mis en place
un guichet spécifique réservé aux ONG de développement. Nous menons
notamment des études de maîtrise d’œuvre, nous réalisons les appels d’offre,
nous procédons aux contrôles des installations.
Les ONG ont un rôle clé à
jouer aux cotés des grands partenaires énergéticiens, des industriels et des
bureaux d’étude pour favoriser le développement des énergies renouvelables dans
les pays du sud notamment par le système de compensation précédemment évoqué.
Les industriels européens vont très rapidement atteindre les limites des
réductions possibles des émissions de carbone. Ils peuvent donc trouver un
intérêt à investir dans un fonds carbone destiné à financer l’installation
d’énergies propres dans les pays du sud et donc à prendre en charge les
externalités non énergétiques de la production d’énergie. Ce système créera un
maillage au niveau mondial où tous les partenaires trouveront leur intérêt.
Nous venons de recevoir un agrément pour deux programmes en Asie et dans
l’Océan indien adoptés dans le cadre de la mise en œuvre conjointe. Nous
essayons donc de maîtriser ces mécanismes permettant de quantifier les tonnes de
carbone évitées dans les pays du sud pour à terme faire financer ces projets par
les pays du nord.
2. Les engagements des gouvernements
Boris BERKOVSKI
Un certain nombre de chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à
soutenir le développement des énergies renouvelables à grande échelle. En tant
que secrétaire général de la Commission Solaire Mondiale, j’ai été
particulièrement attentif à la volonté affichée dans ce domaine par le Premier
ministre ce matin.
La Commission Solaire Mondiale a déjà réussi à lancer un
programme d’information des décideurs de plus haut niveau. Nous incitons
également au développement de la formation dans ce domaine.
Plus de 600
projets internationaux sont mis en œuvre par les pays ayant fait de ce sujet une
priorité. Les gouvernements sont invités à organiser les forums réunissant les
opérateurs pour définir les meilleurs mécanismes de financements de ces projets.
Je souhaiterais qu’ils travaillent en collaboration directe avec le secteur
privé et les ONG et que ce colloque soit l’occasion de favoriser ces échanges
d’expériences mondiales.
3. L’électrification rurale décentralisée
Roland BARTHEZ
L’électrification rurale décentralisée améliore considérablement le confort
et la qualité de vie de la population. Les systèmes photovoltaïques permettent,
en effet, de donner de l’eau ou de l’électricité à certaines populations des
pays en voie de développement qui en étaient privées.
Peu d’équipements
techniques sont nécessaires pour changer la vie de ces populations que ce soit
dans le domaine du pompage, des télécommunications ou de l’éducation. Le
photovoltaïque peut y apporter donc un service primordial.
La fiabilité et
l’efficacité technique de ces énergies ne posent pas de problème. Mais le
développement de ces énergies se heurte à la barrière de la taille critique
permettant de mettre en place une organisation, une maintenance et une
exploitation satisfaisante de ces équipements. Les pompes solaires sont
installées dans des villages dispersés et souvent isolés et requièrent une
maintenance minimale.
Le schéma de financement de ces opérations est
également problématique. Pour financer la maintenance et permettre l’accès de
ces populations peu solvables aux sources d’énergie, il faut assurer des
opérations de micro-crédit.
Dans les DOM-TOM, il n'y a pas lieu d'opposer
l’électrification décentralisée des sites isolés et la connexion au réseau.
II. Le rôle des industriels
1. Les énergies renouvelables en
zone urbaine et périurbaine
Frédéric HUG
Suez Lyonnaise des Eaux exerce une activité internationale dans le domaine
des services collectifs et de l’industrie. ELYO, son pôle énergie, est plus
particulièrement chargé de la distribution d'énergie et de la production
associée.
Les énergies renouvelables ne se limitent pas aux zones rurales,
mais peuvent également être utilisées dans les villes et par les industriels.
Nous conjuguons donc service et énergie, thermique et électricité.
Malgré
notre forte présence en France et en Belgique, nous avons une activité marginale
en matière d’énergie renouvelables qui ne représentent 10 à 15 % de notre
production totale.
Afin de soutenir ce développement, je souhaite m’associer
à la stratégie préconisée ce matin. Je souscris au système due tarifs affichés a
priori. J’ajoute que les investissements nécessaires sont limités. L’Allemagne
prévoit de dépenser 1 milliard de francs par an pendant les 5 premières années
puis 2 milliards à partir de 2010 au développement des énergies renouvelables.
Ces sommes doivent être relativisées par les mesures fiscales dans le domaine de
l’énergie ou par la baisse des prix de l’électricité. Par ailleurs, les
certificats verts permettent de découpler le prix de l’énergie de celui de
l’apport de l’énergie verte. C’est pourquoi les industriels sont très favorables
à ce mécanisme. Il permet aussi d’intégrer l’énergie thermique par simple
équivalence.
Si nous obtenions un prix de 55-60 centimes au kilowatt/heure,
nous aurions encore beaucoup d’efforts à réaliser. Nous sommes capables de
relever ce défi. Notre principal objectif concerne l’accès au réseau d’une
énergie décentralisée, ce qui nécessite une réorganisation profonde de
l’industrie électrique en France et dans le monde. La fixation de ce prix
permettra de nous mobiliser et de libérer les énergies qui sont également
renouvelables mais qui à force pourraient finir par s’épuiser. Au lieu de se
battre contre des moulins à vent, il faudrait en construire un peu plus.
2. Un choix économiquement viable et pertinent à terme
Michel de
FABIANI
Les industriels doivent faire des choix économiquement viables à long terme.
Notre groupe largement impliqué dans le pétrole, le gaz, l’énergie, a également
fait le choix du photovoltaïque. L’avenir énergétique nous a conduit à ce choix.
C’est une énergie universelle, propre et légère. Ses coûts ont été réduits par 8
depuis 20 ans. Nous en sommes le premier producteur mondial avec 20 % du marché.
Ce marché comporte actuellement peu de producteurs.
Cette baisse des coûts
est due à plusieurs facteurs :
la hausse de la production ;
3. La compétition industrielle