L'année 1970 marque un tournant important parce qu'elle est aux Etats-Unis celle du Earth Day le 22 avril : en un formidable raz de marée unanime 20 millions d'Américains se
mobilisent ce jour-là sur les thèmes écologiques et environnementaux. C'est
aussi l'année où par exemple,Ralph Nader , l'avocat des
consuméristes américains, publie les rapports de son groupe d'étude sur la
pollution de l'air dans les grandes villes. Cette prise de conscience
cristallise la naissance du mouvement écologique moderne, du moins dans l'une de
ses phases, nord- américaine et occidentale.
Pendant ce temps-la, la même année, l'Europe se mobilisait elle aussi pour l'Année européenne de la nature(ou European Conservation Year, en anglais) sous l'égide du très actif Conseil de l'Europe. Beaucoup de choses sont nées à ce moment-la: l'intérêt de la presse écrite et audiovisuelle, la sensibilisation du grand public et des publics professionnels à la destruction de la nature, la création d'associations nouvelles ou plus puissantes que dans le passé, la naissance de mouvements contestataires ou de critique de la science et de la technologie modernes.
Ce n'est pas un hasard si à la base du mouvement écologique naissant on trouve nombre de gens impliqués dans la démarche communautaire, dans la création de communautés autonomes rurales.
C'est que ces deux idées - écologie et
communauté - se retrouvent et convergent vers le retour à la terre. En effet les
communautés se sont souvent engagées pour la mise en pratique de l'agriculture biologique et des technologies "douces" ou "alternatives".
En vérité, au moment où les Etats-Unis, avec leur avance permanente, s'inquiètent toujours davantage des conséquences du progrès technologique (depuis les pesticides jusqu'à l'avion supersonique commercial en projet pour concurrencer le Concorde franco-britannique) les Européens eux s'interrogent pour savoir comment accroître chez eux le rythme de l'innovation technique.
Bien sûr l'on commence de plus en plus à parler de la "crise de l'environnement", mais sans toujours savoir réellement de quoi il s'agit. C'est alors qu'apparaît ce que certains ont appelé le naturalisme technocratique ou néo naturalisme: naturalisme parce qu'il reprend certains thèmes naturalistes, technocratique parce qu'il propose des solutions essentiellement techniques, réalisables avec l'aide des gouvernements en place et des infrastructures industrielles existantes.
Avec, dès 1971, le développement de l'industrie antipollution et l'utilisation de la nature dans la publicité (immobilière, ménagère, alimentaire, etc.) on parle déjà de "récupération" de l'écologie.