L'idée de Défense de la Nature N'est Pas Neuve



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Rappeler quels ont été les pionniers de l'écologie c'est montrer que désormais les sciences, la protection et la philosophie de la nature sont étroitement liées.

Nous ne remonterons pas ici à Thoutmosis d'Egypte qui, vers 1500 avant J.-C., inscrivait à Karnak la liste des animaux et des plantes qu'il rapportait de ses conquêtes syriennes en vue de leur acclimatation et de leur protection. La lutte pour la protection internationale de la nature a son origine dans les paroles et les écrits de deux hommes, le Dr. Paul Sarasin(Bâle) et le Dr. William Hornaday(New-York), qui ont dépensé une énergie infatigable.
 

  L'ouvrage de Hornaday "Our Vanishing Wild Life" et les interventions de Sarasin aux congrès internationaux de Graz (1910), Leipzig (1912), Berne (1913) et Paris (1923) doivent être rappelés ici comme des oeuvres de pionniers. Depuis le début du XXe siècle, le mouvement conservationniste (ou écologique, ou environnementaliste) s'est considérablement étendu par la diversité et le nombre de pays, de professions et de peuples concernés.

  Pendant longtemps, dans la plupart des pays, les seules tentatives pour la protection de la nature ont été de convoquer des conférences, de créer des réserves naturelles et des parcs nationaux et de réformer les lois sur la chasse. Maintenant prévalent des conceptions plus globales et multiprofessionnelles de la gestion des ressources et du territoire ou les enjeux sont aussi beaucoup plus grands que jadis: les environnementalistes bloquent des barrages, des centrales nucléaires et des projets d'autoroutes. Si la conservation de la nature, des paysages et des espèces  vivantes reste au centre de la problématique de l'environnement, celle-ci s'est considérablement complexifiée. Et l'écologisme, ou le mouvement vert déborde le cadre strict de la protection de l'environnement pour inclure d'autres thèmes culturels et sociaux.

  Il y a encore une trentaine d'années, ces problèmes ne concernaient qu'une poignée de spécialistes.

  Aujourd'hui, politiciens, économistes, écologistes, enseignants, journalistes, élus locaux, dirigeants d'entreprises, ou simples citoyens se trouvent quotidiennement confrontés à l'actualité des menaces sur l'environnement. Si désormais la conservation de la nature est devenue professionnelle, il faut encore qu'on la reconnaisse universellement comme un outil essentiel du développement durable.

  Une série déjà longue de catastrophes industrielles ont eu de graves répercussions sur la santé et la sécurité publiques et ont largement contribué à la prise de conscience des problèmes d'environnement, nécessitant l'adoption de nouvelles politiques administratives.

  Nous croyons que le monde vit aujourd'hui une époque charnière. Si depuis de nombreuses années les écologistes crient, gueulent, menacent, et tempêtent contre la société de consommation, les machines gouvernementales et industrielles ne semblent réagir positivement que depuis peu. Certes leurs premières mesures en faveur de la nature sont encore timides mais elles n'opposent plus un ricanement méprisant aux revendications des Verts, elles sentent le vent tourner.

  Derrière chaque événement des années 70 et 80, nous sentons les prémices d'un mouvement irréversible qui portera avant l'an 2000 les écologistes au premier plan de la scène mondiale.

  S'il ne fallait retenir qu'un seul indice, les pourcentages aux élections manifestent la force grandissante des mouvements écologiques: ils préparent la civilisation du XXIe siècle. En face d'eux, les résistances sont encore fortes: Les mass médias qui avalisent une certaine gestion technocratique de l'environnement tendent à nous faire oublier... la nature, si paradoxal que ce soit ! Au service des idéologies encore dominantes, les mass médias nous rendent amnésiques de notre passé, oublieux de notre histoire culturelle. C'est pourquoi nos contemporains, et en particulier les hommes politiques, ignorent ou sous-estiment l'ancienneté et la multiplicité des mouvements écologiques. Cette méconnaissance d'ailleurs pousse parfois les nouveaux militants à reléguer aux oubliettes les précurseurs, avec une totale désinvolture.

  Les efforts pour sauver la Terre soudent des millions de militants dans une solidarité internationale des plus fortes qui soient (comme peuvent l'être l'aide humanitaire ou les rencontres musicales). Nous assistons donc à l'émergence d'un réseau international pour la protection de l'environnement mondial, à une conscience croissante des interrelations entre l'environnement, les ressources naturelles , la démographie, le développement, l'économie et la politique..

  Voilà pourquoi cette chronologie nous semble d'un intérêt capital. Derrière elle se cache une transformation radicale de nos sociétés occidentales comme du tiers monde. Son but est de donner au lecteur les repères nécessaires de la prise de conscience écologique et les étapes d'un mouvement d'une ampleur irrésistible. Toutefois, les fins dernières et les ressorts profonds de l'écologisme dépassent encore et de loin la plupart des écologistes qui n'ont pas la conscience critique de leur histoire et de leur engagement militant. Tant il est vrai que la révolution écologique est aussi une révolution spirituelle...