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Personne ne criera victoire à l'issue de la conférence de Buenos Aires. Au mieux, les 160 pays présents s'accorderont sur un calendrier de deux ans destiné à mettre en oeuvre ce qui n'a pas pu l'être lors des deux semaines écoulées. Piètre résultat pour une négociation entamée en 1992. Pour la plupart des négociateurs, différer les décisions d'un an ou deux n'aura pas d'incidence sur l'évolution planétaire du climat. Pas grave, mais décourageant...
De façon plus aiguë qu'à Kyoto en décembre 1997, où les négociations avaient failli échouer à cause de la réticence des Etats-Unis à diminuer leurs propres émissions de polluants, la confrontation Nord-Sud a dominé les débats de Buenos Aires. L'intransigeance des deux camps (pays industrialisés astreints à des réductions drastiques de leurs émissions contre pays en développement exemptés d'efforts) a atteint un paroxysme en Argentine. Seule note apparente d'optimisme : jeudi, les Etats-Unis ont enfin signé le protocole de Kyoto, selon lequel les pays industrialisés s'engagent à réduire globalement d'ici à 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport au niveau de 1990. 57 Etats avaient déjà paraphé l'accord, mais les deux principaux émetteurs mondiaux de CO2, les USA et la Russie, s'y refusaient. Le «droit à polluer» : Le refus de la Russie n'a aucune explication, d'autant que le protocole lui concède une stabilisation de ses émissions. De leur côté, les Américains, «condamnés», selon l'accord japonais, à réduire leurs gaz de 7 %, n'en démordaient pas : tant que les pays en développement n'accepteraient pas de diminuer leurs émissions, ils ne bougeraient pas. Autre condition : pouvoir acheter sans aucun plafond les «droits à polluer» des pays moins émetteurs, histoire de réaliser à moindre coût les diminutions d'émissions. Durant un an, l'Union européenne a tenu bon : sans refuser le principe de ces «permis négociables», elle s'obstinait à réclamer un minimum d'efforts à l'intérieur du pays concerné. Les pays pauvres, eux, emmenés par la Chine et l'Inde, campaient et campent toujours sur leurs positions : pas question de dédouaner les riches de leur énorme responsabilité dans l'accroissement de l'effet de serre. Or, jeudi, les Etats-Unis ont signé. L'ont-ils fait pour débloquer des discussions quasiment enlisées depuis le début de la conférence ? Ou parce que l'Argentine et le Kazakhstan, pays en développement, ont pris l'initiative de participer à l'effort de réduction alors que rien ne les y obligeait ? L'ont-ils fait parce que le principe des «mécanismes de flexibilité» (dont les fameux permis négociables) semblait poser de moins en moins de problème de conscience aux Européens, devenus pragmatiques ? Protocole inapplicable : Pour toutes ces raisons, bien sûr, les représentants démocrates du gouvernement américain ont signé le protocole. Tout en sachant, et en le faisant savoir, que le Congrès des Etats-Unis, à majorité républicaine, refuserait de le ratifier dans les conditions actuelles. En clair, signer n'engage à rien, d'autant moins qu'il est définitivement acquis que la Chine, dont les émissions augmentent de façon vertigineuse (+33 % depuis 1990), ne cédera pas d'un pouce, justifiant ainsi la future non-ratification des Etats-Unis. Or, si ces derniers (premiers pollueurs au monde) et la Russie (troisième après la Chine, qui n'est astreinte à aucune diminution) ne ratifient pas le protocole, celui-ci aura beau l'avoir été par presque tous les pays du monde, il ne pourra pas s'appliquer. Parce qu'il n'entrera en vigueur que lorsque 55 pays, représentant 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l'auront ratifié. On n'en prend pas le chemin. Il n'empêche que la signature de Buenos Aires est une bonne opération politique pour les Américains. Ils ont soigneusement choisi leur moment, contrairement à l'Europe par exemple, qui l'a signé en avril dans l'indifférence générale d'un entre-deux-conférences mondiales. Pour autant, le paraphe américain a la même valeur que les autres : tous signifient : «Oui, un jour, peut-être...». |