L'Enseignement de l'Ecologie en France
Depuis plus d'un an, à l'initiative du Conseil, et sous la direction de Denise BELLAN-SANTINI, un groupe de travail a fonctionné sur ce problème. Ses premières conclusions font apparaître un bilan désastreux de notre discipline à tous les niveaux de l'enseignement, il est donc apparu nécessaire au Conseil d'organiser un Colloque sur 2 jours pour dresser ce bilan et faire des propositions aux autorités de tutelle pour la sauvegarde de notre discipline à travers la rédaction d'un "livre blanc". Cette situation est d'autant plus préoccupante que de plus en plus les pouvoirs publics font appel aux écologues: inventaires ZNIEFF, directive habitats, inventaire ZICO, études d'impact, inventaire de notre patrimoine naturel (parcs naturels régionaux, réserves naturels, parcs nationaux,...), préservation et gestion des milieux naturels (zones humides,...DSAGE). Cette série de conférences a pour but de lancer la reflexion au sein de la société en vue de décider si la tenue ou non de ce colloque et de la rédaction du livre blanc paraissent nécessaires aux membres de la SFE.
Conférence introductive
L'écologie au CNRS
L'écologie dans l'enseignement secondaire
Les besoins en écologie
François RAMADE rappelle qu'il a maintenant 41 années d'expériences dans le domaine de l'écologie. Il constate que l'enseignement de l'écologie s'est développée beaucoup plus tard dans notre pays que dans les pays anglo-saxons: aux Etats-Unis, la première chaire d'écologie a été créée vers 1903-1905, en Grande-Bretagne le premier enseignement est celui d'ELTON à Oxford en 1920, en Allemagne de même vers les années 1920 se développe celui de KUNHELT, en Scandinavie vers les années 1920 un enseignement d'écologie très orienté vers la biogéographie se développe. La situation française est tout à fait différente puisque la première chaire d'écologie fut créée au Muséum en 1956 (chaire d'écologie et de protection de la nature), à l'université au sens strict, le premier certificat d'écologie fut créé par le professeur LEMEE en 1962 à Orsay (C4 d'écologie), à peu près à la même époque le professeur GRASSE créait le DEA d'écologie, vers 1963-1964, dont le professeur LAMOTTE en assurera la direction. L'enseignement d'écologie en France fut donc reconnu en tant que tel dans les années 1960 et il faudra attendre le début des années 1970 pour que des postes soient créés dans l'université. Dans les autres ordres d'enseignement, le retard sera encore plus considérable pour l'enseignement de l'écologie, alors que, dans un pays comme la Suède, par exemple, I'écologie est enseigné dans le primaire et dans le secondaire depuis les années 1940. La situation actuelle est très préoccupante, voire catastrophique. Dans le secondaire, le retard est évident (voir le rapport de Françoise ATHIAS-BINCHE). Au niveau enseignement supérieur, la situation est peu reluisante, les programmes de premier cycle sont quasi strictement réductionnistes, pas d'enseignement d'écologie en général. En second cycle, par exemple sur Orsay, pour les étudiants de la maîtrise de biologie, I'enseignement de la biocl-imie est obligatoire alors que celui d'écologie est facultatif et cet exemple est à peu près la situation générale en France. L'écologie apparait comme une discipline dont l'enseignement est accessoire à l'exception des maîtrises d'écologie, alors que par nature l'enseignement des processus écologiques est complémentaire des aspects biologiques et biochimiques.
Dans les 3èmes cycles, deux types de formation: les DEA et les DESS. En 1984 une révision draconiennes des 3èmes cycles a été faite, le nombre de DEA d'écologie a été considéré comme trop élevé et une suppression "quasi stalinienne" a été faite, le nombre de DEA passant de 16/17 à 5/6. Paradoxalement, il y a un besoin; or ayant un nombre limité de DEA, le tronc commun a été compressé à un horaire faible, insuffisant pour que les étudiants reçoivent le supplément de formation nécessaire pour avoir le niveau requis au niveau théorique. Lorsque l'on compare le tronc commun de nos DEA d'écologie à ce qui est la formation d'un Master aux Etats-Unis, on constate que le tronc commun à ce niveau est bien supérieur à nos DEA. D'autre part dans la conception actuelle de nos DEA, on ne répond plus qu'aux besoins de la recherche publique, mais il y a bien d'autres besoins, en particulier ceux de la société civile. Pour les DESS, plus récents, il ne faut pas confondre le secteur environnement et le secteur écologie. Une trentaine de DESS s'occupent des sciences environnementales mais le nombre de formations s'occupant plus particulièrement d'écologie est beaucoup plus restreint. Le défaut des DESS est que leurs propos sont soit trop spécialisés dans le domaine de l'écologie appliquée, soit au contraire trop généraux pour pouvoir donner une formation en écologie fondamentale aux étudiants qui puissent les rendre compétitifs.
En conclusion, I'écologie n'est pas assez introduite dans le second cycle (et le premier cycle) pour que les formations de troisième cycle puissent s'appuyer sur cette base pour développer une formation de haut niveau, soit en écologie fondamentale et théorique, soit en écologie appliquée.
Denise BELLAN-SANTINI, responsable du groupe de travail: les premiers bilans du groupe de travail sont bien ceux que François RAMADE vient d'exposer. Notre Société doit donc dresser un bilan exhaustif de l'état des lieux et l'exposer dans un livre blanc avec nos propositions et nos solutions. Le but de notre réunion de cette après midi est donc de faire un premier bilan de nos travaux et de dégager un groupe de 5 ou 6 personnes qui s'investiront dans la réalisation de ce livre blanc dont le contenu sera validé au cours d'un colloque en 1997. Ensuite ce livre blanc devra recevoir le maximum de diffusion: autorités compétentes, scientifiques, éducateurs....
Représentant des universitaires au C.N. du CNRS depuis 2 ans. Trois sections du comité national (sur 40 sections) s'occupent d'écologie en sens large (section 30 la plus importante mais aussi la section 12 et la section 31). Au sein de la section 30, les thématiques sont: génétique et évolution (plasticité du génome, génétique des populations, données paléontologiques), les interactions durables (de l'écophysiologie à l'écoéthologie), les processus de fonctionnement dans les écosystèmes, biologie de la conservation, développement des méthodes et techniques nouvelles de l'écologie moderne. A travers ces titres, les champs de l'écologie dépassent très largement, le champ de notre société, nos limites d'investigation correspond-t-elle au monde actuel de la science?
En 1996, 27 unités du CNRS pouvaient être classées dans le secteur de l'écologie. De plus, il y a eu le développement du programme interdisciplinaire: Environnement/vie/société. En ce qui concerne les recrutements et les promotions dans la section 30, en 1996, 6 postes de CR2, 2 postes de CRl et 3 postes de DR2 ont été créés, ce qui en comparaison des autres sections n'est pas un mauvais bilan. Pour 1997, les prévisions sont sont de 4+2 CR mais pour les directeurs ? Le passage de DR2 à DR I est très problématique, en 1996 un et un autre en négociation avec la section 12, mais cela est catastrophique vu le nombre de DR2 existants. Le CNRS ne néglige donc pas l'écologie, et l'aborde d'une façon beaucoup plus large que nous le faisons au sein de la société. Par contre, il est évident qu'il y a un manque important dans le domaine de l'écologie appliquée et notamment en écotoxicologie.
Notre collègue s'est livré à une analyse détaillée des ouvrages de sciences naturelles du secondaire, analyse qui paraîtra dans la prochaine lettre et sera un des éléments forts du livre blanc. Pour résumer: de la 3ème à la terminale, 1/3 des sujets évoqués relèvent de l'écologie, les 2/3 de la biologie moléculaire et de la physiologie. Mais le mot écologie lui même n'apparait pas dans les livres de lère et de terminale (de même qu'en 6ème).
Dans son intervention, Hervé MAURIN a dressé un inventaire des principaux besoins dans le domaine de l'écologie et de la gestion de la biodiversité au plan local, régional et national d'une part, et au plan européen et mondial d'autre part.
Au plan national, citons :
pour les administrations de l'environnement: conception et coordination des programmes nationaux d'inventaires d'espèces et d'espaces, organisation de la validation scientifique des données collectées, participation à des comités scientifiques et techniques divers, participation à des conseils scientifiques ou d'administration des organismes gestionnaires ou utilisateurs du patrimoine naturel, expertise ponctuelle sur l'évaluation des schémas nationaux d'aménagements, chantiers divers...
autres besoins: production d'états de références nationaux sur la composition qualitative et quantitative ainsi que sur la localisation de la biodiversité, formation universitaire, formation des ingénieurs et des techniciens, formation permanente, information écrite et orale des médias.
pour les administrations de l'environnement: relais des besoins_nationaux et réponse aux besoins régionaux spécifiques, expertise et évaluation dans le cadre des CSRPN, CDCFS et autres commissions, participation aux conseils scientifiques des espaces protégés, des conservatoires botaniques, des PNR,..., expertise ponctuelle sur l'impact régional et local des aménagements régionaux ou locaux.
autres besoins: production d'états de références régionaux sur la composition qualitative et quantitative ainsi que sur la localisation de la biodiversité, formation universitaire, formation des ingénieurs et des techniciens, formation permanente, formation des agents de l'état et des collectivités territoriales, information écrite et orale des collectivités territoriales.
pour les administrations de l'environnement: appui scientifique permanent du Ministère de l'Environnement dans le cadre de l'application des textes communautaires, expertises ponctuelles dans le cadre de l'application des conventions internationales, responsabilités particulières pour le compte de l'Agence Européenne de l'Environnement.
autres besoins: productions d'états de référence validés sur la biodiversité, accueil de chercheurs et équipes scientifiques, transmission de savoir faire et formation dans le cadre de programmes de coopération.