Mesures Technologiques
Dossier de François Ploye
|
Dans le débat sur l'effet de serre, un point crucial est traité de manière abrupte et parfois violente. Dans quelle mesure est-il souhaitable de diminuer fortement la consommation énergétique quitte à toucher à la qualité de la vie et à la sacro-sainte croissance économique ? Mais l'idée, même chez les écologistes, n'est plus de toucher à la qualité de vie. Un certain nombre d'améliorations technologiques peuvent être mises en oeuvre afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre et ceci sans toucher au niveau de vie. L'agriculture industrielle doit évidemment être repensée, non seulement parcequ'elle est, dans les pays développés, gaspilleuse d'énergie (pétrole ou engrais) mais aussi parcequ'elle joue un rôle important dans l'aménagement du territoire. La gestion intelligente des forêts constitue un autre volet crucial de la maîtrise du territoire en particulier dans les pays en voie de développement dont les ravages de la déforestation constituent la première émission de gaz à effet de serre. Enfin, les océans jouent un rôle primordial mais encore imparfaitement connu dans l'émission de gaz à effet de serre. L'habitat peut lui aussi être repensé en conciliant les savoirs traditionnels et les découvertes modernes. Les transports, eux, sont la première cause de croissance des émissions de gaz à effet de serre dans les pays riches. Inverser cette évolution est un défi de premier ordre, urgent mais complexe. Enfin, l'industrie a vu ses émissions se stabiliser dans les pays riches mais la question de la politique énergétique est inséparable des réflexions sur l'émission de gaz à effet de serre d'origine humaine. En particulier, le rôle que peut y jouer l'énergie nucléaire, faible émettrice de gaz mais rejetée par de nombreux pays, est un sujet de discorde. Mais la technique ne peut suffire à diminuer les émissions de gaz à effet de serre sans une évolution concomitante des mentalités, des modes de consommation et de l'organisation de la société. Les voitures n'ont ainsi jamais été potentiellement aussi économes. Mais comme les citoyens des pays riches recherchent des véhicules puissants et rapides, que les embouteillages ne favorisent pas les économies et que le nombre de voitures par foyer et le nombre de kilomètres parcourus par ces voitures n'ont jamais été aussi grands, la consommation d'essence par habitant continue d'augmenter rapidement dans les pays développés. Le saut technologique qui permettrait de compenser l'effet pervers de la croissance de la consommation existe mais il faut tenir compte du délai nécessaire pour qu'une technique, aussi prometteuse soit-elle, se diffuse à grande échelle. Car il faut mettre en place les structures de fabrication (construire les usines), s'insérer dans les circuits de distribution et se faire connaître auprès des clients. Là encore, la volonté politique, relayée par l'implication des citoyens, peut permettre d'accélérer cette diffusion. En parcourant les différents domaines de l'activité humaine, on s'aperçoit que les résistances au changement sont multiples : par le coût prohibitif du renouvellement de l'existant (industries lourdes et habitat), par l'existence d'autres problèmes d'environnement ou de sécurité (nucléaire, énergie hydraulique), par des modes de vie conservateurs (transports) ou par la compétition internationale qui freine les transferts de technologie en direction des pays en voie de développement qui seront les pollueurs de demain... |
|