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Rapport des citoyens : "changements climatiques et citoyenneté"
Intro changements climatiques





Diversité des acteurs


Changement Climatique
Si le grand public est ainsi globalement assez indifférent devant les menaces potentielles engendrées par l'effet de serre, en revanche les scientifiques, les économistes, les politiques et les représentants d'ONG s'affrontent sur le sujet en plusieurs communautés opposées. Dans le camp de ceux qui cherchent à faire croire que le risque climatique n'est pas suffisamment avéré pour nécessiter de prendre des mesures de précaution, les plus farouches et les plus riches sont évidemment ceux dont les intérêts sont directement menacés comme les milieux énergétiques américains (pétrole, charbon) qui veulent rentabiliser les milliards de dollars immobilisés pour des décennies en matériel et en usines. Une association, le Global Climate Coalition (GCC), qui regroupe 230 000 entreprises américaines (électricité, pétrole, charbon, transports, etc...), investit des millions de dollars dans la communication et le lobbying afin de persuader les hommes politiques et l'opinion publique qu'une réduction de la consommation énergétique freinerait fortement la croissance mondiale entraînant de nombreuses pertes d'emploi. Le GCC envoie plusieurs centaines de représentants lors des grandes conférences internationales.  En pratiquant une "désinformation systématique", les grands groupes pétroliers ont persuadé l'opinion politique américaine que le risque climatique n'était pas encore avéré, donc ne devrait pas être pris en compte.

Se rattachent aussi à cette vision les économistes et les politiques qui comptent sur la croissance économique comme remède à tous les maux et qui, reliant la croissance à la consommation, craignent que les mesures prises pour lutter contre l'augmentation des gaz à effet de serre entraînent une récession et diminuent la compétitivité de leurs entreprises et de leur agriculture. Le Congrès américain, fervent défenseur de la croissance, des emplois américains et des lobbies énergétiques, s'oppose ainsi quasi-systématiquement à toutes les  propositions du vice-président Al Gore. Enfin on y trouve des scientifiques attachés viscéralement à la vérité scientifique tangible, issue de la réalité du terrain ou du laboratoire et qui considèrent avec irritation ces prévisions incertaines issues de modèles numériques incomplets. Haroun Tazieff était un représentant passionné de ces opposants.

Le camp de ceux qui considèrent que la prise en compte du danger de l'effet de serre fait évoluer la société humaine dans une direction nécessaire et même souhaitable, peut être divisé en plusieurs communautés aux credo très dissemblables. On y trouve évidemment les scientifiques qui ont permis la prise de conscience du danger de l'effet des serre. En France, s'est créée une association de scientifiques, "Global Chance", qui publie une revue francophone bien documentée et qui s'est donné pour objectif   "de tirer parti de la prise de conscience des menaces qui pèsent sur l'environnement global (global change) pour promouvoir les chances d'un développement mondial équilibré". Une deuxième communauté considère que la technologie occidentale va bénéficier des contraintes et des initiatives imposées par l'effet de serre et que cette nouvelle technologie, plus propre et plus économique pourra être exportée vers les pays en voie de développement, encouragée par la mise en place de permis négociables. Le lobby nucléaire est bien sûr présent activement dans ce courant mais aussi les grandes instances internationales (Banque Mondiale, CNUCED, OCDE, AIE) qui y gagnent une incitation supplémentaire pour développer le commerce international par le biais du co-développement et du transfert de technologies. On y trouve aussi maintenant présentes aux conférences internationales les compagnies d'assurance menacées de faillite par l'accroissement récent du nombre de catastrophes naturelles.

Une troisième communauté se focalise sur les rapports entre les pays industrialisés et les pays dit en développement mais en insistant sur la moralisation du politique. Les pays industrialisés ont le devoir de réparer les dommages qu'ils ont occasionné à la Terre. Le slogan est "Ce sont les pays du Nord qui ont sali le nid commun, c'est à eux qu'il revient de le nettoyer ". Ce qui implique pour les pays du Nord de mettre de côté leurs intérêts et par culpabilité d'accepter de sacrifier leur niveau de vie et de transférer gratuitement leur technologie aux pays en voie de développement. Un ardent porte-parole de ce courant éthique était René Dumont. Enfin, un dernier courant que l'on peut qualifier d'environnementaliste, met en avant la Nature et fustige le mépris et l'ingratitude des sociétés humaines envers la Terre. Dans ce courant, on retrouve la plupart des ONG qui sont regroupés à environ 250 malgré une diversité d'approche des solutions, dont Greenpeace, Friends Of the Earth... dans le Climate Action Network (CAN) afin d'être en mesure d'assurer un lobbying efficace lors des conférences internationales sur le climat.

L'utopie d'un consensus international

Loin de faire l'unanimité au sein de la communauté internationale, comme l'avait fait en son temps les mesures de restriction des fréons responsables de la destruction de la couche d'ozone, les enjeux liés à la diminution des gaz à effet de serre opposent les nations entre elles. Plusieurs coalitions de pays aux intérêts disparates sont apparues lors des conférences internationales qui se tiennent depuis une dizaine d'années sur le thème du réchauffement climatique. Les pays se divisent en deux blocs, la plupart des pays membres de l'OCDE plus les pays de l'ancien bloc soviétique (pays de l'Europe centrale, anciens membres de l'URSS, etc) d'une part, qui sont soumis à une limitation de leur réduction du fait de la pollution importante émise par habitant, et les pays en voie de développement (G77 + la Chine) d'autre part, à qui on demande une participation sur la base du volontariat. Chacun de ces blocs se divisent en plusieurs blocs :

Les pays soumis à limitation

Les émissions des pays riches représentent 75% des émissions mondiales mais ces pays ont les capacités financières et techniques, à défaut de la volonté politique, leur permettant de réduire leurs émissions.

- L'Union Européenne, qui représente des pays riches avec peu de ressources en énergie et qui parle d'une seule voix lors des conférences, s'engage fortement en faveur d'une réduction volontaire et conséquente des émissions par le biais de politiques nationales et se trouve ainsi en opposition avec les USA.

- Le JUSSCANNZ (Japon + USA + Suisse + Canada + Australie + Norvège + Nouvelle Zélande) regroupe les pays développés non membres de la Communauté Européenne. Ces pays se concertent régulièrement mais n'ont pas de position commune. Ils sont néanmoins majoritairement favorables à une mise en place des réductions dans le cadre souple d'un marché international de droits d'émission, et demandent aux gros pollueurs du Tiers-monde de participer aux engagements de limitations. Ce groupe comprend certains gros pollueurs qui refusent de baisser leur niveau de vie : USA, Australie. Ces deux pays sont à la fois producteurs de combustibles fossiles et très gros consommateurs. L'Australie est le premier exportateur de charbon avec des réserves pour trois siècles et produit aussi beaucoup de gaz et de pétrole. De plus, l'Australie utilise autant de lignite que de charbon, la lignite étant le "mauvais charbon" au rendement médiocre et à la pollution maximum.

- Les Economies en transition (EITs pour Economies in Transition) comme la Russie et l'Ukraine ont vu leurs émissions de CO2 chuter de 30% depuis 1990 à cause de l'effondrement de l'industrie. Ces pays espèrent tirer profit de la mise en place de permis négociables en vendant leurs droits à polluer au plus offrant et soutiennent donc la position des USA. Les ONG dénonce cette situation, consécutive de la mise en place d'un marché des droits d'émission, baptisée "Hot air" où une réduction involontaire des émissions d'un côté va permettre à d'autres pays d'acheter un droit de continuer à polluer. Le résultat sera un gain financier considérable pour la Russie sans aucun progrès nouveau concernant l'effet de serre.

Parmi ces blocs, certains sous-groupes présentent des caractéristiques communes.

- Les pays nucléaires qui polluent relativement peu (France, Japon) demandent une stabilisation de leurs émissions. Ainsi la France refuse les avantages acquis et est plutôt partisane de valeur cible de pollution par habitant. Le principe est de définir une valeur de référence acceptable pour tous (que l'on soit Malien ou Américain), vers lequel on tendrait et qui soit compatible avec les objectifs de réduction fixés à l'échelle mondiale. Ce mécanisme demanderait évidemment de gros efforts aux pays riches mais serait équitable et permettrait d'inclure les pays en voie de développement dans les objectifs globaux.

- Les pays d'Europe du Nord qui font partie des pays développés (donc gros pollueurs) mais qui ayant une grande conscience des problèmes écologiques, sont disposés à fournir des efforts collectifs conséquents : Pays-Bas, Allemagne, Pays Nordiques. Mais ces pays, par ailleurs, refusent la solution de l'énergie nucléaire.

Les pays en voie de développement

Les émissions de ces pays sont en progression forte (croissance démographique, industrialisation) mais leur pauvreté ne leur donne ni les moyens politiques, ni les ressources financières, ni les capacités techniques pour contrôler l'augmentation de leurs émissions. Ces pays hésitent entre l'indifférence envers le problème de l'effet de serre qui est une nouvelle invention des experts des pays riches et l'agressivité envers les pays riches qui ont pollué, c'est donc à eux de faire des efforts et qu'ils nous laissent libres de polluer pour nous développer à notre tour.

- L'AOSIS :
(Alliance of Small Island States) créée en 1994 regroupe les petits Etats insulaires qui craignent que la montée des eaux ne leur soit dévastateur. Malgré la faiblesse financière et humaine de ces membres, ce regroupement très uni joue un rôle essentiel pour promouvoir la Convention climat dans les conférences internationales.

- L'OPEP :
(Arabie Saoudite, Nigeria, Koweit, Iran, etc) dont les membres sont tributaires de leurs exportations de pétrole, demande sans succès à la communauté internationale des compensations financières en cas de politiques de restriction énergétique. L'Arabie Saoudite en particulier joue un rôle d'obstruction systématique accepté sans problème par son allié américain.

- La Chine et l'Inde :
Ces pays refusent de s'engager sur des limitations de leurs réductions. Ils viennent pour cette raison souvent en renfort de la position de l'Union Européenne qui demande à ce que les pays développés fournissent en premier lieu des efforts. Associés à la Chine et à l'Inde, les dragons asiatiques espèrent eux aussi y gagner un avantage économique quitte à attirer les usines polluantes sur leur sol. En valeur absolue de pollution par pays, la Chine est numéro 2, l'Inde numéro 5 et la Corée du Sud numéro 11. Leur croissance industrielle est donc un gros sujet de préoccupation mais si on s'attache à l'émission par habitant il est parmi les plus faibles au monde pour la Chine et l'Inde.

En l'absence d'instance internationale, cette disparité des intérêts et des volontés des différentes nations rend tributaire du bon vouloir des plus gros pollueurs la prise de décisions efficaces au niveau mondial. Grâce à la coopération de l'Allemagne, le plus gros pollueur de la Communauté Européenne aidé il est vrai par la réunification, cette dernière a pu proposer à Kyoto une réduction de ses émissions,  cumulée sur ses Etats membres de 15% à l'horizon 2010. La répartition des objectifs était de -25% pour l'Allemagne, -5% pour la France, mais de +17% pour l'Espagne et +40% pour le Portugal qui sont en retard économique. Par contre le Forum des Etats du Pacifique Sud a implosé en 1997 suite aux tensions non résolues sur le sujet de l'effet de serre entre les petits Etats insulaires membres de l'AOSIS qui craignent pour leur survie et le principal pollueur de la région, l'Australie, peu enclin à fournir des efforts. Ce schéma se reproduit au niveau planétaire : la rigidité des USA qui cumule le statut de première puissance économique, de plus gros pollueur mondial et de producteur important de pétrole et de charbon, empêche la communauté internationale de pouvoir envisager des politiques efficaces.

© 2001 François Ploye
Adapté de "Effet de serre, Science ou religion du XXI° siècle ?", Edition Naturellement

1/  Les cycles de Milankovitch et les grandes glaciations

2/  L'ingéniérie du climat

3/  Gaz à effet de serre d'origine naturelle

4/  Histoire du climat

5/  Influence des particules atmosphériques

6/  Changement climatique réçent

7/  Concentration des gaz à effet de serre

8/  Les gaz à effet de serre d'origine humaine

9/  Mesures scientifiques

10/  Un risque encore incertain

11/  Scénarios de croissance des gaz à effet de serre

12/  Modélisation du climat

13/  Conséquences du réchauffement climatique

14/  Diversité des acteurs

15/  Les conférences internationales