Changement climatique
Pollution de l'air
Nouveaux principes
Rapport des citoyens : "changements climatiques et citoyenneté"
Into Mesures Technologiques


L'habitat



Mesures Technologiques
Dans le domaine de l'habitat, des progrès importants ont été réalisés en ce qui concerne le chauffage (matériaux isolants, nouvelle génération de chaudières, double vitrage) par contre les consommations d'énergie liées à la climatisation sont en hausse. Quant à la production d'énergie destinée au chauffage des habitats, une nouvelle technique - la cogénération - qui a un rendement énergétique encore plus élevé que celui des chaudières classiques (qui ont déjà un très bon rendement), se développe. L'idée est de produire - et d'utiliser - simultanément de la chaleur et de l'électricité. En effet, la combustion pure a un mauvais rendement et dans les systèmes classiques, lors de la production d'électricité (centrales thermiques ou nucléaires), la chaleur produite est dissipée dans l'atmosphère. Tout le monde connaît les tours de refroidissement des centrales nucléaires, typiques de ces installations, et qui servent à évacuer la chaleur inutilisée. On peut donc, à partir d'un système de cogénération, fabriquer de la chaleur tout en produisant simultanément de l'électricité qui peut être consommée immédiatement ou réinjectée dans le réseau électrique général. Ces systèmes peuvent être utilisés par les industriels, par les immeubles ou par les groupes d'immeubles. Dans ce dernier cas, la chaleur est distribuée localement par un réseau de chaleur. Il existe aussi des systèmes de cogénération de la taille d'une machine à laver à destination des particuliers. Le développement de ces techniques serait facilité si l'électricité produite pouvait être revendue au même prix que l'électricité achetée, ce qui est le cas aux USA. En France, en revanche, le producteur privé d'électricité - que l'origine de son électricité soit la cogénération, l'hydraulique, le vent ou le solaire - se heurte au monopole d'EDF qui refuse de lui payer correctement sa production. On peut espérer une évolution positive de la position d'EDF mis en concurrence dans le cadre européen. L'enjeu de cette évolution est de remplacer progressivement les mastodontes nucléaires ou thermiques par un réseau décentralisé de production de chaleur et d'électricité, avec un meilleur rendement à l'émission et moins de perte, car moins de distance à parcourir lors de la distribution.

Il est aussi nécessaire de dénoncer - du fait de la politique du tout-nucléaire qui a conduit la France à avoir trop d'électricité - l'aberration française de soutien au chauffage électrique à très mauvais rendement énergétique. Alors que 60% des logements neufs sont équipés de chauffage électrique, on estime que la décision de supprimer ce mode de chauffage permettrait par les économies réalisées d'absorber pendant vingt ans toutes les demandes autres en énergie supplémentaire. Les convecteurs électriques sont subventionnés (à hauteur de 16000F/100m²2) et ils coûtent moins cher à installer que les chaudières au fuel ou au gaz. C'est l'usager (et non le propriétaire ou le promoteur) qui devra ensuite payer la facture. L'avantage global n'est donc franchement pas du côté du chauffage électrique d'autant plus qu'en France en hiver, les centrales nucléaires n'ayant pas la souplesse nécessaire de fonctionnement pour absorber les pointes de consommation, on remet en route les vieilles centrales thermiques polluantes. Le chauffage électrique n'est donc pas si propre que cela. Le Danemark, à l'opposé, a mis en place depuis quinze ans des réseaux de chaleur - 50% des habitats y sont reliés - fabriquée par cogénération ou énergies renouvelables (paille, biogaz, etc..) et a interdit le chauffage électrique. Les intérêts sont multiples : coûts moindres, maîtrise décentralisée de l'énergie, efficacité énergétique (moins de perte en ligne et meilleur rendement).

Un nouveau courant de l'architecture se développe, qui concilie techniques modernes et savoirs traditionnels, l'architecture bioclimatique. L'idée directrice est de penser en fonction du climat la structure des bâtiments et de la végétation afférente afin de minimiser les consommations d'énergie nécessaires pour garder la température intérieure dans la fourchette désirée. Améliorant des techniques connues depuis la Perse antique, on peut citer en exemple un immeuble de bureaux construit récemment à Harare au Zimbabwe qui a été conçue comme une termitière et qui est ventilée efficacement par des courants d'air provoqués par l'agencement des ouvertures de la structure extérieure. Ce bâtiment remarquable a par ailleurs coûté moins cher à la construction et consomme deux fois moins d'électricité qu'un bâtiment analogue. Outre ces réalisations rares mais spectaculaires, la moitié des maisons qui se construisent actuellement aux Pays-Bas sont d'ores et déjà bioclimatiques. Le marché est aussi très développé dans les autres pays germaniques : Suisse, Autriche, Allemagne et dans les pays nordiques. En Italie aussi, du fait d'une culture architecturale ancienne et raffinée, l'habitat bioclimatique est à l'honneur mais avec une approche esthétique qui capitalise les savoirs ancestraux. Ses voisins du Nord, en revanche, privilégient davantage le côté nature brute avec des matériaux peu travaillés, comme cet exemple de toits en pente recouverts de gazon.

Les gains sur la consommation énergétique avec ces différentes techniques peuvent à terme être appréciables mais la marge de manoeuvre à court terme est réduite. Le croissance du parc existant est en effet faible et il est difficile de demander aux particuliers de procéder aux travaux de rénovation nécessaires. Une solution serait de parler du coût global d'un habitat ou d'un immeuble : construction et fonctionnement. En France, on ne connaît que deux opérations programmées faites à ce jour dans l'Aude et dans la Drôme et portant sur plusieurs centaines de logements. Il existe aussi quelques réalisations individuelles faites à l'initiative d'architectes et de propriétaires particulièrement motivés (par exemple la maison du dirigeant vert Yves Cochet ou celle réalisée vers Alençon par l'architecte environnementaliste Sonia Cortesse à l'intention d'un pianiste féru de cabanes canadiennes et d'intérieurs japonais, réalisation qui a obtenu le second prix Renov 99).

Une politique volontariste dans ce domaine peut être, sur plusieurs décennies, très payante. En ce qui concerne les pays en voie de développement, il apparaît astucieux qu'ils n'abandonnent pas trop vite l'ensemble des techniques traditionnelles de construction. Il existe encore des mariages intelligents de techniques à inventer, conciliant tradition et modernité.

© 2001 François Ploye
Adapté de "Effet de serre, Science ou religion du XXI° siècle ?", Edition Naturellement

1/   L'agriculture

2/  Les forêts

3/  L'habitat

4/  Les transports

5/  La politique énergétique

6/  Un défi global