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Mesures Technologiques
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L'énergie nucléaire, comme l'énergie solaire et l'énergie éolienne, ne produit quasiment pas de gaz carbonique. Elle en produit bien sûr un peu car la combustion d'énergies fossiles est nécessaire pour la fabrication et le fonctionnement des centrales. Cette caractéristique d'être propre par rapport à l'effet de serre permet à des pays comme la France d'émettre un taux relativement bas de gaz carbonique par habitant et pose un vrai dilemme aux écologistes : peut-on demeurer farouchement opposé à l'énergie nucléaire sachant qu'elle produit très peu de gaz à effet de serre ? La Suède, qui avait choisi en 1988 l'abandon progressif de ses centrales nucléaires, a décidé de suppléer à ses besoins en achetant de l'électricité à l'étranger, donc sans tenir compte de son origine. De plus, en 1997 à Kyoto, la Suède a demandé à pouvoir augmenter ses émissions de gaz à effet de serre de 5% afin d'être en mesure de sortir du nucléaire. De même, l'Allemagne qui a décidé en 1998 l'abandon progressif du nucléaire après les élections qui ont porté au pouvoir une coalition de gauche comprenant les Verts, n'a pas vraiment expliqué comment ce choix pouvait être compatible avec un autre engagement, celui de réduire fortement ses émissions de gaz à effet de serre.
Au niveau mondial, en dehors des centrales nucléaires vétustes des pays de l'ancien bloc soviétique dont on connaît malheureusement les dangers depuis l'accident de Tchernobyl, de rares pays dont la France, le Japon et la Corée du Sud utilisent de manière conséquente l'énergie nucléaire. Les partisans du nucléaire dans ces pays peuvent se vanter d'une réalité écologique prouvée par les faits : absence de pollution atmosphérique, rareté des accidents et des fuites radioactives, emprise au sol faible, etc.. les détracteurs, eux, mettent en avant le risque d'accident majeur, le stockage non résolu des déchets à longue durée de vie, le risque de détournement vers des utilisations militaires et le coût mal évalué du démantèlement. Le monde ne sera pas forcément toujours stable politiquement et posséder des centrales nucléaires sur son territoire n'est pas la panacée en cas de conflit (guerre ou même terrorisme). L'énergie nucléaire va sans doute continuer à être marginale dans le monde car elle suppose pour le pays qui souhaite s'en servir d'être riche du fait des investissements importants nécessaires, de savoir maîtriser des systèmes industriels complexes et d'espérer une stabilité politique. Ce n'est donc pas LA solution mondiale au problème de l'effet de serre et la France risque de se retrouver un jour seule à payer les démantèlements de ses centrales nucléaires, à gérer ses stocks de déchets et à devoir importer des techniques alternatives qu'elles n'aura pas appris à maîtriser (solaire, éolien, cogénération, etc). Toujours est-il que la priorité mise au niveau mondial sur la lutte contre l'effet de serre redonne ses chances à une industrie en perte de vitesse - la construction de nouvelles centrales nucléaires étant quasiment à l'arrêt - et le lobby de l'industrie nucléaire, se reprenant à espérer, est très actif sur ce sujet. Néanmoins, afin de ne pas trop favoriser l'énergie nucléaire qui pose d'autres importants problèmes environnementaux, la Commission Européenne proposait, dans son projet d'écotaxe, que cette taxe soit prise en partie sur les émissions de carbone et en partie sur la consommation d'énergie quelle qu'elle soit. Les raisons évoquées étaient de favoriser au sens large les économies d'énergie mais aussi de ne pas trop défavoriser sur le plan de la compétitivité économique les pays qui refusent le choix français du tout nucléaire. Le débat ne va pas être clôt aisément car il n'y a pas de source d'énergie miracle. Les scénarios de sortie du tout-nucléaire en France sont plutôt à la diversification des sources d'énergie. Pour le gaz naturel, les réserves (estimées à environ 70 ans) sont plus importantes que celles du pétrole. De plus, il existe un substitut renouvelable au gaz naturel, le bio-méthane produit à partir de la fermentation de matières végétales (déchets organiques). Le gaz est très en vogue à la fois pour des raisons économiques mais aussi écologiques : il émet presque deux fois moins de C02 que le charbon et un tiers de moins que le pétrole par unité d'énergie. Son usage se développe de ce fait rapidement : véhicules au GPL, turbines au gaz pour les centrales thermiques, etc... Ses inconvénients sont le transport et le stockage - du fait d'un volume plus important que le pétrole - et des problèmes de sécurité (intoxications, explosions de véhicules ou de gazoducs, etc..). Quant au charbon, surtout le mauvais (lignite), ses réserves (plusieurs siècles) sont encore plus importantes que celles du gaz mais c'est le plus polluant des combustibles fossiles. Comment éviter qu'un pays comme la Chine qui possède des réserves gigantesques s'abstienne de les utiliser pour s'industrialiser ? Surtout, lorsque l'Australie, vingt fois plus riche, fait de même et n'est pas du tout honteux d'être un gros pollueur. En France, l'ensemble des sites miniers restants (Lorraine, Bourgogne, Gard, Aveyron et Bouches-du-Rhône) devront être fermés d'ici 2005. Les énergies renouvelables (éolien, solaire actif et passif, géothermie et biomasse) bénéficient aussi de progrès techniques conséquents qui ont eu lieu depuis vingt ans. La géothermie est limitée en volume par principe alors que les autres énergies renouvelables sont théoriquement disponibles de manière infinie. En réalité, la biomasse entre en conflit avec d'autres usages du sol, en particulier avec l'agriculture. Son développement, en dehors de la réutilisation immédiate de certains déchets agricoles, nécessite de modifier l'agriculture et les habitudes alimentaires. C'est aussi en partie le cas du solaire actif (capteurs photovoltaïques) et des éoliennes où des systèmes fiables et rentables commencent à se commercialiser mais qui nécessitent de l'espace. On imagine plus facilement un développement du solaire et de l'éolien dans les pays peu densément peuplés (pays scandinaves ou Afrique) qu'en Chine ou en Inde où il est malaisé d'imaginer autre chose que le charbon ou le nucléaire en réponse à des besoins énergétiques massifs. Enfin, en ce qui concerne le solaire passif (habitat bioclimatique), il est susceptible d'être utilisé dans tous immeubles ou toutes habitations. Ces énergies peuvent permettre, non pas de couvrir l'ensemble des besoins énergétiques, mais d'offrir des sources complémentaires d'énergie décentralisées et accessibles à des coûts raisonnables à l'ensemble des pays y compris les plus pauvres. On estime qu'au maximum 20 à 30% des besoins mondiaux seront couverts dans 50 ans par les énergies renouvelables en y incluant l'hydraulique, suivant les différents modèles des instances internationales. Quant à l'énergie hydraulique, si elle est "écologique" en dehors des émanations de méthane, de la perturbation du cycle de l'eau et des dommages causés aux biotopes locaux (dévastation des cours d'eau lors du marnage, régions noyées par la retenue d'eau), c'est de plus une énergie pas si renouvelable que cela dans la pratique. Les grands barrages finissent en effet par se remplir d'alluvions et de produits toxiques et deviennent inopérationnels. Leur nettoyage ou leur destruction pose problème. Une moins mauvaise solution est de multiplier les barrages moyens même si on retrouve les mêmes inconvénients, par exemple en Algérie un barrage moyen se remplit en trente ou cinquante ans. Cette situation explique la pénurie actuelle en eau de l'Algérie. Si les cours d'eau sont saturés en barrage dans les pays développés, il reste de la marge de manuvre pour équiper en barrages hydroélectriques les cours d'eau d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Asie. De quoi susciter encore quelques travaux pharaoniques... L'énergie la moins polluante et la moins coûteuse est celle que l'on ne consomme pas. L'effort doit porter à privilégier les économies d'énergie, on a même donné un nom barbare à ce gisement d'énergie afin de sensibiliser le public, le NégaWatt. On peut donner quelques exemples de révolutions en terme d'efficacité énergétique. Les hypervoitures permettraient d'économiser 80 à 85% de carburant et de diminuer la pollution urbaine de 90 à 99%. Concernant les maisons bioclimatiques, une maison à énergie solaire passive construite à Darmstadt (Allemagne) ne consomme que 10% de la quantité habituelle d'énergie de chauffage et 25% de la quantité d'électricité. Autre exemple de technique existante, les ordinateurs portables consomment jusqu'à 99% d'électricité en moins qu'un ordinateur de bureau classique. On le voit, les gains potentiels sont réellement révolutionnaires et concernent de nombreux domaines décrits dans le même ouvrage, de la climatisation à la fabrication des plastiques. Quant à l'industrie en général, de grosses améliorations techniques restent à fournir lorsqu'on sait que les industries américaines, d'après l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), consomment trois fois plus d'énergie que leurs homologues japonaises et que dire des industries russes ou chinoises. Le Japon ne possédant ni matières premières, ni énergies fossiles, a cherché très tôt à se rendre le plus indépendant possible de ses importations. En vingt ans, bien que la production industrielle japonaise ait doublé, la consommation d'énergie est restée stationnaire. Mais le temps joue contre l'homme, à quelle rythme et à quel prix les technologies les moins gourmandes en énergie pourront-elles se diffuser ? © 2001 François Ploye |
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