Méfions-nous des solutions miracles sensés nous éviter le cataclysme d'un coup de baguette magique : vider nos stocks d'engrais ou de fer dans les océans comportent plus de possibilités de dégâts que de certitudes de gains. Dans le même esprit, l'énergie nucléaire n'est pas la solution universelle qui va tout résoudre à moindre frais. D'un coût élevé, elle pourra certes continuer à résoudre une partie des besoins mais avec les risques et les limitations qu'on commence à lui connaître. L'effet de serre est un problème scientifique complexe qui a demandé à des centaines de scientifiques de nombreuses années de travail pour livrer une compilation prudente des recherches en cours. Sa résolution ne va être ni rapide ni magique.
En revanche, on a vu que pour chaque problème, il existe des solutions ou des axes de réflexion. Il n'y a apparemment pas d'impossibilités technologiques majeures, mais des freins par l'inertie des sociétés et des structures existantes, par le poids d'intérêts puissants et opposés, par la paresse et l'inaction des acteurs, par le coût économique des changements à entreprendre. Réduire mondialement les problème de l'effet de serre passe par une multitude de décisions, de réglementations, d'incitations, d'actions individuelles et collectives qui concernent l'ensemble des activités humaines. Rien que pour le problème crucial des transports, la solution ne réside pas que dans les hypervoitures. Sans compter le rythme et le coût de diffusion d'une telle technique, il faut résoudre par ailleurs la saturation en trafic des villes, diminuer le poids croissant des vols aériens, mettre aux normes internationales les navires sous pavillon de complaisance, favoriser le transport par rail ou par voie fluvial par rapport aux camions, etc. Les freins sont nombreux et se trouvent entre autres dans :
- Les réglementations existantes. Par exemple, les normes sévères mises en place pour l'habitat en France ne rendent pas facile l'innovation. Chaque nouveau matériau doit ainsi obtenir un agrément après validation d'une série de tests ce qui prend du temps et de l'argent pas toujours disponibles.
- Les subventions perverses. Selon la Banque Mondiale, environ 1000 milliards de francs de fonds publics sont dépensés chaque année dans le monde pour subventionner la consommation d'énergie.
- Le poids financier de l'existant. Changer toutes les voitures prend vingt ans, rénover ou reconstruire toutes les maisons prend au moins cinquante ans. Quant aux industries minières ou pétrolières, les investissements immobilisés sont colossaux.
- Les coûts cachés. L'usager de la voiture en milieu urbain ou le transporteur routier ne payent pas au vrai coût les dommages qu'ils font subir à la collectivité.
- La gratuiteté de l'environnement. L'environnement naturel de l'homme (eau, air, biodiversité, énergies fossiles, etc) est exploité et détruit sans contreparties économiques.
- L'inertie et l'inaction. Avoir une bonne idée ne suffit pas pour qu'elle se diffuse et qu'elle soit appliquée. Dans le même registre, on peut parler de la facilité du gigantisme. L'énergie nucléaire est complexe à maîtriser mais uniquement pour une minorité d'ingénieurs, alors que les réseaux de chaleur demandent des compétences moins pointues mais décentralisées.
- L'hyperspécialisation des métiers. Les structures des sociétés et des entreprises font que les métiers sont très spécialisés et de ce fait, il est parfois difficile de repenser complètement la conception d'une machine ou d'une usine.
- Les divergences d'intérêt. Dans le bâtiment, le propriétaire ou le promoteur privilégient ce qui leur coûte le moins cher en temps de conception et en fabrication au détriment du coût de fonctionnement (qui sera à la charge du locataire ou de l'acheteur). De même, les fabricants d'appareils construisent parfois sciemment leurs produits avec certaines pièces fragiles afin de limiter la durée de vie globale et s'assurer un renouvellement à relativement brève échéance.
- La pression économique qui impose des profits à court-terme : décider vite, rentabiliser vite, construire vite, rénover vite, etc. Outre les acteurs économiques, les hommes politiques élus doivent eux aussi se vendre sur le court-terme.
- Le manque de connaissances et d'éducation. La diffusion rapide des savoirs est fondamentale pour que les mentalités évoluent et que l'innovation soit l'oeuvre de chacun.
© 2001 François Ploye
Adapté de "Effet de serre, Science ou religion du XXI° siècle ?", Edition Naturellement
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