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Appel de détresse des habitants du
village de Cayodé Communiqué de l'Association Kupun Komhe Heïtëi |
Les résultats des
dernières analyses mercure réalisées
en septembre 2006 par
Solidarité Guyane dans les villages du Haut-Maroni
touchés par la pollution mercure (résultant de
l'activité illégale des orpailleurs dans leurs zones de
vie) sont disponibles
Une délégation Guyanaise, composée de représentants amérindiens et de responsables d'associations, est venue présenter la situation sanitaire et environnementale catastrophique de la Guyane. Une situation qui fait véritablement honte au pays !
Dans le cadre du «
Grenelle de l'environnement
», la Commission des affaires économiques de
l'Assemblée nationale, présidée
par Patrick Ollier et la Délégation à
l'aménagement et au développement durable
du territoire, présidée par Christian Jacob, avaient
exprimé le souhait de
suivre les débats et les avancées des six groupes de
travail. Dans cette
perspective, les membres de ces deux entités avaient
auditionné en commun les
responsables des groupes de travail avant la remise des propositions
finales.
Jean-François Le Grand, Sénateur de la Manche (UMP), et
Marie-Christine
Blandin, Sénatrice du Nord (Vert), avaient ainsi
été invités à présenter, le 11
septembre dernier, les travaux du groupe de travail qu'ils ont
présidé, à
savoir le groupe n°2 : « Préserver la
biodiversité et les ressources naturelles
».
Ces débats avaient notamment mis en évidence un manque de
cohérence en la
matière. Selon Marie-Christine Blandin, nos impôts
sont 10 fois plus, dans
leurs impulsions, destructeurs
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sur l'environnement et la
diversité que les
quelques taxes et mesures incitatives qui favorisent la
biodiversité. Cette
situation est par exemple flagrante dans le cas des
aides à l'investissement destinées à l'outre-mer
qui peuvent être utilisées
pour de nombreuses activités destructrices de la forêt
primaire et du milieu en
général. L'une des propositions du groupe a donc
été d'éradiquer l'orpaillage
illégal et d'abandonner le projet minier de la montagne de Kaw
en Guyane pour
que l'activité minière soit exemplaire en matière
sociale et environnementale
dans les 5 prochaines années. Mais l'abandon du projet minier
fait pour
l'instant partie des propositions «entre crochets» du
Grenelle c'est-à-dire de
celles qui ne font pas l'unanimité (un des collèges
employeurs l'ayant refusé).
Pourtant la situation est véritablement catastrophique. Le 23
octobre, le Sénat
a accueilli une Délégation Guyanaise composée de
représentants amérindiens* et
de responsables d'associations environnementales**, venue
présenter la
situation sanitaire et environnementale vécue au quotidien par
les populations
locales de ce territoire d'outre-mer : pollution au mercure du lieu de
vie,
orpaillage illégal, projets miniers aux effets
écologiques dévastateurs,
violences sociales, graves insuffisances en matière de droit
à la santé et à
l'éducation, insécurité aggravée par
l'absence de l'autorité publique.
C'est donc un véritable cri d'alarme que Brigitte Wingaarde,
Présidente de
l'Association Villages de Guyane et Akaïwapwin Apina,
amérindienne Wayana, de
l'Association Kupun Komhe Heitei sont venues lancer au Sénat.
Les Nations
amérindiennes sont en effet soumises à une pollution de
leur habitat naturel
par le mercure. Cette pollution liée à l'orpaillage
illégal cause des dommages
sur le biotope et empoisonne les ressources alimentaires des
populations
locales : le poisson est très fortement intoxiqué et ne
se reproduit même plus.
L'eau de consommation prélevée dans les cours d'eau est
la cause de nombreuses
maladies. Tous les enfants qui sont dans ces villages ont un taux
de mercure
qui est largement supérieur aux normes, alerte Jean-Pierre
Havard, le
Président de l'Association Solidarité Guyane. Cela
aura des conséquences
irréversibles sur leur système nerveux,
prévient-il. Selon l'ONF,
l'orpaillage est également responsable de la perte de 12.000 ha
de forêt
guyanaise et touche 6.200 km de linéaires de cours d'eau.
Pour satisfaire aux revendications des communautés
amérindiennes, des
défenseurs de l'environnement d'un côté, et des
orpailleurs de l'autre, un Parc
a été créé. Ainsi, 2 millions d'hectares
ont été décrétés « zone cœur
»,
intégralement protégés : seules les
activités de subsistance (pêche, chasse et
cueillette) y sont autorisées. 1.039 millions d'hectares ont
été classés « zone
de libre adhésion » où l'orpaillage est
autorisé !
Les communautés amérindiennes du haut Maroni (Indiens
Wayana, Teckos), à la
frontière avec le Surinam, protestent donc et refusent le zonage
actuel du Parc
qui menace leur survie et leurs traditions. Brigitte Wingaarde et
Akaïwapwin
Apina demandent en outre que le Grenelle décide de l'abandon du
projet minier de
la montagne de Kaw qui avait été validé.
Située à environ 20km du littoral Guyanais et à
45km de Cayenne au sud des
marais de Kaw, la montagne qui culmine à 333m est en effet
entièrement
recouverte de forêt primaire et le site fait l'objet de plusieurs
mesures de
conservation (Réserve Naturelle des Marais de Kaw- Roura, Site
Ramsar, Réserve
Naturelle Volontaire de Trésor). Le site abrite, selon l'UICN,
700 espèces de
végétaux, dont 18 endémiques, près de 100
espèces de mammifères et 254 espèces
d'oiseaux, sans compter des milliers d'insectes.
Ainsi, outre les risques très élevés liés
à l'utilisation de produits nocifs
comme le cyanure ou le nitrate de plomb, la réalisation du
projet par la
société IAMGOLD représente une menace pour un
patrimoine biologique
exceptionnel, estime Philippe Menard Porte-parole des Verts Guyane,
et
Coordonnateur du Collectif Non au projet IamGold à Kaw. Des
fosses de 150
mètres de profondeur vont êtres creusées. Sur la
durée du projet (7 ans) plus
de 12 millions de tonnes de roches seront broyées et
mélangées à 30.000 tonnes
de produits chimiques, explique-t-il. Or, outre le risque
d'accident
industriel (rupture de digue...), les risques sanitaires peuvent aussi
provenir
d'une contamination lente et continue des sols, des eaux de surface et
souterraines par les substances extraites du sous-sol (métaux
lourds,
arsenic...). De ce fait pour Philippe Menard, si l'on veut faire de
la
Guyane un pôle d'excellence environnementale, […] on
protège et l'on réfléchit
à d'autres projets : écotourisme, artisanat ou
scientifiques. Quant à
William Bourdon, Président de l'Association Sherpa, un
réseau international de
juristes, il observe que la Guyane est emblématique de la
distorsion qui
existe entre le discours environnemental public et la pratique au
niveau des
institutions locales. On est en effet bien loin de parvenir
à l'excellence
environnementale dans ce territoire pourtant bel et bien
Français !
Hier soir, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie
Kosciusko-Morizet a reçu
cette délégation, tandis que Christian Estrosi, le
secrétaire d'état à
l'outre-mer n'a pas répondu à la sollicitation...
L'objectif de l'entrevue,
précise Jérémie Deravin, le Président de
l'Association Cœur de Forêt, était
de porter le cahier de doléances de la délégation
Guyanaise à la Ministre afin
de la sensibiliser voire même de l'informer sur l'impact de ce
dossier.
C.SEGHIER
* Les Peuples autochtones de Guyane française sont
représentés par six
communautés amérindiennes : les Kali'na, les Wayana, les
Pahikweneh, les
Lokono, les Teko et les Wayampi. Après avoir été
proches de disparaître, ils
connaissent un véritable renouveau démographique et
représentent donc une
population qui ne peut être négligée dans le
département. Les estimations
portant sur le nombre d'Amérindiens de Guyane varient
aujourd'hui entre 6.000
et 12.000 individus. La Nation amérindienne guyanaise s'articule
autour de six
grands groupes ethniques :
Les Wayapi sur le fleuve Oyapock, entre Camopi et Trois-Sauts,
Les Emérillon ou Teko sur le fleuve Tampoc, entre Elahé
et Camopi,
Les Wayana (Haut-Maroni),
Les Kali'na ou Galibi (sur le littoral : AwalaYalimapo, Saint-Laurent
du
Maroni, Iracoubo, Kourou),
Les Arawak ou Lokono (Saint-Laurent du Maroni, Matoury),
Les Palikour ou Pahikweneh (Saint-Georges et embouchure de l'Oyapock,
Macouria).
**Jean-Pierre HAVARD Président de l'Association
Solidarité Guyane
Jérémie DERAVIN Président de l'Association Cœur de
Forêt
William BOURDON Président de l'Association Sherpa
Philippe MENARD Porte Parole des Verts-Guyane, Coordonateur du
Collectif Non au
projet IamGold à Kaw