Appel de détresse des habitants du village de Cayodé    
Communiqué de l'Association Kupun Komhe Heïtëi                                                                                                                        
Depuis plus de dix ans, le Pays Wayana, dans le Sud de la Guyane est en proie à l'orpaillage clandestin. Les fleuves Waki et Tampock sont pollués par le mercure et les boues rejetées par les chercheurs d'or.

L'Etat français nous a oublié et n'a jamais rien fait pour les arrêter.
Aujourd'hui non contents de nous empoisonner avec leur mercure et de nous affamer avec la disparition du poisson de nos fleuves, les orpailleurs clandestins veulent nous tuer.

Le Préfet de Guyane nie cet état de fait et refuse de nous accorder la protection à laquelle nous avons droit en tant que citoyens français.

Ensemble et solidaire nous lutterons efficacement contre l'orpaillage et contre l'insécurité permanente que font régner les orpailleurs clandestins sur les villages Wayanas et Tékos.

Les orpailleurs clandestins deviennent de plus en plus agressifs (coups de feu en direction du village),

Les instances de santé boycottent le village (plus de passage de médecin depuis un an)

Aucun moyen de communication avec les services de secours

Les ressources alimentaires se raréfient à cause de la pollution des exploitations aurifères

Les résultats des dernières analyses mercure réalisées en septembre 2006 par Solidarité Guyane dans les villages du Haut-Maroni touchés par la pollution mercure (résultant de l'activité illégale des orpailleurs dans leurs zones de vie) sont disponibles


Guyane française : un trésor de biodiversité oublié par la France !


Une délégation Guyanaise, composée de représentants amérindiens et de responsables d'associations, est venue présenter la situation sanitaire et environnementale catastrophique de la Guyane. Une situation qui fait véritablement honte au pays !

Dans le cadre du « Grenelle de l'environnement », la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, présidée par Patrick Ollier et la Délégation à l'aménagement et au développement durable du territoire, présidée par Christian Jacob, avaient exprimé le souhait de suivre les débats et les avancées des six groupes de travail. Dans cette perspective, les membres de ces deux entités avaient auditionné en commun les responsables des groupes de travail avant la remise des propositions finales. Jean-François Le Grand, Sénateur de la Manche (UMP), et Marie-Christine Blandin, Sénatrice du Nord (Vert), avaient ainsi été invités à présenter, le 11 septembre dernier, les travaux du groupe de travail qu'ils ont présidé, à savoir le groupe n°2 : « Préserver la biodiversité et les ressources naturelles ».

Ces débats avaient notamment mis en évidence un manque de cohérence en la matière. Selon Marie-Christine Blandin, nos impôts sont 10 fois plus, dans leurs impulsions, destructeurs

http://www.actu-environnement.com/img/quote_g.gifLa Guyane est emblématique de la distorsion qui existe entre le discours environnemental public et la pratique au niveau des institutions locales.http://www.actu-environnement.com/img/quote_d.gif

sur l'environnement et la diversité que les quelques taxes et mesures incitatives qui favorisent la biodiversité. Cette situation est par exemple flagrante dans le cas des aides à l'investissement destinées à l'outre-mer qui peuvent être utilisées pour de nombreuses activités destructrices de la forêt primaire et du milieu en général. L'une des propositions du groupe a donc été d'éradiquer l'orpaillage illégal et d'abandonner le projet minier de la montagne de Kaw en Guyane pour que l'activité minière soit exemplaire en matière sociale et environnementale dans les 5 prochaines années. Mais l'abandon du projet minier fait pour l'instant partie des propositions «entre crochets» du Grenelle c'est-à-dire de celles qui ne font pas l'unanimité (un des collèges employeurs l'ayant refusé).

Pourtant la situation est véritablement catastrophique. Le 23 octobre, le Sénat a accueilli une Délégation Guyanaise composée de représentants amérindiens* et de responsables d'associations environnementales**, venue présenter la situation sanitaire et environnementale vécue au quotidien par les populations locales de ce territoire d'outre-mer : pollution au mercure du lieu de vie, orpaillage illégal, projets miniers aux effets écologiques dévastateurs, violences sociales, graves insuffisances en matière de droit à la santé et à l'éducation, insécurité aggravée par l'absence de l'autorité publique.

C'est donc un véritable cri d'alarme que Brigitte Wingaarde, Présidente de l'Association Villages de Guyane et Akaïwapwin Apina, amérindienne Wayana, de l'Association Kupun Komhe Heitei sont venues lancer au Sénat. Les Nations amérindiennes sont en effet soumises à une pollution de leur habitat naturel par le mercure. Cette pollution liée à l'orpaillage illégal cause des dommages sur le biotope et empoisonne les ressources alimentaires des populations locales : le poisson est très fortement intoxiqué et ne se reproduit même plus. L'eau de consommation prélevée dans les cours d'eau est la cause de nombreuses maladies. Tous les enfants qui sont dans ces villages ont un taux de mercure qui est largement supérieur aux normes, alerte Jean-Pierre Havard, le Président de l'Association Solidarité Guyane. Cela aura des conséquences irréversibles sur leur système nerveux, prévient-il. Selon l'ONF, l'orpaillage est également responsable de la perte de 12.000 ha de forêt guyanaise et touche 6.200 km de linéaires de cours d'eau.

Pour satisfaire aux revendications des communautés amérindiennes, des défenseurs de l'environnement d'un côté, et des orpailleurs de l'autre, un Parc a été créé. Ainsi, 2 millions d'hectares ont été décrétés « zone cœur », intégralement protégés : seules les activités de subsistance (pêche, chasse et cueillette) y sont autorisées. 1.039 millions d'hectares ont été classés « zone de libre adhésion » où l'orpaillage est autorisé !

Les communautés amérindiennes du haut Maroni (Indiens Wayana, Teckos), à la frontière avec le Surinam, protestent donc et refusent le zonage actuel du Parc qui menace leur survie et leurs traditions. Brigitte Wingaarde et Akaïwapwin Apina demandent en outre que le Grenelle décide de l'abandon du projet minier de la montagne de Kaw qui avait été validé.
Située à environ 20km du littoral Guyanais et à 45km de Cayenne au sud des marais de Kaw, la montagne qui culmine à 333m est en effet entièrement recouverte de forêt primaire et le site fait l'objet de plusieurs mesures de conservation (Réserve Naturelle des Marais de Kaw- Roura, Site Ramsar, Réserve Naturelle Volontaire de Trésor). Le site abrite, selon l'UICN, 700 espèces de végétaux, dont 18 endémiques, près de 100 espèces de mammifères et 254 espèces d'oiseaux, sans compter des milliers d'insectes.
Ainsi, outre les risques très élevés liés à l'utilisation de produits nocifs comme le cyanure ou le nitrate de plomb, la réalisation du projet par la société IAMGOLD représente une menace pour un patrimoine biologique exceptionnel, estime Philippe Menard Porte-parole des Verts Guyane, et Coordonnateur du Collectif Non au projet IamGold à Kaw. Des fosses de 150 mètres de profondeur vont êtres creusées. Sur la durée du projet (7 ans) plus de 12 millions de tonnes de roches seront broyées et mélangées à 30.000 tonnes de produits chimiques, explique-t-il. Or, outre le risque d'accident industriel (rupture de digue...), les risques sanitaires peuvent aussi provenir d'une contamination lente et continue des sols, des eaux de surface et souterraines par les substances extraites du sous-sol (métaux lourds, arsenic...). De ce fait pour Philippe Menard, si l'on veut faire de la Guyane un pôle d'excellence environnementale, […] on protège et l'on réfléchit à d'autres projets : écotourisme, artisanat ou scientifiques. Quant à William Bourdon, Président de l'Association Sherpa, un réseau international de juristes, il observe que la Guyane est emblématique de la distorsion qui existe entre le discours environnemental public et la pratique au niveau des institutions locales. On est en effet bien loin de parvenir à l'excellence environnementale dans ce territoire pourtant bel et bien Français !

Hier soir, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet a reçu cette délégation, tandis que Christian Estrosi, le secrétaire d'état à l'outre-mer n'a pas répondu à la sollicitation... L'objectif de l'entrevue, précise Jérémie Deravin, le Président de l'Association Cœur de Forêt, était de porter le cahier de doléances de la délégation Guyanaise à la Ministre afin de la sensibiliser voire même de l'informer sur l'impact de ce dossier.

C.SEGHIER

* Les Peuples autochtones de Guyane française sont représentés par six communautés amérindiennes : les Kali'na, les Wayana, les Pahikweneh, les Lokono, les Teko et les Wayampi. Après avoir été proches de disparaître, ils connaissent un véritable renouveau démographique et représentent donc une population qui ne peut être négligée dans le département. Les estimations portant sur le nombre d'Amérindiens de Guyane varient aujourd'hui entre 6.000 et 12.000 individus. La Nation amérindienne guyanaise s'articule autour de six grands groupes ethniques :
Les Wayapi sur le fleuve Oyapock, entre Camopi et Trois-Sauts,
Les Emérillon ou Teko sur le fleuve Tampoc, entre Elahé et Camopi,
Les Wayana (Haut-Maroni),
Les Kali'na ou Galibi (sur le littoral : AwalaYalimapo, Saint-Laurent du Maroni, Iracoubo, Kourou),
Les Arawak ou Lokono (Saint-Laurent du Maroni, Matoury),
Les Palikour ou Pahikweneh (Saint-Georges et embouchure de l'Oyapock, Macouria).

**Jean-Pierre HAVARD Président de l'Association Solidarité Guyane
Jérémie DERAVIN Président de l'Association Cœur de Forêt
William BOURDON Président de l'Association Sherpa
Philippe MENARD Porte Parole des Verts-Guyane, Coordonateur du Collectif Non au projet IamGold à Kaw