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1914-1944 |
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Le premier Congrès international sur ce thème tient ses assises au Muséum national d'histoire naturelle de Paris en juin 1923; il exprima les protestations de nombreuses sociétés savantes et émit des voeux concernant la protection de la faune mondiale. C'est le hollandais Pieter G. Van Tienhoven qui, le premier, avec le suisse Paul Sarasin, eut l'idée de créer une organisation internationale pour la protection de la nature, peu après la Première guerre mondiale. Lorsque leurs efforts en vue d'établir un bureau permanent au sein de la Société des Nations échouèrent, Van Tienhoven s'employa à établir des comités nationaux qui fusionnèrent plus tard pour créer, en 1928 à Bruxelles, l'Office international pour la protection de la nature (O.I.P.N.). La situation en Afrique était particulièrement inquiétante car la chasse aux grands mammifères (surtout les éléphants) prenait une extension accélérée à laquelle s'ajoutaient les tentatives d'éradication de la mouche tsé-tsé. (Dans le cadre de cette opération, entre 1924 et 1945 dans la seule Rhodésie du Sud, un total de 321.518 animaux sont tués.) La Conférence internationale de 1933 pour la protection de la faune et de la flore en Afrique réunit à Londres les protecteurs, les scientifiques et les gouvernements pour une cause commune, rend les signataires de sa convention conscients des problèmes des uns et des autres dans leurs colonies africaines et accorde pour la première fois un rôle consultatif et technique aux ONG. La convention comportait certes des annexes sur les espèces animales rares et menacées mais ses signataires n'étaient pas liés par ses règles; il n'était pas prévu ni suivi ni surveillance. Les pionniers de la protection de la nature étaient encore très isolés et leurs efforts partiels et timides. Comme l'a dit un précurseur émérite, le professeur Jean-Paul Harroy, "avant 1940, ceux qui avaient déjà perçu la nécessité de protéger la nature étaient encore peu nombreux, naturalistes pour la plupart, mal connectés entre eux, pratiquement concentrés en Europe et en Amérique du Nord, se préoccupant surtout de disparitions d'espèces et, dans l'ensemble, sans réelle influence politique." Les progrès les plus sensibles dans l'entre-deux guerres sont dus avant tout aux ornithologues, à commencer par la création du Comité International pour la protection des oiseaux(C.I.P.O.) à Londres en juin 1922. Celui-ci eut plus de succès que la Commission internationale de 1913 pour la protection de la nature parce qu'il avait des objectifs moins ambitieux de "coordination transnationale plus que d'intégration internationale" (Philip Lowe and Jane Goyder, Environmental Groups in Politics, London 1983, p. 165). Ce comité joua un rôle formateur important pour la protection internationale de la nature, en attirant l'attention sur la disparition de certaines espèces, les menaces sur les espèces migratrices ou au contraire endémiques à certaines îles, et le commerce international des plumes. Aux Etats-Unis également, le mouvement de préservation des richesses naturelles connaît un nouvel essor pendant le New Deal: la fréquentation des parcs nationaux continue d'augmenter mais ceux qui s'en félicitent y voient surtout la satisfaction d'objectifs commerciaux. Cependant les progrès encourageants viennent souvent de revers dramatiques. Le milieu des années 1930 virent l'un des plus grands désastres écologiques de l'histoire américaine: le Dust Bowl. Entre 1934 et 1937, plus de 200 orages de poussière s'abattirent sur les Grandes Plaines. Certains étaient assez denses pour masquer le soleil et former des talus de six mètres de hauteur, d'autres arrivèrent jusqu'à Chicago, Washington et la côte atlantique. En 1938 plus de la moitié des Grandes Plaines (environ 1.300.000 km2, répartis sur seize Etats) avait été érodée et le pays devait importer du blé. Ce n'était pas la sécheresse des années 1931- 1934 qu'il fallait incriminer mais bien sûr les mauvaises pratiques agricoles. La Commission des Grandes Plaines, dans son rapport de 1936, souligna les effets des perturbations des équilibres écologiques, la recherche du bénéfice à court terme et de la compétition débridée, et la croyance que la nature peut être maîtrisée à volonté selon les caprices de l'homme. Le Dust Bowl a eu des répercussions lointaines: non seulement la conservation en général a été réorganisée aux Etats-Unis dans une perspective plus large et plus écologique mais la conservation des sols est devenue un souci majeur dans les politiques agraires britanniques, en particulier en Afrique orientale. Alors que l'Europe, dans les années trente, était absorbée par la montée menaçante du nazisme, les Etats d'Amérique du Nord parvinrent à adopter deux traités internationaux sur l'environnement: le Traité des oiseaux migrateurs en 1937 et la Convention interaméricaine pour la protection de la flore, de la faune et des beautés panoramiques naturelles, dite Convention de l'hémisphère occidental, en 1940. Les Congrès de Paris en 1909, 1923 et 1931, les deux conventions africaines de 1900 et 1933, la S.P.W.F.E., l'O.I.P.N., le C.I.P.O. et la Convention de l'hémisphère occidental représentaient chacun les germes d'une coopération internationale. Ils signifiaient qu'une minorité (encore) reconnaissait que les associations nationales de protection de la nature ont des intérêts communs qui transcendent les frontières nationales. Mais il faudra encore attendre une deuxième guerre mondiale pour que le climat soit mur pour la transformation des espoirs d'une minorité en une chaîne d'actions majoritaires. |
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