La désertification et
la gestion des pâturages et des arbres

par Jean Yves CLAVREUL






  Nous sommes assis au sommet de la dune du campement de Kossotori. Devant nous, à l'infini, s'étale le désert. Un silence lourd et inquiétant pèse sur l'assemblée. Tout le campement ou presque est présent : hommes, femmes et jeunes enfants.

   La réunion commence par les salamalecs d'usage et de bienvenue. C'est l'agent de l'élevage qui anime la rencontre.

  Les Toubous, éleveurs de dromadaires et de chèvres de la région ont déjà fait le constat : la zone perd progressivement ses arbres et ses pâturages.

  Le président de l'association des éleveurs prend la parole « Nous sentons que nos parcours sont de plus en plus menacés. Comment pourrions- nous améliorer la production de fourrage dans la région de Kossotori ? »

  La question est lancée à l'assemblée, mais aussi à l'agent de l'élevage.

  Après une pause, un premier éleveur prend la parole « Ce qui détruit progressivement l'envi-ronnement, c'est que les arbres et les pâturages sont surexploités et dans le désordre. Les petits arbres n'ont pas le temps de germer, de pousser et de se défendre "de la dent du bétail ''

Alors ils disparaissent avant d'être assez grands.

  C'est pourquoi, nous devons nous entendre pour envoyer nos dromadaires et nos chèvres dans la même direction. Si nous décidons que l'année prochaine tout le bétail va à l'Est, les autres zones de pâturages seront au repos. Les arbres pourront germer et se développer au Nord, au Sud et à l'Ouest.

   Il se peut que nous revenions dans une direction qu'après trois ou quatre années. Alors nous aurons dans cette zone une belle régénération et beaucoup de fourrage.

  Cette gestion des pâturages par rotation doit, non seulement, être décidée au niveau de Kossotori, mais aussi avec les autres campements de la région, sinon tous nos efforts seront vains ».

  "C'est une bonne idée" déclare le chef "Je pars dès demain rencontrer un à un les chefs des autres campements pour leur demander leur avis. En suite, nous ferons une grande réunion pour décider à partir de quand s'appliquera cette mesure"

  A ce discours, l'agent de l'élevage applaudit de ses deux mains et il est aussitôt suivi de l'ensemble de l'assemblée.

  Cette sage mesure fut-elle appliquée dans la zone de Kossotori et dans toute la région ?

Un agent de l'élevage du Niger

Extrait du livre

70 petites histoires d'arbres en Afrique
Les arbres : un moyen de lutter contre la pauvreté

Jean Yves Clavreul
Editions Ganndal Conakry

Consultant en Formation/Communication
pour le Développement durable
E mail jean-yves.clavreul@wanadoo.fr

Les documents de Jean-Yves Clavreul -
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