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Renforcement du rôle
des travailleurs et
de leurs syndicats

   


Les Français  et "l'entreprise responsable"

  Le 2 février 2001 : L'enquête réalisée par la SOFRES pour le TOP COM 2001 permet de mieux cerner les attentes de l'opinion à l'égard de " l'entreprise responsable ". Partagés sur l'esprit de responsabilité des entreprises françaises, les Français estiment que l'entreprise a d'abord des devoirs envers ses clients et ses salariés, et doit s'appliquer un code de bonne conduite plutôt que de s'impliquer pour l'intérêt général. Le fait que les jeunes attendent plus que leurs aînés une implication et une responsabilisation plus grande de l'entreprise à l'égard de son environnement laisse toutefois entrevoir une réelle évolution.

L'entreprise a d'abord et avant tout des devoirs envers ses clients et ses salariés

  Seulement un quart des Français considèrent que "l'entreprise responsable" est celle qui s'implique pour l'intérêt général. Pour les autres, c'est d'abord sur le terrain de l'éthique professionnelle au quotidien que se situe la responsabilité de l'entreprise : respecter parfaitement la loi (22%) et, surtout, " savoir reconnaître ses torts et les réparer " (48%). Les Français n'attendent donc pas de l'entreprise qu'elle se substitue à l'Etat ou aux acteurs caritatifs et associatifs en oeuvrant pour le bien commun. Mais ils exigent qu'elle s'applique modestement à elle-même un code de bonne conduite inspiré de la morale individuelle. Avides de pouvoir faire confiance à leurs entreprises, les Français privilégient ainsi une " morale qui rassure " à une " générosité qui séduit ".

  Dans ce même esprit, c'est d'abord vis-à-vis de ses publics professionnels les plus proches (ses clients 78% et ses salariés 71%) que l'entreprise est jugée avoir des devoirs. Beaucoup plus rares sont ceux de nos concitoyens qui privilégient ses devoirs envers l'environnement (22%), ou les populations des régions dans lesquelles elle est implantée (17%). Et plus rares encore ceux qui estiment que l'entreprise a des devoirs envers ses actionnaires (6%).

  L'examen des réponses selon l'âge laisse toutefois pressentir une évolution vers une acceptation plus large de la responsabilité de l'entreprise, qui rapprocherait la France d'une conception plus anglo-saxonne. Les jeunes sont sensiblement plus nombreux que leurs aînés à considérer qu'une entreprise " est dans son rôle quand elle s'implique pour l'intérêt général " (63% chez les 15-17 ans et 58% chez les 18-24 ans, pour 46% chez les plus de 65 ans), ou à préconiser son engagement en faveur de causes humanitaires par exemple.

  Les résultats de cette enquête mettent en évidence une profonde évolution de la sensibilité des Français. Invités à indiquer quelles sont à leurs yeux les principales responsabilités d'une entreprise vis-à-vis de ses salariés, les Français demandent d'abord qu'elle les fasse profiter de sa réussite, via par exemple des politiques d'actionnariat salarié (58%). Cette demande intervient avant une réponse plus attendue : " s'interdire de licencier tant qu'elles font des bénéfices " (51%). Plus frappant : l'attente d'actionnariat salarié n'est pas l'apanage des catégories les plus familiarisées avec la bourse ou des managers : on la constate dans toutes les catégories professionnelles, autant chez les ouvriers que chez les cadres.

  On retrouve ce même consensus entre catégories professionnelles sur un autre thème longtemps considéré comme clivant : celui de " l'employabilité ". " Former ses salariés pour qu'ils aient de la valeur sur le marché du travail " est considéré comme un devoir prioritaire des entreprises par près de 40 % des Français, qu'ils soient, là encore, cadres ou ouvriers.

  Si le fait de bien traiter ses salariés (65% des citations) est le deuxième des comportements " éthiques " auquel les Français accordent la plus grande importance, il est précédé par le fait de refuser de faire travailler des enfants du tiers-monde (79%). Ces deux comportements devancent assez nettement le fait d'informer honnêtement le public quand un produit présente des risques (51%). L'interdiction des discriminations raciales et sexuelles (respectivement 41% et 31%) sont par ailleurs des comportements auxquels les jeunes se montrent particulièrement sensibles.

  On retrouve la demande de morale dans les réponses des personnes interrogées sur les pratiques des entreprises jugées inacceptables. Les plus réprouvées font référence au mensonge ou au fait de tricher : 91% rejettent ainsi le fait de " garder secrets des problèmes sur des produits ", 90% le fait de " faire croire à ses actionnaires que la situation est meilleure qu'elle ne l'est réellement " et 89% le financement des associations ou des partis politiques pour s'attirer leurs faveurs.

  Les fonds éthiques sont encore mal connus des Français : un tiers d'entre eux seulement (et 50% des actionnaires individuels) connaissent leur existence. Mais ils bénéficient d'un potentiel d'attractivité important. Très rares sont les Français qui jugent que les entreprises " éthiques " seront moins profitables que les autres (7%). L'opinion dominante, y compris chez les actionnaires individuels, est au contraire qu'elles seront sur la durée plus profitables que les autres (43% dans l'ensemble de la population et 45% chez les actionnaires individuels).

  Rares également sont ceux qui les considèrent comme un gadget sans grand intérêt : près des deux tiers des Français, et plus des trois quarts des actionnaires individuels, jugent au contraire que " c'est important de pouvoir investir dans des entreprises qui se comportent de manière responsable ". Enfin, 40 % des Français, mais surtout 56 % des actionnaires, déclarent que " s'ils avaient de l'argent à placer, ils auraient envie d'investir dans des fonds éthiques ".

  L'opinion française est très partagée : si 48 % des Français estiment qu'en France la majorité des entreprises se comporte de manière responsable, 44 % ont un avis inverse.

  Les attitudes sont en fait très variables selon les catégories professionnelles : si les actionnaires individuels et les cadres portent très majoritairement un regard favorable sur l'esprit de responsabilité des entreprises françaises, les employés, ainsi que les jeunes, sont beaucoup plus sceptiques.

  Cette suspicion des jeunes mérite d'autant plus d'être relevée qu'ils sont, on l'a vu, plus sensibles que leurs aînés au thème de la responsabilité de l'entreprise, et qu'ils attendent beaucoup des entreprises sur ce plan. Un " chantier " est incontestablement à ouvrir, ici, pour la communication des entreprises françaises.

  L'esprit de responsabilité est très inégalement reconnu aux différents secteurs d'activité : en tête du palmarès, pour les Français, les constructeurs automobiles (indice de responsabilité (différence entre les réponses " responsable " et " irresponsable ") de +60) et les entreprises de transport (indice +50). En décernant ainsi la palme de l'esprit de responsabilité aux constructeurs automobiles, les français saluent les progrès accomplis en matière de sécurité et de lutte contre les émissions polluantes.

  A noter : des trois secteurs concernés par les questions de sécurité alimentaire, la restauration collective (indice +22) et la grande distribution (indice +6) tirent bien leur épingle du jeu, grâce sans doute à la communication offensive qu'ils ont développée. L'agroalimentaire souffre en revanche beaucoup plus (indice +23).

  Enfin, au hit-parade des entreprises les plus responsables pour les Français, on constate la prééminence des services publics ou des récentes privatisées, avec une mention spéciale à EDF, qui bénéficie certainement de ses multiples engagements citoyens et de " l'effet - tempête" de l'an dernier. Interrogés sur les entreprises les plus responsables vis à vis de la société les enquêtés citent spontanément EDF, puis la SNCF, Renault, France Télécom, Gaz de France etc.

Muriel HUMBERTJEAN

Département Corporate & Management
Tél : 33 (0)1 40 92 44 29
Fax : 33 (0)1 40 92 47 57
Muriel.Humbertjean@tnsofres.com Voir aussi...

Fiche technique

Etude réalisée pour le TOP COM au mois de décembre 2000 auprès d'un échantillon de 1030 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus, interrogé en face à face au domicile. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) et stratification par région et catégorie d'agglomération.


Téléchargez l'ensemble des résultats de cette étude au format .pdf...
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"Les Français et l'économie solidaire"(19 octobre 2000)


  Épargne salariale socialement responsable : les syndicats français innovent
Par
Eric Loiselet - sur le site sri-in-progress.com - référence en matière d'ISR (Investissement Socialement Responsable) en France et l'un des sites experts en Europe.

  De quoi se mêlent-ils ? Quelle mouche a donc piqué ces centrales syndicales qui souhaitent labelliser des fonds d'épargne salariale ? La création du Comité Intersyndical d'Epargne Salariale par la CFDT, la CGT, la CGC et la CFTC ainsi que la diffusion d'un cahier des charges destiné à sélectionner des gestionnaires de fonds éligibles au label syndical ont effectivement de quoi surprendre. Pour autant, cette initiative s'inscrit dans une perspective tant en France que dans le Monde qui lui donne sens.

  En France tout d'abord. La CFDT, il y a trois ans, lors de son dernier Congrès, avait débattu d'une analyse nouvelle du monde contemporain et des transformations du capitalisme. Elle mettait en évidence qu'à côté des deux acteurs habituels du dialogue social : les salariés et les managers, un nouveau venu , l'actionnaire, avait fait son apparition. Et que celui-ci avait pris la forme, anonyme, des fameux fonds de pension, investisseurs institutionnels d'un nouveau type, massivement apparus au cours des années 1990. Faisant le constat que ces fonds géraient après tout l'argent des salariés épargnants, le CFDT s'interrogeait sur l'orientation de ces placements. Elle poursuivait le débat en octobre 1999, avec un colloque public sur « les nouveaux leviers d'action syndicale » que laissait entrevoir cette transformation du capitalisme. La CGC de son côté avait ouvert une réflexion au début de l'été 1998, sur le thème de l'éthique et des fonds de pension. Les travaux de quelques chercheurs de l'IRES, même très critiques sur ces mouvements, indiquait qu'un processus de maturation était en cours. La CGT n'était pas en reste avec les réflexions engagées par son secteur économique amenant son responsable, Jean-Christophe Le Duigou à dialoguer avec Bill Crist, le fameux patron de CalPers, lui même ancien syndicaliste universitaire californien.

  Dans le monde ensuite. L'expérience pionnière de la Fédération des Travailleurs du Québec , avec la création dès 1983 du Fonds de Solidarité des Travailleurs du Québec, laissait entrevoir comment une organisation syndicale, en orientant, avec l'appui d'un dispositif législatif et fiscal ad hoc, l'usage de l'épargne retraite dans l'entreprise des salariés du Québec, pouvait peser sur les conditions de l'emploi sur son territoire d'influence. Imitée depuis par sa consoeur québécois la CSN, avec Fondaction, mais aussi par d'autres membres de la Confédération du Travail du Canada en Ontario, au Manitoba et en Colombie Britannique, l'initiative de la FTQ a inscrit les « fonds syndicaux » dans le paysage des instruments d'action économique et sociaux à la disposition d'organisations syndicales souhaitant redéfinir par l'action des rapports capital – travail. Avec l'arrivée de l'équipe de John Sweeney en 1995 à la tête de l'AFL-CIO, cette dernière se dote, avec le Center for Working Capital, des premiers moyens d'influence syndicale dans l'univers des fonds de pension. La question est suffisamment élaborée aujourd'hui pour que les syndicalistes nord américains, malgré les obstacles légaux et opérationnels, posent la question de l'élargissement de la responsabilité fiduciaire des administrateurs de fonds de pension (trustees) aux « dommages collatéraux » qu'entraîne une gestion strictement financière et court termiste des actifs des fonds. Peu sensibles aux approches des congrégations religieuses ou des mouvements radicaux pionniers de l'investissement socialement responsable aux États Unis, certains syndicalistes nord américains se sont tout de même interrogés sur les moyens à travers l'allocation des actifs de certains fonds de pension, de soutenir les « bonnes pratiques sociales » des entreprises US et particulièrement le respect des droits syndicaux ainsi que les bonnes pratiques sociales dans les pays en développement et en Asie.

  Aujourd'hui, tant au Canada qu'aux États Unis, les syndicalistes privilégient l'actionnariat engagé comme forme d'intervention dans le champ de l'investissement socialement responsable avec des campagnes marquantes sur Rio Tinto, WalMart, Talisman, Disney, etc. Le frein principal au développement de leur action tient au fait qu'ils ont très peu accès aux Conseils d'Administration des fonds de pension et que, lorsqu'ils y parviennent, la loi ERISA bloque leurs possibilités d'exercer vraiment leur rôle d'actionnaire responsable.

  L'Europe n'est pas en reste et la question du contrôle de l'usage de l'argent des salariés, géré par les Caisses de Retraite, se pose avec de plus en plus d'acuité, comme en Finlande par exemple, où les Caisses des Retraite, sous influence syndicale, intègrent de plus en plus des considérations socialement responsables dans la gestion de leurs fonds tant en ce qui concerne les obligations que les actions. Le TUC en Grande Bretagne, tente depuis plusieurs années de faire valoir une approche « socialement responsable » dans certains des fonds de pension dont ils sont administrateurs. Et puis l'Allemagne où l'IG Metall participe, à parité avec le patronat de la métallurgie, à la création d'un fonds de pension de branche intégrant des critères de gestion socialement responsable.

  La Confédération Internationale des Syndicats Libres a mis sur pied un groupe de travail destiné à faciliter les échanges entre organisations syndicales au niveau mondial sur ces sujets.

  De nouveaux acteurs apparaissent donc dans le champ de l'investissement socialement responsable. Ils dérangent quelque peu l'ordre établi - parmi les professionnels de la gestion peu habitués à devoir rendre des comptes à des syndicats - mais aussi parmi les professionnels de la gestion socialement responsable, eux mêmes peu familiarisés avec ces acteurs.

  Dans le monde anglo-saxon, les pionniers de l'ISR ne sont pas issus de milieux proches du syndicalisme. Souvent, tant aux États Unis qu'en Grande Bretagne, ils s'en méfient pour des raisons diverses mais souvent profondément ancrées. La question des alliances est toutefois posée .. et des ponts sont déjà en train d'être lancés.

  L'initiative française n'est donc pas isolée. Ceci n'ôte pourtant rien à son caractère audacieux. Audacieux parce qu'intersyndicale d'abord, audacieux ensuite parce que résolument constructive. Les membres du Comité Intersyndical sont conscients des risques auxquels ils s'exposent. Aux premières difficultés, aux premiers faux pas, ils savent qu'ils n'auront droit à aucune indulgence de la part des sceptiques parmi les professionnels de la finance, de la part des commentateurs, de la part de FO comme de SUD, de la part du patronat et sans doute d'une partie du monde politique. Ils savent que leur démarche ne sera pas facile, c'est pourquoi ils la veulent modeste et concrète, avec l'appui de leurs centrales respectives.

Cette initiative en préfigure d'autres :

  • l'adoption d'une position syndicale concertée au sein du Conseil de Surveillance du Fonds de Réserve des Retraites, 
  • l'adoption d'orientations de placement socialement responsable au sein de Préfon, ce « fonds de pension » à la française réservé aux fonctionnaires, géré par la Caisse des Dépôts, co-administré par les centrales syndicales … et jusqu'à présent très silencieux en matière d'ISR. 
  Les lignes viennent de bouger. L'accord intersyndical manifeste une volonté de la société civile française de faire irruption dans le champ de la finance. Ce mouvement est irréversible. Il entraînera des mouvements comparables hors de France. Souhaitons qu'il prenne de l'ampleur, qu'il conserve longtemps son souffle innovateur, nous avons tous à y gagner, y compris les entreprises, y compris les professionnels de la gestion de fonds.

Pour en savoir plus :





 Actualité :

Responsabilité sociale, une révolution?

La «responsabilité sociale» n'est pas seulement une affaire interne à l'entreprise. Elle concerne aussi les rapports avec les partenaires de l'entreprise et avec la main-d'oeuvre périphérique qui souffre le plus des conditions de travail

Socialement responsables... le sujet est à l'ordre du jour. Lundi 11 février, quatre syndicats français (CGT, CFDT, CFDT, CGC) annonceront la mise en place d'un label pour encourager les fonds d'épargne salariale à investir dans du «socialement correct». La Belgique va estampiller ses produits d'un label signalant aux consommateurs ceux qui ont été fabriqués dans le respect des normes sociales internationales. La Commission européenne elle-même parle d'élaborer un «cadre européen de la responsabilité sociale des entreprises», et ce pour en faire un atout de la «construction du modèle social européen»

Claude-Emmanuel Triomphe, délégué général de l'Université européenne du travail, revient sur la montée du concept de «responsabilité sociale» en France et en Europe, qui pourrait être, selon lui, une opportunité de transformer radicalement les comportements et les structures. 

Labelliser les fonds d'épargne pour encourager les investissements socialement corrects, c'est ce que s'apprêtent à faire les syndicats français. Est-ce de leur ressort ?

En quelque sorte, non, mais ils n'ont pas vraiment le choix. La loi sur l'épargne salariale a été adoptée. S'ils veulent avoir leur mot à dire sur le placement et la gestion de cette épargne, il faut bien qu'ils s'engagent... Cela signifie que les syndicats vont être désormais en mesure d'exercer indirectement un rôle d'investisseur. L'expérience des fonds de retraite gérés directement par les syndicats, comme cela se passe au Canada avec le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, n'est peut-être pas directement transposable. Mais la mise en place d'un fonds paritaire dans la métallurgie allemande, la création récente de plusieurs fonds de pension d'entreprise en Irlande, la constitution de fédérations d'actionnaires salariés dans plusieurs pays comme les perspectives qu'ouvre la gestion de l'épargne salariale en France font partie des réalités nouvelles. Quelle sera la ligne de conduite des syndicats dans ce domaine ? Ce qui est sûr, c'est que cela va les amener à aborder des questions qu'ils avaient renoncé à aborder. Jusque-là les syndicats français restaient arc-boutés sur la défense de l'emploi et des salariés. L'investissement, la stratégie globale de l'entreprise, ça n'était pas de leur ressort. Aujourd'hui, si. Et d'autant plus que les entreprises sont de plus en plus interpellées sur les questions de responsabilité sociale.

etc...





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