Sites importants
Actualité
Vidéos
Images
![]() |
De Monterrey à Johannesburg : |
|
À la veille du Sommet de la Terre qui se tiendra à Johannesburg du 26 août au 4 septembre 2002, Transversales Science Culture se doit de poser les termes d'un débat qui, au vu de la tournure des récentes négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha et de la Conférence sur le financement du développement à Monterrey, prend une acuité particulière. La question du "développement " se trouve au coeur même de l'ensemble des problématiques du monde actuel. Mais de quel développement parlons-nous ? Telle est la véritable question. En effet, si la Conférence de Monterrey (voir Transversales nouvelle série, n° 1) devait apporter des solutions et des moyens financiers pour atteindre les objectifs de la Déclaration du millénaire adoptée en septembre 2000 (1), il a bien davantage été question de répondre aux impératifs du " développement économique ". Après l'échec de Seattle, les organisations économiques et financières internationales (OMC, Banque mondiale, Fonds monétaire international) - sous la férule des États-Unis et avec le blanc-seing des pays occidentaux - ont en effet révisé leur stratégie et élaboré une nouvelle doctrine destinée à mettre au premier plan la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement. Ce faisant, le " développement " des pays du Sud et des pays les moins avancés (PMA) se retrouve au centre de la nouvelle donne du commerce international. On assiste ainsi à un étrange renversement de la question de l'aide aux pays du Sud. Tout se passe comme si l'ensemble des politiques internationales (environnementales y compris) s'alignait désormais sur les objectifs de la croissance économique mondiale marchande, présentée comme la voie royale vers un monde sans pauvreté, priorité des priorités de toutes les organisations onusiennes. Sous couvert de l'" éradication de la pauvreté ", le développement économique lié à la croissance est ainsi devenu l'alpha et l'oméga de ce but. Dès lors, que recouvre ce développement à marche forcée et que peut bien encore signifier, dans ces perspectives, celui que l'on persiste à qualifier de " durable " ? Lorsqu'en 1987, Gro Harlem Brundtland vulgarise le concept de " développement durable ", Nicholas Georgescu-Roegen en parle comme d'" une charmante berceuse ". Dix ans après le premier Sommet de la Terre à Rio, qu'en est-il ? Dans le débat que nous ouvrons, les lecteurs trouveront en premier lieu les textes de Jacques Grinevald et d'Edgar Morin qui souhaitent en finir avec le terme même de " développement ", fût-il durable. Dans leur suite, le texte de Serge Latouche fait un réquisitoire implacable à l'encontre de cette "poursuite de la colonisation par d'autres moyen " et avance le terme de "décroissance ". Pour ces auteurs, une rupture radicale, non seulement avec le modèle mais avec le concept même, est nécessaire pour repenser les fondements d'une autre civilisation planétaire. Jean-Baptiste de Foucauld, l'un des auteurs de l'appel du Club Convictions (2), défend la pertinence du concept de développement durable, à condition toutefois d'y ajouter clairement les termes de " durable " et d'" humain " et de faire référence constante à la lutte contre la pauvreté. René Passet, qui depuis son ouvrage de base L'Économique et le Vivant (3) s'emploie à bien distinguer le développement (avec sa nature complexifiante et sa multidimensionnalité) de la croissance quantitative, se situe du côté de ceux pour qui l'opportunité de changer l'expression de " développement " ne suffit pas à changer la réalité. C'est à la racine qu'il faut s'attaquer, c'est-à-dire au système lui-même. Mais il ne lui semble pas nécessaire de rayer le terme lui-même de "développement durable ". Le texte final de ce dossier fait état du résumé de propositions établies dans le cadre de la Fondation Heinrich-Böll, sous l'autorité de Wolfgang Sachs, qui seront soumises au Sommet de Johannesburg. Pour nous, ces recommandations paraissent les plus aptes, sans clore le débat, à établir aujourd'hui une stratégie pour retrouver les premières perspectives dessinées à Stockholm (1972) et à Rio (1992). En particulier, la création immédiate d'une "Organisation mondiale de l'environnement" appuyée par une "Cour de justice environnementale ", jetterait les bases d'un développement durable régulé. Nous espérons que ce débat contribuera à tracer un chemin vers ce réformisme radical auquel les habitants de la Terre ne pourront se soustraire, sans risque de voir exploser leur planète. ** Ann-Corinne Zimmer est journaliste. Jacques Robin est fondateur de Transversales Science Culture. 1 La Déclaration du millénaire propose principalement, à l'horizon 2015, de réduire de moitié le nombre de personnes dans le monde vivant avec moins d'un dollar par jour. 2 " Manifeste pour un développement durable " du 12 décembre 200 1. Club Convictions, 4 place de Valois, 75001 Paris (Tél. : 01 55 35 36 44). 2 René Passet, L'Économique et le Vivant, Économica, 1996 (1re édition Payot, 1979). Stockholm + 30 ! . |
|
|||||||||||
|
Transversales Science Culture :
|
|||