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De Monterrey à Johannesburg : quel développement ? Un mémorandum pour Johannesburg Sous les auspices de la Fondation Heinrich Böll, des auteurs, coordonnés par Wolfgang Sachs, vont lancer à New York un mémorandum pour le Sommet de Johannesburg. Ils posent la question centrale :" Oui au développement, mais quel type de développement et pour qui ? Par Wolfgang Sachs * |
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" Leurs recommandations s'appuient sur les principes de développement durable et d'équité écologique. Voici le résumé des éléments principaux de ce mémorandum. La première partie - " Rio, dix ans plus tard " - évalue les dix années qui ont passé depuis la conférence de Rio et souligne le paradoxe de Rio : cette conférence a lancé un nombre considérable de processus institutionnels à succès, sans toutefois produire des résultats tangibles à échelle globale.En particulier, la mondialisation économique a considérablement érodé les progrès faits à un micro- niveau, répandant une économie d'exploitation à travers le globe et exposant des ressources naturelles du Sud et de la Russie à la pression du marché mondial. La deuxième partie - " L'agenda de Johannesburg " - identifie quatre thèmes de fond qui devraient être de tous les débats du Sommet. Cette question avant toute autre est cruciale : que signifie " juste " dans un espace naturel limité ? D'un côté, l'équité exige que l'on étende les droits des pauvres à leurs habitats ; tandis que, de l'autre, il faudrait réduire les prétentions des riches sur les ressources. Les intérêts des communautés locales pour subvenir à leurs besoins se heurtent souvent aux intérêts des classes urbaines et des entreprises qui souhaitent développer leur consommation et leurs profits.Ces conflits autour des ressources ne seront pas atténués tant que les riches n'iront pas vers des modes de production et de consommation producteurs de ressources. La troisième partie - " Droits de subsistance " - va à l'encontre de la sagesse conventionnelle qui voudrait que l'éradication de la pauvreté s'associe mal à la protection de l'environnement. Au contraire, les subsistances ne peuvent être assurées sans un accès garanti à la terre, aux graines, aux forêts, aux pâturages, eaux de pêche et sources d'eau De plus, la pollution de l'air, des sols, de l'eau et de la nourriture affaiblit de façon chronique la santé physique des pauvres, particulièrement dans les villes. La protection de l'environnement n'est donc pas contradictoire avec l'élimination de la pauvreté, elle en est la condition. La quatrième partie - " Richesse équitable " - souligne que l'atténuation de la pauvreté ne peut être séparée de l'atténuation de la richesse. L'espace naturel global est divisé de façon inéquitable ; l'accès à plus de droits sur les ressources pour les petits consommateurs implique une réduction des exigences en ressources des sur- consommateurs du Nord et du Sud. Comme le suggèrent les conventions sur le climat et la biodiversité à l'égard des nations, il n'y aura pas d'équité sans écologie. Inversement, il n'y aura pas d'écologie sans équité, parce qu'il n'y aura pas d'entente sur des accords s'ils sont jugés injustes. La cinquième partie - " Administration pour l'écologie et l'équité " - propose des changements dans les cadres institutionnels au niveau international pour renforcer la responsabilité écologique et les droits de subsistance. La démocratisation des systèmes d'administration est la meilleure façon de protéger l'environnement. Une convention cadre concernant les droits des communautés locales sur les ressources consoliderait les droits des habitants de zones riches en ressources, dont les modes de vie sont menacés par le forage, le pétrole, l'exploitation forestière et d'autres industries basées sur l'extraction. De plus, les droits concernant l'environnement - dont le droit à une information complète, les droits des consommateurs et le principe de précaution et de prévention, qui veut que le pollueur paie - doivent faire partie intégrante de la loi à tous niveaux. Les prix du marché doivent mieux refléter la véritable nature des coûts sur l'environnement. Une comptabilité analytique complète exige qu'on retire les subventions perverses pour l'environnement. Il faut également une réforme fiscale, qui ferait basculer l'imposition de la force de travail sur la consommation, la pollution et le gâchis de ressources. Une comptabilité analytique complète requiert également des frais d'utilisation pour les biens communs mondiaux, en particulier l'atmosphère, le ciel et les mers. Grâce à une comptabilité analytique complète, des décisions économiques seront prises avec des impacts minimaux sur l'environnement. Les régimes de commerce international doivent favoriser le développement durable et l'équité, et pas seulement l'efficacité économique. De ce point de vue, la libéralisation du marché façon OMC menace la cohérence sociale, sape la sécurité agro-alimentaire et met en danger les écosystèmes partout dans le monde. Le Nord et le Sud n'ont pas besoin de libre-échange, mais d'échange équitable. Le libre-échange doit être subordonné aux plus grandes causes des droits de l'homme et du développement durable. Ce qui signifie que les nations devront avoir plus souvent l'opportunité de réguler le commerce pour protéger le bien public. Ceci exige également que des traités sur l'environnement soient prioritaires face à des accords commerciaux. De plus, les rapports de commerce, ainsi que la conduite d'acteurs économiques doivent être adaptés à la promotion des droits de l'homme et du développement durable. Au-delà de codes de conduite d'affaires plus faciles à contrôler, un cadre de production socialement responsable est requis, dont les principes s'appliqueraient à toutes les activités commerciales. Enfin, l'architecture financière globale doit être remaniée, avec notamment une taxe sur la spéculation financière, des allégements de dettes et un développement du commerce d'échange transfrontalier électronique. Un nouvel agenda historique doit être implanté dans de nouvelles institutions.D'abord, il faut faire de l'UNEP une Organisation mondiale de l'environnement. Deuxièmement, une Agence décentralisée d'énergie renouvelable doit être créée. Enfin, le Mémorandum plaide pour un Tribunal d'arbitrage international. * Wolfgang Sachs, économiste, est l'un des chefs de file du mouvement écologiste en Allemagne. Texte traduit de l'anglais par Louise Bartlett. |
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