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deux cultures, deux visions d'un environnement naturel et social par Dominique ALLAN MICHAUD |
LEnvironnement , champ d'intersection de disciplines ?
Les deux écologies
II Lenvironnement , champ d'intersection de phénomènes culturels ?Quest-ce que lenvironnement ? Science ou champ commun à diverses disciplines, pour ne pas dire intersection de celles-ci ?
Les deux culturesIII Lenvironnement , champ d'intersection de phénomènes culturels ?
Les deux visions
Comment lenvironnement pourrait-il à la fois constituer un champ plus large et un champ plus étroit que celui couvert par lécologie ? La raison de lapparente contradiction est, on le comprend, que le mot napparaît pas avec le même sens dans les deux citations : lacception militante a succédé au statut scientifique .
Il nest pas surprenant que les préférences institutionnelles soient du côté de lenvironnement entendu comme champ commun à plusieurs disciplines, idée qui ne manque pas de logique. Une commission dun colloque denseignants, dans son compte-rendu, soulignait que beaucoup de disciplines scolaires pourraient « trouver leur place » dans léducation « relative à lenvironnement » : physique-chimie, géographie, histoire, biologie-géologie, lettres, philosophie, mathématiques ; avec, en un autre endroit des actes du colloque, lajout des « facteurs sociaux, économiques, produits dune histoire », qui peut suggérer dautres disciplines : sociologie, économie (SNES, 1993). Sagirait-il denseigner lenvironnement par morceaux ? Non : une collégialité avec un « maître duvre » était envisagée. Mais pour lécologue Patrick Blandin, professeur au Muséum, « il faut donc imaginer une technique éducative telle que lon puisse évacuer tout marquage disciplinaire »
On devine bien les difficultés Enseigner lenvironnement sous divers aspects, soit ! Avec les apports de plusieurs disciplines, certes ! Mais le rêve dune cohérence inter-trans-disciplinaire résiste mal à ce qui apparaît souvent comme la réalité dun écartèlement entre disciplines, dune appropriation multiple de lenvironnement sur le mode bien connu : « lenvironnement, cest ma discipline »
Les idées de globalisation, dinterdépendance, se heurtent à une conception cloisonnée de la réalité. Ce cloisonnement, utile pour comprendre la structure de lunivers en la décomposant, et pour en utiliser les mécanismes, pour exploiter les richesses naturelles, est en même temps néfaste pour affronter les problèmes liés à linterdépendance des phénomènes, à la globalité de lunivers, et pour en préserver les mécanismes vitaux, pour protéger les ressources non renouvelables.
Il en résulte un souci de réévaluation de lattitude scientifique. Ainsi, en 1993, le sociologue Marcel Jollivet et le biométricien Alain Pavé, soulignant après bien dautres que selon les scientifiques il existe une « grande variabilité » dans le sens du mot environnement, y verront la promesse dune « polysémie à exploiter ». Mais le « programme environnement » que ces auteurs ont eu la responsabilité danimer au sein du Centre national de la recherche scientifique, sil a eu plusieurs noms successifs, nen semble pas moins avoir gardé une caractéristique gênante : sa marginalité Leur conviction quaux nécessités de lanalyse doit succéder la nécessité de la synthèse, et quil faut maintenant « réunir ce qui a été ainsi disjoint » (en insistant sur les interrelations, les interfaces), naurait-elle pas devancé largement la volonté des institutions ?
Environnement, environnement de quoi ?
Cest de létat présent et à venir de ce qui est autour de lhomme que sinquiètent les hommes, comme le soulignent justement Marcel Jollivet et Alain Pavé. Donc du lien vital entre le monde construit par lhomme et le monde dont il est issu. Quel est ce lien ? Les écologues insistent sur les interrelations à luvre dans la nature, sur linterdépendance de lensemble des êtres vivants, du microbe à lhomme. Cest le domaine de lécologie.
Lécologie avec un statut scientifique. Mais un néologisme de sens fait que lécologie a aussi, désormais, une acception militante.
Comment les différencier ? Pourquoi le mot écologisme, à lusage entériné par militants et linguistes na-t-il pas bénéficié dun usage courant, et est-il délaissé jusque dans le mouvement associatif, dans le courant politique, sans compter lexpression journalistique, et même souvent la recherche universitaire ? Pourquoi encourager lusage de la formule écologie politique, qui nest pas sans évoquer en pire limage ancienne dun socialisme voulu scientifique ?
Il faut dailleurs souligner que le choix dun mot nest pas tout, ne saurait résoudre tous les problèmes.
Une conception cloisonnée de la réalité constitue un frein pour une appréhension scientifique globale de lenvironnement. A un tel cloisonnement néchappe pas la vision politique : le discours écologique na fonctionné que comme une dialectique inachevée par juxtaposition sans synthèse , avec des contradictions éludées plutôt que surmontées Déjà ce serait lutter contre la confusion que de nettement séparer les problèmes scientifiques et idéologiques.
Ces quelques pages nont dautre but que dexposer les éléments généraux dune complexité
dune double complexité . Une combinaison de problèmes difficiles à appréhender et encore plus à résoudre se trouve derrière la difficulté de conception et /ou de justification dune science et dun militantisme se nourrissant et /ou se soutenant sans se confondre.