Mémoire de l'environnement

 
Deux écologies,
deux cultures, deux visions
d'un environnement naturel et social 

par 

Dominique ALLAN MICHAUD

L’Environnement , champ d'intersection de disciplines ?
Les deux écologies
II – L’environnement , champ d'intersection de phénomènes culturels ?
Les deux cultures

III – L’environnement , champ d'intersection de phénomènes culturels ?
Les deux visions

Bibliographie du texte

Qu’est-ce que l’environnement ? Science ou champ commun à diverses disciplines, pour ne pas dire intersection de celles-ci ?
Y a-t-il une conception de l’environnement qui s’impose à tous ou doit-on tenir compte d’une pluralité de représentations ?
Le fait de simplement énoncer ces questions introduit au cœur d’un débat complexe.
« L’erreur est de réduire l’écologie à l’environnement », a écrit en 1990 celui qui était alors le principal porte-parole des verts, Antoine Waechter.
« L’étude de l’environnement ne se réduit pas à l’écologie », a fait savoir en 1992 le Conseil national des programmes, sur l’éducation à l’environnement.

Comment l’environnement pourrait-il à la fois constituer un champ plus large et un champ plus étroit que celui couvert par l’écologie ? La raison de l’apparente contradiction est, on le comprend, que le mot n’apparaît pas avec le même sens dans les deux citations : l’acception militante a succédé au statut scientifique .

Il n’est pas surprenant que les préférences institutionnelles soient du côté de l’environnement entendu comme champ commun à plusieurs disciplines, idée qui ne manque pas de logique. Une commission d’un colloque d’enseignants, dans son compte-rendu, soulignait que beaucoup de disciplines scolaires pourraient « trouver leur place » dans l’éducation « relative à l’environnement » : physique-chimie, géographie, histoire, biologie-géologie, lettres, philosophie, mathématiques ; avec, en un autre endroit des actes du colloque, l’ajout des « facteurs sociaux, économiques, produits d’une histoire », qui peut suggérer d’autres disciplines : sociologie, économie (SNES, 1993). S’agirait-il d’enseigner l’environnement par morceaux ? Non : une collégialité avec un « maître d’œuvre » était envisagée. Mais pour l’écologue Patrick Blandin, professeur au Muséum, « il faut donc imaginer une technique éducative telle que l’on puisse évacuer tout marquage disciplinaire »…

On devine bien les difficultés… Enseigner l’environnement sous divers aspects, soit ! Avec les apports de plusieurs disciplines, certes ! Mais le rêve d’une cohérence inter-trans-disciplinaire résiste  mal à ce qui apparaît souvent comme la réalité d’un écartèlement entre disciplines, d’une appropriation multiple de l’environnement sur le mode bien connu : « l’environnement, c’est ma discipline »…

Les idées de globalisation, d’interdépendance, se heurtent à une conception cloisonnée de la réalité. Ce cloisonnement, utile pour comprendre la structure de l’univers en la décomposant, et pour en utiliser les mécanismes, pour exploiter les richesses naturelles, est en même temps néfaste pour affronter les problèmes liés à l’interdépendance des phénomènes, à la globalité de l’univers, et pour en préserver les mécanismes vitaux, pour protéger les ressources non renouvelables.

Il en résulte un souci de réévaluation de l’attitude scientifique. Ainsi, en 1993, le sociologue Marcel Jollivet et le biométricien Alain Pavé, soulignant après bien d’autres que selon les scientifiques il existe une « grande variabilité » dans le sens du mot environnement, y verront la promesse d’une « polysémie à exploiter ». Mais le « programme environnement » que ces auteurs ont eu la responsabilité d’animer au sein du Centre national de la recherche scientifique, s’il a eu plusieurs noms successifs, n’en semble pas moins avoir gardé une caractéristique gênante : sa marginalité… Leur conviction qu’aux nécessités de l’analyse doit succéder la nécessité de la synthèse, et qu’il faut maintenant « réunir ce qui a été ainsi disjoint » (en insistant sur les interrelations, les interfaces), n’aurait-elle pas devancé largement la volonté des institutions ?

Environnement, environnement de quoi ?

C’est de l’état présent et à venir de ce qui est autour de l’homme que s’inquiètent les hommes, comme le soulignent justement Marcel Jollivet  et Alain Pavé. Donc du lien vital entre le monde construit par l’homme et le monde dont il est issu. Quel est ce lien ? Les écologues insistent sur les interrelations à l’œuvre dans la nature, sur l’interdépendance de l’ensemble des êtres vivants, du  microbe à l’homme. C’est le domaine de l’écologie.

L’écologie avec un statut scientifique. Mais un néologisme de sens fait que l’écologie a aussi, désormais, une acception militante.

Comment les différencier ? Pourquoi le mot écologisme, à l’usage entériné par militants et linguistes  n’a-t-il pas bénéficié d’un usage courant, et est-il délaissé jusque dans le mouvement  associatif, dans le courant politique, sans compter l’expression journalistique, et même souvent la recherche universitaire ? Pourquoi encourager l’usage de la formule écologie politique, qui n’est pas sans évoquer – en pire – l’image  ancienne d’un socialisme voulu scientifique ?

Il faut d’ailleurs souligner que le choix d’un mot n’est pas tout, ne saurait résoudre tous les problèmes.

Une conception cloisonnée de la réalité constitue un frein pour une appréhension scientifique globale de l’environnement. A un tel cloisonnement n’échappe pas la vision politique : le discours écologique n’a fonctionné que comme une dialectique inachevée – par juxtaposition sans synthèse – , avec des contradictions éludées plutôt que surmontées …  Déjà ce serait lutter contre la confusion que de nettement séparer les problèmes scientifiques et idéologiques.

Ces quelques pages n’ont d’autre but que d’exposer les éléments   généraux d’une  complexité
– d’une double  complexité –. Une combinaison de problèmes difficiles à appréhender et encore plus à résoudre se trouve derrière la difficulté de conception et /ou de justification d’une science et d’un militantisme se nourrissant et /ou se soutenant sans se confondre.