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L'environnement, champ de thèmes? par Dominique ALLAN MICHAUD |
L'histoire dans laquelle s'inscrit la question naturelle n'est pas d'ordre exclusivement scientifique et technique.
Allons au-delà : oublions momentanément l'industrialisation du monde, et songeons à cette nature magique dans laquelle ont vécu nos aïeux lointains. Faudrait-il en fixer à jamais les traces dans le passé, en ignorer les traces modernes qui se laissent deviner à travers les conceptions de certaines tendances ésotériques, au nom de la nature rationnelle ? Des questions se poseraient alors pour le proche et lointain passé et pour le présent. Par exemple la Naturphilosophie ne serait-elle pas pour partie une « modernisation » du vieux thème de la Mère Nature, comme le suggérait Robert Lenoble pour qui la nature ne saurait être le « champ du seul savant », et « parle » aussi au poète, à l'artiste, au moraliste, au théologien ? « Il n'est pas facile d'arrêter la magie dans le temps », faisait remarquer le philosophe et historien des sciences pensant à un jeu prolongé de « cache-cache » entre « le rationnel et le magique»12.
Comment ferait-on de l'histoire des idées sans considérer que certaines ont la vie dure – même si elles paraissent abâtardies de nos jours, même si l'opinion dominante les juge dépassées, même si elles dérangent la plupart d'entre nous – ?
Revenons sur terre : oublions l'enchantement du monde, et pensons à la nature prosaïque dans laquelle sont condamnés à vivre les contemporains ordinaires. Notons-le dès l'abord : l'environnement au sens large est souvent entendu comme une nature dans un sens restreint. Pourtant l'environnement humain n'est pas qu'une nature appauvrie ou enrichie – selon le point de vue –, c'est autre chose en vérité, une « nature » créée par l'homme en vue de son bonheur, pour son malheur diront certains… C'est l'univers de la ville, mais ce fut aussi l'univers de la campagne : cette dernière n'est qu'une nature humanisée à seule fin d'organiser la production agricole. N'aura-t-il pas fallu nourrir les villes ? C'est ainsi que l'environnement va de l'environnement naturel à l'environnement social. L'homme habite deux mondes, comme l'avait souligné le rapport préparatoire à la conférence de 1972 à Stockholm : la société et la nature. Mais une large partie du monde trouvée naturelle à la naissance d'un homme a été créée par un autre homme… La nature originelle de la planète, dont il subsiste des traces, est considérée elle-même du point de vue de l'utilité, voire de la nécessité pour l'espèce humaine : piège à carbone et productrice d'oxygène, réservoir d'une riche biodiversité… et réservoir de symboles.
L'histoire dans laquelle s'inscrit la question naturelle, nous l'avons dit, n'est pas d'ordre exclusivement scientifique et technique : et pourtant la philosophie, la littérature, l'idéologie, le militantisme, échappent souvent au plus gros thésaurus… Pour une enquête d'ailleurs intéressante rendue en décembre 2000 à la DIREN PACA, un cabinet privé, le bureau Van Dijk, avait « oublié » complètement de demander aux bibliothèques et autres centres de documentation s'ils étaient fournis en ouvrages concernant le militantisme. Etait-ce gênant ? S'agissant d'une enquête préalable à la constitution d'un réseau documentaire régional sur l'environnement, et l'environnement physique devant constituer l'intérêt exclusif des demandeurs, sans doute pas. Ne serait-il pas toutefois de l'intérêt général de prévoir plus largement en fonction d'intérêts plus diversifiés ?
Pour l'enquête devant établir un premier inventaire national des centres de ressources, sous notre direction, a été choisie l'optique la plus ample et la plus précise, en partant de deux grandes visions de l'environnement naturel et/ou social : la vision scientifique et technique ; la vision religieuse, littéraire, idéologique ou philosophique. Pour dire à quel point cela allait loin dans le détail afin de décliner l'environnement en fonction de ses multiples facettes, nous renverrons à la page thématique du questionnaire , reproduite ci-après. Sa mise au point 13 a représenté un tour de force, et il a fallu dans la préparation supprimer alternativement de la précision et de la lisibilité afin d'arriver à une moyenne. De la difficulté d'y répondre, nous avons entendu parler. Mais de son intérêt également, et le nombre important de réponses (70 pour 200 organismes contactés) aura montré que l'ouverture aux aspects sociaux et politiques (dans 55 fonds documentaires) n'est pas un handicap, mais une aide pour saisir la très grande richesse de l'environnement.
Deux écologies, deux cultures, deux visions, avons-nous titré : l'environnement est pluriel, et ces quelques pages veulent le faire bien saisir pour expliciter des choix et leurs raisons.
1) Vision scientifique et technique de l'environnement naturel et/ou social
> Généralités sur l'histoire des sciences de la nature
- Histoire naturelle
- Sciences naturelles
- Ecologie (discipline)
> Monde physique
- Forêt, faune et flore
- Eau (mer, rivières, lacs …)
- Air / climat
- Terre (reliefs et sous-sol)
> Géographie humaine ou sociale - démographie
> Environnement social
- Aménagement
- Urbanisme
- Transports
- Energie
> Pollutions et nuisances (risques industriels, catastrophes, déchets)2) Vision religieuse, littéraire, idéologique ou philosophique de l'environnement naturel et/ou social> Généralités et spécialisations sur la nature et l'environnement
> Généralités sur la protection de la nature et de l'environnement
> Société de production et de consommation
- Agriculture - alimentation
- Industrie
- Technologies du vivant
> Métiers de l'environnement
> Pensée anthropologique sur la nature (cosmogonie, mythologie)> Littérature
> Pensée et militantisme pré-écologistes
- Conservationnisme (protection de la nature)
- Philosophie de la santé (agrobiologie, hygiénisme, naturisme, médecines « douces»)
- Usages de la nature (randonnée, pêche …)
> Pensée et militantisme écologistes
- associatif,
- politique,
- socio-économique,
- philosophique ou ésotérique
> Environnementalisme - Usagers de la ville
> Législation
> Environnement et mondialisation : Rapports Nord-Sud, développement (écodév., dév. soutenable/durable, décroissance), effets pervers.
> Education à l'environnement