Déclaration de Calvià sur le Tourisme et le Développement Durable en Méditerranée



 

Appel aux collectivités territoriales
Déclaration de Calvià du 19 avril 1997, adoptée par les participants à la Conférence Internationale sur le Tourisme et le Développement Durable dans la Méditerranée

Introduction

A l’invitation de la Municipalité de Calvià (Ile de Majorque, Baléares), 490 responsables politiques et touristiques des collectivités locales méditerranéennes, représentants d’entreprises touristiques, d’organisations syndicales, des collectivités régionales et nationales, des institutions de coopération publiques et privées, des institutions et organisations internationales, méditerranéennes et européennes, des associations environnementales, consultants et instituts de recherche de 28 pays, se sont réunis à Calvià du 17 au 19 avril 1997 pour participer à la "Conférence Internationale sur le Tourisme et le Développement Durable dans la Méditerranée".

Les participants ont reconnu les efforts réalisés et l’impact des différents programmes de coopération de cette région qui tiennent compte du défi des nouvelles stratégies de développement durable, comme les Plans d’action pour la Méditerranée, la Charte du tourisme euroméditerranéen de Casablanca de septembre 1995, incluse dans la Déclaration euro-méditerranéenne de Barcelone de novembre 1995.

En outre, au niveau mondial, le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro de 1992 a engendré un mouvement global pour le tourisme durable, touchant tous les secteurs de nos sociétés; responsabilité partagée, participation et dialogue étant les éléments clés du Document final de "l’Agenda 21".

Les participants de la Conférence de Calvià ont reconnu que les graves défis sociaux et écologiques qu’affrontera le Bassin méditerranéen avant l’an 2025, exigent une modification des systèmes actuels de développement, sachant que la réduction des inégalités, la paix et la stabilité sont les conditions et les effets indiscutables du développement durable.

La Conférence de Calvià devrait être un événement- clé pour le développement durable en Méditerranée en rappelant les aspects suivants:




I- Le tourisme, Moteur du développement méditerranéen

La richesse du patrimoine naturel et culturel de la Méditerranée a rendu possible la création d’un tourisme que est devenu l’une des activités les plus importantes de la région, ce qui a permis de multiplier l’investissement et l’emploi.
Dans les municipalités et régions méditerranéennes, s’est créée une offre touristique attractive pour un nombre croissant de touristes, faisant du Bassin méditerranéen, la première destination touristique mondiale.
Cette activité touristique est une opportunité, mais aussi une menace si elle n’est pas gérée adéquatement.



II- Des situations différentes, Des buts communs

Durant les trente dernières années, 80% du développement touristique s’est concentré dans le nord-ouest de la Méditerranée, ce qui pose deux situations différentes:
Dans les zones les plus développées, il s’agirait de renoncer à la croissance illimitée et de réhabiliter le patrimoine naturel et bâti.
Dans les zones émergentes, le développement d’initiatives durables permettra d’éviter la détérioration de leurs ressources et garantira la viablilité de leur futur.
Les deux situations exigent la reformulation des modèles et des produits touristiques dans l’esprit de la durabilité.



III- Le développement durable, défi au futur

La région méditerranéenne, berceau des grandes civilisations, est parvenue à de grandes réussites économiques, mais a aussi détérioré son patrimoine naturel et culturel.
Les peuples, les villes et régions méditerranéennes estiment qu’un tourisme intégré dans le développement durable préservera et retrouvera leurs valeurs culturelles, sociales et environnementales.
Les participants de la Conférence estiment qu’il y a urgence d’affronter les déséquilibres sociaux et écologiques dès aujourd’hui même. Le chemin vers la durabilité ne pourra être pris qu’avec équité et si l’on tient compte des limites des capacités de charge du milieu environnemental. Seul sera assuré un développement durable pour la Méditerranée et les générations futures si est assumée la nécessité d’un changement culturel en relation avec nos modèles de développement.
La durabilité globale ne peut être atteinte sans des communautés locales durables.



IV- Intégrer la durabilité dans les comportements

Avancer vers la durabilité exige des changements dans les formes de pensée, de comportement, de production et de consommation. Les autorités municipales, les entreprises et les organisations sociales sont les acteurs clés de ce processus de changement.
Les citoyens de la Méditerranée sont à la fois habitants d’une collectivité, électeurs, employés et consommateurs. Le développement durable demande une vision intégrée, non une vision basée sur un cloisonnement sectoriel. Le cadre le plus approprié pour la coopération dans le développement durable local, avec la volonté d’une responsabilité partagée, est la procédure de l’Agenda local 21.



V- Participer activement

Les autorités locales sont les instances les plus proches des citoyens. Aussi sont-elles les acteurs clés de la solution à la démocratisation et la participation des citoyens. Les participants de la Conférence de Calvià en appellent à étendre et à appuyer les campagnes de sensibilisation pour un tourisme adapté aux nécessités culturelles et écologiques des communautés et régions méditerranéennes.
Les participants de la Conférence de Calvià en appellent aux entreprises, aux touristes et aux populations résidentes pour appuyer des programmes communs et des stratégies de durabilité. Les tour opérateurs et les agents de voyages ont la responsabilité d’informer et de sensibiliser les touristes sur la façon de réduire dans les lieux de destination, les impacts écologiques, sociaux et culturels.
Les participants de la Conférence de Calvià en appellent aux média et à leurs réseaux méditerranéens pour appuyer ces programmes communs en informant axtivement aussi bien les zones d’émission que celles des destinations touristiques.



VI- Initier les Agendas Locaux 21

Les participants de la Conférence de Calvià estiment qu’il devient urgent de s’impliquer dans un processus d’Agenda Local 21 afin de développer des modèles de gestion locale durable à long terme en recherchant le consensus entre tous les secteurs d’une communauté sur une vision future commune.
Les gouvernements nationaux doivent s’engager à appuyer un tel processus.
Les participants de la Conférence de Calvià estiment qu’il devient urgent de créer et de faire la promotion d’instruments qui permettent la mise en place et la gestion d’un tourisme plus responsable, comme les éco-audits, les labels, les prix et récompenses, la diffusion de bonnes conduites, les systèmes de suivi et d’information ainsi que des programmes de formation.
Les participants de la Conférence de Calvià estiment qu’il devient urgent de bien informer sur l’application de tels instruments et de les diffuser pour que d’autres régions du monde puissent bénéficier de telles expériences.



VII- Impulser la coopération

Les participants de la Conférence de Calvià lancent un appel à la promotion de la coopération et de programmes conjoints, spécialement en solidarité avec les communautés locales et régionales du sud et de l’est de la Méditerranée. Les participants de la Conférence de Calvià sont conscients, en droit fil avec la réunion de Rome (novembre 1995) de l’Action des Cités Méditerranéennes, du fort potentiel de la coopération entre les autorités locales et les autres secteurs des communautés, comme les groupements de citoyens, les organisations non-gouvernementales, les centresd e formation, le secteur artisanal et industriel, les syndicats et les autres.
Les participants de la Conférence de Calvià estiment qu’il devient urgent d’impulser la coopération en travaillant pour des structures durables et vers la conservation de ressources limitées.
Les participants de la Conférence de Calvià appuient l’application de l’Agenda MED 21, ainsi que la participation en son sein de tous les acteurs impliqués.
Le développement et la gestion de projets de coopération locale et de réseaux implique un engagement considérable en ce qui concerne les compétences techniques, la diffusion de l’information, les qualités techniques et politiques ainsi que la créativité organisationnelle. Voilà pourquoi les participants de la Conférence de Calvià lancent un appel à l’Union européenne à assumer ses engagements d’appuyer les autorités locales méditerranéennes à travers MEDA.
Les participants de la Conférence de Calvià appuient les efforts des entreprises touristiques et de transport à réduire et prévenir la pollution et la mise en pratique de leur coopération avec les autorités locales sur l’application de tels programmes.
Les participants de la Conférence de Calvià estiment qu’il devient urgent de mieux articuler et de mieux faire coopérer entre eux les réseaux, les organisations et les collectivités de tous les secteurs dans le cadre euro-méditerranéen.

Calvià, 19 Avril 1997

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